Cameroun, le procès bâclé des leaders séparatistes

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Les leaders séparatistes font appel de leur condamnation après un procès qui soulève de graves inquiétudes concernant la régularité de la procédure et la violation des droits à un procès équitable, selon l’ONG Human Rights Watch aujourd’hui.

(Nairobi, le 3 septembre 2019) – Dix leaders du Gouvernement par intérim de l’Ambazonie au Cameroun ont interjeté appel le 26 août 2019 de leurscondamnations et leurs peines à perpétuité du 20 août prononcées par un tribunal militaire suite à

Bien que le procès, pour des chefs d’inculpation incluant le terrorisme, la rébellion et la sécession, ait été ouvert en décembre 2018, toutes les preuves présumées contre les hommes n’ont été présentées à la défense au tribunal que lors d’une audience unique de 17 heures sur deux jours qui a commencé le 19 août. Le tribunal a accepté des milliers de pages de déclarations et de documents comme preuves contre les prévenus et plus de 1 000 éléments de pièces à conviction, comme des fusils, des lances et des ordinateurs portables, dont les avocats de la défense n’avaient pas connaissance et qu’ils n’ont pas pu examiner, aborder avec leurs clients ou remettre en question efficacement, d’après leurs déclarations à Human Rights Watch.

« Il semble que le tribunal militaire a rendu un verdict et une condamnation expéditifs sans donner aux accusés une occasion véritable de se défendre », a indiqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Cette procédure a été entachée d’abus avant le procès et de graves allégations de violations des règles de procès équitable qui garantissent un examen judiciaire indépendant et impartial, examen qui, nous l’espérons, aura lieu pendant l’appel. »

Le procès, qui a été conduit en français sans traduction appropriée, même si les prévenus avaient droit à un procès en anglais, leur langue maternelle et une des langues officielles du Cameroun, s’est déroulé après de graves violations des droits des prévenus en détention. Les avocats de la défense ont accusé les juges de partialité et se sont retirés de la procédure après que le juge militaire principal les a menacés de les arrêter pour avoir soulevé des objections.

Sisiku Ayuk Tabe, leader de ce que l’on appelle le « gouvernement de l’Ambazonie » et neuf autres leaders avaient été arrêtés en janvier 2018 dans la capitale du Nigeria, Abuja, et renvoyés de force au Cameroun, lors d’un transfert extrajudiciaire qui a été dénoncé par l’Agence de Nations Unies pour les réfugiés comme violant le principe fondamental de non-refoulement – pratique consistant à ne pas renvoyer de force des réfugiés ou des demandeurs d’asile dans un pays où ils risquent des persécutions, la torture ou d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le retour forcé des 10 leaders a aussi été déclaré illégalpar un tribunal nigérian en mars 2019. Les hommes ont ensuite été détenus au secret au centre de détention du Secrétariat d’État à la défense (SED) pendant six mois, période pendant laquelle ils n’ont eu accès ni à leurs avocats ni à leurs familles. Human Rights Watch a constaté, preuves à l’appui, que les actes de torture et autres abus sont généralisés au SED.

Pour consulter d’autres communiqués ou rapports de Human Rights Watch sur le Cameroun, veuillez suivre le lien :
https://www.hrw.org/fr/africa/cameroon

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