Burkina, Emmanuel Macron se prend les pieds dans le tapis

Les autorités burkinabè ont envoyé un courrier au ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères dénonçant l’accord du 9 janvier 2015 régissant la coopération militaire entre la France et le Burkina Faso. En clair, Ouagadougou demande le départ de Sabre, l’unité de forces spéciales françaises (1). Ce qu’Emmanuel Macron a du mal à admettreen mettant en avant « la confusion » du pouvoir burkibabé
Ce courrier, qui circule sur les réseaux sociaux, est daté du 18 janvier et est authentique, selon plusieurs sources interrogées par Mondafrique. Cependant, lors de la conférence de presse conjointe du Président français et du Chancelier allemand qui s’est tenue le 22 janvier à l’Elysée, Emmanuel Macron a laissé entendre que ce départ n’était pas encore acté. Il a notamment déclaré : « J’attends que le président Traoré puisse s’exprimer, j’ai compris que les messages qui étaient sortis à ce stade relevait d’une grande confusion. Celui-ci étant en déplacement hors de la capitale, je pense qu’il faut garder beaucoup de prudence et veillez à ce qui est une spécialité de certains dans la région qui peuvent avoir partie liée à ce qui se passe en Ukraine, avec nos amis russes, nous attendons des clarifications de la part de monsieur Traoré sur ce sujet. »

Le scénario malien

A quoi sert d’entretenir la confusion alors qu’il ne fait aucun doute que la décision de Ouagadougou a déjà été prise ? En prime, le scénario est connu, les autorités burkinabè suivent le même schéma que leurs homologues maliennes.  En effet, la France avait déjà pris la décision de désengager l’opération Sabre. Un article du site Africa Intelligence daté du 4 janvier 2022 et intitulé « La débâcle diplomatique française à Ouagadougou » l’annonçait. « Sur le plan militaire, la France cherche encore à trouver une porte de sortie pour sa task force Sabre (…) Son départ a été acté par Paris et devrait intervenir au courant du mois de février (…) » écrivait cette lettre confidentielle. Le président de la transition Ibrahim Traoré a donc agi comme son homologue Assimi Goïta l’avait fait en février 2022, en prenant les devants et en coupant l’herbe sous le pied à Emmanuel Macron.

Mission échouée

Par ailleurs, il est intéressant de noter que la décision burkinabè intervient une semaine après la visite à Ougadougou de Chrisoula Zacharopoulou, la Secrétaire d’Etat à la francophonie. Cette dernière s’était rendu au palais de Kosyam pour réaffirmer l’engagement de Paris auprès des autorités de transition et avait rappelé la disponibilité et la capacité de la France de s’adapter dans « l’humilité » aux exigences du Burkina Faso : « La France est en mesure de faire moins ou de faire plus, elle est aussi et surtout capable de faire différemment. » 
Tout ça pour ça ?
(1) Le pouvoir burkinabé s’appuie sur le texte du 17 décembre 2018 qui permet aux deux parties de se désengager dans un délai d’un mois.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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