CAN 2015, une finale sur fond de controverse

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La Coupe d’Afrique des Nations livre son verdict ce week-end. Samedi, la RD Congo a remporté la « petite finale », et décroché la troisième place. Dimanche, en fin de soirée, on saura qui, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, sera le vainqueur de cette trentième édition, organisée en catastrophe (mais non sans catastrophe) par la Guinée équatoriale. Présentation d’un match qui devra rétablir le primat du sport dans une CAN rattrapée ces derniers jours par la politique.

CanJour de dénouement en Guinée équatoriale : le continent aura dimanche les yeux braqués sur Bata, la capitale économique du petit pétro-État d’Afrique centrale. À 20 heures, la Côte d’Ivoire et le Ghana donneront le coup d’envoi de la finale de la CAN 2015, trentième du nom. Pour ces deux grands pays de football, ces puissances d’Afrique de l’Ouest, il s’agira de renouer avec la victoire après une longue, très longue période de disette. Du côté des Éléphants de Côte d’Ivoire, le palmarès n’a plus été enrichi depuis 1992, date de leur seul et unique sacre continental. Il leur avait alors fallu une épique série de tirs au but pour venir à bout du… Ghana. Parvenus pour la cinquième fois consécutive dans le dernier carré cette année, les Black Stars courent après le trophée depuis 1982, et une CAN organisée par la Libye du colonel Kadhafi. Pour en arriver là, l’équipe dirigée par l’Israélien Avram GRANT(ex-entraîneur de Portsmouth et Chelsea), a écarté facilement les deux Guinées sur le score de 3-0 : la Guinée-Conakry en quarts de finale, la Guinée équatoriale en demies. La Côte d’Ivoire, coachée par le Français Hervé Renard (vainqueur de la CAN 2012 avec la Zambie) a davantage bataillé pour sortir l’Algérie et la RD Congo, les deux fois sur le score de 3-1.

Des scènes de chasse aux étrangers

L’occasion de reparler enfin de football après une séquence de 48 heures monopolisée par des événements extra-sportifs : en l’occurrence les violences survenues jeudi soir à Malabo, en marge de la demi-finale entre le Ghana et le pays organisateur. Jugeant injuste la nette défaite de ses joueurs, une partie du public du Nuevo Estadio s’en était pris violemment aux supporters des Black Stars du Ghana, leur lançant divers projectiles (assiettes, objets métalliques, bouteilles, etc.) sur les fans et joueurs adverses. Conséquences : un match interrompu plus de trente minutes, des supporters ghanéens évacués sous haute protection, une intervention policière musclée pour « apaiser » les tribunes, émaillée d’appels au calme du capitaine équato-guinéen au micro du stade, le tout sous la surveillance bourdonnante d’un hélicoptère de la gendarmerie, en « stationnaire » une quinzaine de mètres au-dessus de la pelouse et des tribunes. Le calme revenu dans le stade, les violences se déplacèrent en ville, dans une atmosphère de chasse aux étrangers. Bilan de la soirée et de la nuit : 36 supporters ghanéens blessés, dont plusieurs grièvement. « C’est une chance qu’il n’y ait pas eu de mort », réagira le président de la Fédération ghanéenne, Kwesi Nyantakyi, avant de demander des sanctions sévères contre la Guinée équatoriale.

La CAF épargne la Guinée équatoriale

Peine perdue. Dès le coup de sifflet final, la Confédération africaine de football activait le mécanisme de relativisation des faits. Ordre fut d’abord donné aux journalistes de limiter leurs questions d’après-match à l’aspect strictement sportif de la partie. Le lendemain, l’instance annonça bien des sanctions à l’encontre du pays organisateur, mais celles-ci étaient bien clémentes : une amende de 100.000 dollars US (une broutille pour la Fédération locale) et un match à huis clos pour le terrain de Malabo. Suite à des faits similaires, le stade Léopold Sedar Senghor de Dakar avait été suspendu pour une durée d’un an en 2013. Pire, l’annonce dans la foulée de décisions à l’encontre de la Tunisie (coupable d’avoir mis en cause l’honnêteté de l’arbitrage du quart de finale contre la Guinée équatoriale) et du Maroc (coupable d’avoir refusé d’accueillir la CAN 2015 aux dates prévues) arriva à point nommé pour noyer le poisson.

La langue de bois de Blatter

Afin que l’enfumage soit complet, les « décideurs » y allèrent de leur couplet moralisateur. On passera sous silence le discours teinté de paranoïa nord-coréenne du parti au pouvoir, accusant sans les nommer les « ennemis de la Guinée équatoriale ». Issa Hayatou, président de la CAF, balaya les critiques en accusant « la presse occidentale » de « vouloir pérenniser la colonisation. » Tellement commode… Son fidèle ami Sepp Blatter, le président de la FIFA, venu assister à la finale, servit lui sa plus belle langue de bois à un parterre de journalistes médusés : « Le football a vécu ici tout ce qui est beau dans le football, et tout ce qui peut ne pas toujours être beau, lâcha le patron du foot mondial avec un art consommé de la litote. Qu’est-ce que vous voulez, le football est composé des joueurs, d’un banc technique, il est aussi composé de la DIRECTION des opérations sur le terrain, les arbitres, et du public. Alors, la perfection ne doit pas exister, mais FÉLICITATIONS pour ce tournoi. » Circulez, y a rien à voir ? Bien sûr que non : quel que soit le vainqueur de cette CAN, quelle que soit la beauté de cette finale qui nous attend, le pari du gouvernement Obiang (se servir de la Coupe d’Afrique pour redorer le blason de son pays aux yeux de l’Afrique et du monde) n’aura pas été tenu jusqu’au bout.

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