Best Of Macron (6), le Sahel, de l’obstination à l’entêtement

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A l’occasion de ses voeux aux forces armées le 17 janvier, Emmanuel Macron s’est félicité des résultats obtenus par les forces françaises au Sahel. Deux jours avant, le Mali subissait, une nouvelle fois, une attaque terroriste causant la mort de 37 victimes.

Lors de ses voeux aux forces armées, Emmanuel Macron s’est laissé aller à un ton triomphaliste qui était souvent celui de François Hollande. Les déclarations de Macron ressembleraient presque à celles de son prédécesseur persuadé, lorsqu’il arrive au Mali en 2013, de vivre « le plus beau jour de sa vie politique ». « Il faudra du temps pour rétablir la paix » , admet Emmanuel Macron. Mais c’est pour ajouter que « la gangrène islamiste s’insinue partout où sévissent la misère et le manque d’éducation. Nous ne faiblirons pas car il s’agit de l’avenir de l’Afrique et donc de notre propre avenir ». Et le Président français de conclure:« Les résultats sont là: de nombreux chefs et membres des différents groupes terroristes ont été mis hors de combat, leurs approvisionnements et flux logistiques ont été rompus, nous les avons bousculés dans les zones où ils se croyaient libres d’aller comme ils le voulaient ». 

« Les résultats sont là ». Vraiment? Dans un contexte marqué par la permanence des groupes terroristes au Mali et pas seulement dans le Nord, une telle auto satisfaction tombe mal. Le 15 janvier, soit deux jours avant le discours de Macron, une attaque djihadiste au Mali a encore provoqué la mort de 37 victimes, dont une grande majorité de Touaregs. Deux villages ont été attaqués par des hommes armés apparentés à l’État islamique dans le Grand Sahara, qui ont exécuté des combattants du Mouvement pour le salut de l’Azawad et des civils.

Ce drame qui assombrit « les succès » de l’armée française depuis six ans aura été peu ou pas relayé par les médias français. Pour peu qu’aucun soldat français ne soit touché, et les attentats terroristes commis en Afrique rencontrent généralement un épais silence médiatique.

L’inertie française face aux massacres

Tout aussi grave, les liquidations de Peuls au centre du Mali se poursuivent dans l’indifférence générale et avec l’appui tacite de l’armée malienne qui laisse faire, voire soutient, les raids des milices meurtrières. Le Mali n’est pas le seul pays touché par une véritable menace de guerre ethnique. Les Peuls apparaissent visés également au Burkina et en Centrafrique. On a même vu en Côte d’Ivoire lors d’un attentat des Peuls désignés comme les instigateurs de l’acte terroriste.

On peut s’étonner du silence du Président français sur l’apparition de tels conflits ethniques qui mine l’avenir du Sahel de façon plus grave encore que les conflits ancestraux entre les Touaregs du Nord du Mali et la grande majorité de la population noire malienne.

L’obstination du Président français à évoquer les succés de son armée en Afrique alors que tous les indicateurs sur place sont négatifs confine à l’aveuglement.

La France, gendarme du Sahel

L’opération Barkhane, menée par la France au Sahel depuis 2014, est forte actuellement de 4.500 militaires, qui mènent des opérations en soutien aux forces des cinq pays de la région (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad). Seul souci, les quelques 400 millions d’aides aux armées africaines ne parviennent qu’au compte goutte. Près d’un quart des fonds ont été attribués, et encore avec beaucoup de pertes en ligne en raison des commissions que les régimes en place prennent sur les contrats d’armement. A l’exception des Tchadiens, les forces armées de la coalition africaine semblent totalement impuissantes à combattre le terrorisme.

La France qui s’est voulue sous Hollande le gendarme du Sahel ne sait plus comment sortir d’un terrible guépier. La présence française mobilise en effet des moyens très lourds. La force Barkhane comprend en effet 4500 soldats français présents en permanence sur le terrain-ce qui équivaut à au moins quatre ou cinq fois plus si on comptabilise les rotations et la logistique nécessaires pour assurer une telle permanence.

L’alternative pour Emmanuel Macron est redoutable. Soit l’armée française se retire rapidement, et le Sahel risque fort de s’embraser. Soit la France maintient son effort militaire, et le budget français qui peine à retrouver un équilibre, restera plombé longtemps par cette charge considérable.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)