En Afrique, Alger veut damer le pion à Rabat

Demain samedi 3 décembre se tiendra à Alger le Forum africain d'Investissement et d'affaires. Ce grand raout qui accueillera de nombreux hommes d'affaires africains est destiné à contrer l'offensive économique du Maroc en Afrique subsaharienne.

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L’Algérie se réveille ! Les récentes percées marocaines en Afrique de l’Ouest et les voyages successifs du roi Mohamed VI dans plusieurs pays d’Afrique sub-saharienne ont semé un vent de panique à Alger où les décideurs politiques ont pressé les entrepreneurs et les plus riches oligarques à ne pas laisser les marchés filer entre leurs mains.

Pour Alger, il n’est pas question de laisser Rabat dominer les échanges économiques avec l’Afrique sub-saharienne. Aux yeux d’Alger, l’Afrique représente un « espace vital » pour sa stabilité et son développement explique un fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères algérien. Dans les locaux flambant neufs du QG de la diplomatie algérienne, situé dans le quartier des Annassers, toute une stratégie a été dessinée pour rattraper des années de désintérêt de la scène africaine. Le premier geste fut l’effacement de pas moins de 900 millions d’euros de dette d’une dizaine de pays africains. Mais ce geste n’avait octroyé aucun avantage économique à l’Algérie dont les industriels cherchent désespérément des débouchés à l’international.

Ali Haddad, chef d’orchestre

Et c’est à ce moment-là que le FCE, l’organisation patronale la plus puissante en Algérie dirigée par l’homme d’affaires Ali Haddad, entre en jeu avec une nouvelle feuille de route consistant à réunir tout le ghota africain à Alger pour dénicher toutes les opportunités d’affaires et couper l’herbe sous les pieds des lobbies marocains. C’est dans ce but qu’a été organisé le Forum africain d’Investissement et d’affaires qui se tiendra demain samedi  3 décembre au très prestigieux Centre International de Conférences d’Alger bâti au Club Des Pins, la très secrète résidence d’Etat des dirigeants algériens. Le lieu est tout un symbole. Après avoir abrité une réunion importante de l’OPEP en septembre dernier, une rencontre ponctuée par un grand succès diplomatique pour l’Algérie, les majestueuses salles de ce palais accueilleront donc un sommet très stratégique visant la conquête des marchés africains avec, à la clé, de nouvelles ressources en devises.

Épaulés par le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, un ancien haut responsable de l’Union Africaine et qui dispose d’un large réseau dans toutes les chancelleries du continent, les lieutenants d’Ali Haddad ont fait appel à des lobbyistes français et américains pour drainer des pointures du monde des affaires en Afrique à l’image de Kiriro Philip, president de l’Eastern African Farmers Federation, Patrick M’Bengue, Président Directeur Général d’Inova, Betty Enyomam Kumahor de Ghana Cobalt Partner, Marie-Nelly Marie-Françoise, Directrice BM Maghreb, Songwe Vera, directrice régionale auprès de la Banque Mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale ou Bridgette Radebe, Présidente de la South African Mining Development Association.

Les limites du secteur bancaire

Des ministres des finances, de l’économie et du commerce de l’Ouganda, du Niger, du Mali, de la Mauritanie et de plusieurs autres pays feront également le déplacement à Alger demain. La mobilisation est générale et tous les oligarques ou industriels algériens seront au Club des Pins pour espérer nouer des partenariats qui leur ouvriront les portes du marché africain. Certaines marques algériennes ont d’ores et déjà commencé leur travail de lobbying comme le fabricant d’électroménager Condor qui vient de s’implanter officiellement en Mauritanie. Ses négociations avec un partenaire Soudanais sont toujours en cours. Le Groupe Benamor, spécialisé dans les produits alimentaires multiplie les prospectives au Niger et Mali. Enfin, le groupe Cevital du richissime homme d’affaires Issad Rebrab réfléchit à plusieurs projets en Côte d’Ivoire et au Soudan. Cependant, la faiblesse des banques algériennes et le manque criant des banques internationales à Alger retardent ces projets.

La réglementation archaïque de la Banque d’Algérie empêche la réalisation du rêve africain. Mais l’organisation patronale d’Ali Haddad et les lobbies d’affaires multiplient les pressions pour amorcer des changements majeurs. En attendant, les hommes politiques poursuivent leur travail au niveau continental. Après les succès diplomatiques au Mali, Ramtane Lamamra et ses conseillers parcourent le continent pour défendre l’étendard de l’Algérie et contrecarrer le lobbying marocain. La bataille fait rage et l’Algérie compte sur ses atouts historiques pour renverser la vapeur.

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