Caricatures, la reculade d’Emmanuel Macron

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Sur la chaine Al-Jazeera, propriété du Qar-tar, l’allié de la Turquie et à ce titre en mauvais termes avec la diplomatie française, le président françaisa tenté de revenir sur ses déclarations.

Une chronique de Abdel Bari Atwan

Emmanuel Macron a déclaré samedi sur la chaîne Al-Jazeera qu’il comprenait les sentiments des musulmans choqués par la diffusion de caricatures offensantes du prophète Mahomet et qu’il nuançait sa défense absolue des dessins. « Je pense que les réactions sont le résultat de mensonges et de déformations de mes paroles car les gens ont compris que je soutenais ces caricatures », a-t-il expliqué.

Il s’agit là d’une reculade pour le président français et d’une victoire pour la campagne de boycott des produits français qui a balayé une grande partie du monde islamique.

Mais ce n’est pas suffisant. M. Macron doit des excuses claires à 1,7 milliard de musulmans pour les insultes qu’il leur infligées dans leur foi. Ce serait avant tout dans l’intérêt de la France elle-même, car la blessure causée par son président est profonde et le mal est déjà fait.

Les hommes d’État sont censés se comporter de manière responsable, choisir leurs mots avec soin et éviter les actions qui mettent en péril la sécurité et la stabilité de leur pays. Mais Macron s’est plus comporté comme un fauteur de troubles, un chef de gang ou un semeur de haine religieuse que comme le président d’un pays qui se targue de son héritage des Lumières et dont l’économie, touchée par la pandémie du coronavirus, est en mauvaise posture.

Il aurait pu imiter la Belgique voisine, qui a licencié un enseignant qui avait montré ces images obscènes à sa classe de 10-11 ans. Ou il aurait pu réagir comme le Canadien Justin Trudeau, qui a déclaré que la liberté d’expression devait avoir des limites et que les Occidentaux devaient respecter les cultures des autres et essayer d’éviter de blesser leurs sentiments.

Au lieu de cela, l’obsession de Macron de gagner des avantages politiques nationaux l’a poussé à adopter une attitude colonialiste hautaine qui ne peut que nuire à l’économie et à la position internationale de la France.

Si quelque chose de bon est ressorti de sa rhétorique anti-islamique provocatrice, c’est qu’elle a uni les musulmans du monde entier, indépendamment de leur appartenance sectaire ou de leur couleur politique, dans une cause commune.

Le Koweït a donné l’exemple de ce qu’une action populaire concertée de ce type peut accomplir. Le contrecoup a conduit à la « suspension » du commerce bilatéral, évalué à 12 milliards de dollars par an.

Le potentiel de dommages supplémentaires est bien plus important, étant donné que les États du Golfe à eux seuls ont investi quelque 300 milliards de dollars en France.

Nous mentionnons ces chiffres parce que nous savons que rien ne préoccupe et ne blesse plus les États capitalistes occidentaux que d’être frappés à leur porte-monnaie. C’est la raison pour laquelle Macron a décidé de commencer à faire machine arrière dans une tentative désespérée de désamorcer la crise et de limiter les dégâts.

Mais sa démagogie raciste et sa myopie politique ont déjà provoqué un énorme schisme entre son pays et le monde islamique, qu’il faudra des années pour combler. La première étape, et la plus importante, pour y parvenir est de présenter des excuses claires et nettes.

Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

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