Burkina Faso, une détresse humanitaire dramatique

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En décembre 2019, près de 600 000 déplacés étaient enregistrés, soit une augmentation de 500% en un an, provoquant une mobilisation de l’UNICEF, dont nous publions le rapport.

Des femmes et des enfants, pour la plupart, fuient chaque jour l’insécurité et les attaques perpétrées par des groupes armés non étatiques. Quittant leurs foyers dans la précipitation, certaines familles sont relogées sur des sites dédiés, à Barsalogho, Foubé ou à Pissila. Mais l’immense majorité des déplacés est accueillie par des familles hôtes.

On estime que 48,3% des déplacés se sont établis dans le Centre-Nord et 37,8% dans le Sahel. Si la grande majorité des populations déplacées internes (PDI) sont accueillies dans les communautés d’accueil (91%), environ 8% ont trouvé refuge dans des écoles. Très peu sont installés sur des sites officiellement reconnus (Barsalogho et Foubé).

2,2 millions d’assistés

Ces afflux de population ne sont pas sans conséquences sur l’ensemble des Burkinabè. On estime ainsi que 2,2 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire.

L’accès aux services d’eau et d’assainissement, déjà limités dans les zones affectées par la crise, a été rendu plus difficile par les mouvements de population, qui auraient entraîné une diminution moyenne de 11% à l’accès à l’eau potable dans les communes accueillant le plus de familles déplacées. La diminution peut aller jusqu’à 40% dans les zones très affectées. Les enfants et les femmes sont exposés à un risque très élevé de maladies d’origine hydrique, notamment la diarrhée et le choléra.

Selon une enquête réalisée en octobre dernier, dans les zones accueillant de nombreuses familles déplacées, les niveaux de malnutrition aigüe globale pour les enfants de 6 à 59 mois (4 à 6%) dépassent le seuil d’alerte (2%). La situation est encore plus grave dans les zones de Barsalogho et de Djibo, villes sévèrement touchées par la crise.

Selon les dernières données produites par le Ministère de la Santé (en date du 13 janvier 2020), la situation des services sociaux continue de se dégrader. Au total, 98 centres de santé ont fermé, 138 fonctionnent a minima, et 184 accueillent des familles déplacées, affectant 1 250 522 personnes qui sont dans l’impossibilité d’accéder à des soins de santé de base.

Plus de 300 000 enfants privés d’éducation

Craignant d’être ciblés par les groupes armés non-étatiques, les enseignants quittent les écoles, dont certaines ont par ailleurs été brûlées : selon les chiffres du ministère de l’Education Nationale, plus de 2 300 (2 341) sont fermées dans les régions les plus touchées par l’insécurité. En conséquence, on estime à près de 320 000 le nombre d’enfants privés d’éducation, et 9 882 enseignants affectés.

Les risques sont considérables pour ces enfants, en particulier ceux hors du système scolaire, car ils courent un risque accru d’être victimes de violence, d’abus sexuels et d’exploitation, et sont exposés au recrutement par les groupes armés non étatiques.

La fermeture d’écoles, la promiscuité, les infrastructures inadéquates -y compris dans les sites de déplacés-, exposent les enfants, en particulier les filles, à des risques d’exploitation de tout type, aux mariages précoces et aux grossesses non désirées. Les enfants déplacés et des communautés hôtes voient ainsi leur vie quotidienne perturbée par le conflit, et leur capacité à surmonter la détresse psychologique est difficile.


La réponse de l’UNICEF

Face à l’augmentation des besoins des populations, l’UNICEF et ses partenaires apportent une réponse humanitaire multisectorielle. Cependant, l’acheminement de l’aide est entravée par le manque de moyens, et par les difficultés d’accès aux populations les plus isolées et vulnérables.

L’UNICEF met en œuvre des actions pour prévenir les maladies hydriques dans les communautés touchées par la crise humanitaire, en fournissant de l’eau potable, des infrastructures d’assainissement et en organisant des séances de sensibilisation à l’hygiène.

Une campagne de vaccination contre l’épidémie de rougeole a été organisée sur les sites de déplacés dans les régions du Sahel et du Centre Nord, pour plus de 125 000 enfants.

Au niveau national, l’UNICEF a appuyé l’organisation d’une campagne de vaccination de masse contre la rubéole et la rougeole, qui a touché 99,73 % des enfants âgés de 9 à 59 mois. Parmi eux, figurent 1 351 636 enfants vivant dans les cinq régions d’urgence frappées par l’insécurité.

Dans les zones où se concentrent les familles déplacées, la demande de soins de santé a rapidement augmenté. Pour y faire face et pour soutenir les soins de santé aux personnes déplacées, 389 centres de santé des régions du Centre-Nord et du Sahel ont été équipés de kits de réanimation pour nouveau-nés.

Du matériel d’apprentissage et des classes supplémentaires

L’UNICEF a appuyé des initiatives pour pallier le manque d’infrastructures pouvant accueillir les enfants déplacés privés d’école. L’éducation par la radio permet aux enfants dont les écoles sont fermées de maintenir un certain niveau d’apprentissage.

Par son projet d’éducation en situation d’urgence, l’UNICEF vise l’instauration d’un cadre d’apprentissage de qualité (approche Safe School) favorisant la protection, le développement des connaissances, le bien-être psychosocial de tous les enfants en âge scolaire touchés par la crise sécuritaire, et ceux provenant des familles d’accueil dans les 5 régions affectées par les urgences au Burkina Faso en 2020, notamment la Boucle du Mouhoun, le Sahel, le Nord, l’Est et le Centre-Nord.

L’action vise à promouvoir l’accès à une éducation inclusive de qualité et dans un environnement protecteur, aux enfants touchés par la crise humanitaire dans les régions impactées par la crise, et l’appui à la formation professionnelle.

L’UNICEF prévoit également la mise en place et l’équipement de 1 500 salles de classe d’urgence pour augmenter les capacités d’accueil des écoles hôtes, pour 250 000 élèves, et la formation sur le soutien psychosocial et l’éducation sensible aux conflits de 10 000 enseignants. La réponse va également intégrer la mise en place de 1 000 espaces d’apprentissage temporaires à base communautaire pour 400 000 enfants.

L’UNICEF et ses partenaires ont pu apporter un soutien psychosocial à près de 60 000 (58 189) enfants déplacés. Mais les besoins restent énormes : 270 000 enfants déplacés attendent d’être soutenus. Les enfants déplacés, non accompagnés (1,5% des enfants), qui ont perdu leurs parents lors des attaques ou sont séparés de leurs familles, sont particulièrement vulnérables. L’UNICEF prévoit une prise en charge pour les aider.

Un manque criant de financements

L’UNICEF au Burkina Faso estime que 100 millions de dollars sont nécessaires pour couvrir les besoins de 2,2 millions de personnes, dont 1,2 million d’enfants en 2020.

Pour aller plus loin : https://www.unicef.org/appeals/files/2020-HAC-Burkina-Faso.pdf

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