Burkina Faso (2/3), les djihadistes font sauter l’union sacrée

Le consensus national face aux attaques terroristes au Burkina Faso a volé en éclats. Une large partie des forces politiques du pays jugeant désormais le président Roch Marc Christian Kaboré et son gouvernement dépassés par la pression des groupes djihadistes. 

« L’accompagnement et le soutien des fils et filles du Burkina Faso seront les ferments de ce nouvel exécutif dans la construction d’une nation sécurisée, de paix et de prospérité ». Quelques jours après l’attaque terroriste, qui avait fait dans la nuit du 4 au 5 juin dernier près de 160 morts à Solhan, dans le nord-est du pays, le président Roch Marc Christian Kaboré gardait encore l’espoir de préserver le consensus national suscité par la menace terroriste. 

La stratégie du fusible 

Face à la montée de la colère de l’opposition et d’une grande partie de la société civile, Kaboré avait dû, à son corps défendant, sacrifier le ministre de la Défense Cherif Sy et celui de la sécurité publique Ousséni Compaoré. L’agenda de ce remaniement a donc été dicté très clairement par les groupes terroristes.  Dans la nouvelle équipe formée après le limogeage des deux ministres en charge de la défense et de la sécurité, le chef de l’Etat burkinabé s’est attribué le poste de ministre de la défense nationale.

Les attaques djihadistes n’avaient pas vraiment diminué. Au contraire, elles sont devenues quasi-quotidiennes et se sont élargies à des parties du territoire national jusqu’ici épargnées. Pour l’opposition et une grande partie de la société civile, ces attaques, loin d’être une fatalité, mettent en évidence l’incapacité du président Kaboré et de son gouvernement d’être à la hauteur des défis sécuritaires que connait le pays. A peine le deuil de Solhan achevée, 11 policiers burkinabé étaient tombés le 21 juin 2021 dans une embuscade tendue par les groupes armés terroristes. L’union sacrée, qui prévalait depuis 2015, face à la menace terroriste avaient alors commencé à se fissurer à travers des déclarations indignées des partis d’opposition reprochant au pouvoir l’absence d’une vraie stratégie nationale antiterroriste. Fait totalement inédit, depuis le basculement du Burkina Faso dans la violence terroriste, le Balai citoyen, la plus dynamique organisation de la société civile, avait alors porté plainte contre le gouvernement pour « non-assistance à personne en danger » après la tragédie de Solhan.  

Posture de déni 

Le succès éclatant des marches pacifiques organisées les 3 et 4 juillet dernier dans la plupart des grandes villes est venu consacrer la fin de l’union sacrée contre la menace terroriste. Désormais, le pouvoir doit batailler contre la menace terroriste mais aussi contre la pression populaire. Une grande partie de l’opinion nationale en a marre d’observer des journées de deuil national presque chaque mois. Comme pour la tragédie de Solhan, le président Kaboré a tenté de calmer vendredi dernier la colère populaire après la mort d’au moins 57 gendarmes le 14 novembre lors d’une attaque terroriste. Il s’est ainsi engagé dans une adresse lue à télévision nationale tard dans la soirée à former une nouvelle équipe gouvernementale « plus resserrée » et à sanctionner les dysfonctionnements constatés lors de l’attaque de la position de la gendarmerie nationale. Ces propos n’ont guère convaincu ses concitoyens qui ont tenté dès le lendemain de marcher dans les artères de Ouagadougou, la capitale burkinabé, avec pour slogan principal « Roch dégage » ! ».

La Main invisible de Compaoré 

 La mort du consensus national face à la menace terroriste traduit, en vérité, les limites de la stratégie de déni et du bouc-émissaire du président Kaboré et son régime. Pendant très longtemps, le pouvoir en place à Ouagadougou a minimisé l’ampleur de la menace djihadiste qui dépasse aujourd’hui le tiers du territoire national.  Il a également vendu à presque tous ses interlocuteurs extérieurs et à une partie de l’opinion nationale l’existence d’une main invisible de l’ancien président Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014, derrière toutes ces attaques terroristes.

À l’étranger, cette argumentation avait été accueillie avec le plus grand scepticisme dès le départ. Au Burkina Faso même, plus personne n’y voit à présent l’explication des attaques terroristes répétées dans le pays.

Burkina Faso (1): la face cachée de l’effondrement de l’appareil sécuritaire 

  

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