Bertrand Zibi (I), le bras droit d’Ali Bongo

Partages

Pour avoir désavoué publiquement Ali Bongo, Bertrand Zibi, ancien député, a été enlevé, battu, torturé, jeté dans une atroce prison . À la suite d’une parodie de procès, il est condamné à six ans de prison. 

Mondafrique revient en deux volets sur cette tragédie gabonaise.

Par Jocksy Ondo Louemba

LE POULAIN ET LE MENTOR

Tout a commencé le 23 juillet 2016. Ali Bongo, chef de l’exécutif du Gabon, alors en pré-campagne pudiquement nommée « tournée nationale » se trouve dans la Province du Woleu-Ntem plus exactement dans le district de Bolossoville une petite bourgade située dans le département qualifiée de « plus pauvre du Gabon » selon une étude de Mc Kinsey commandée par Sylvia Bongo sa femme. Vêtu d’un Jean, d’une chemise courtes manches et d’une casquette aux armoiries du Gabon, Ali Bongo arrive dans un véritable capharnaüm curieux mélange de meeting politique et de manifestation soviétique, le tout sur fond de musique assourdissante et décousue comme aux heures sombres du parti unique.

Ali Bongo est rassuré, cette étape ne se fait pas en territoire hostile, car le district de Bolossoville est tenu par un de ses « produits » : Bertrand Zibi Abeghe alors député du Parti Démocratique Gabonais (PDG -L’ancien parti unique, toujours au pouvoir ) du Haut Ntem, 2eme siège, district de Bolossoville, l’ancien parti unique.

Une jeunesses musclée

C’est dans les années 90 que Bertrand Zibi Abeghe rencontre Ali Bongo. Soutien indéfectible du parti unique puis défenseur acharné du régime Bongo, Bertrand Zibi adhère aux Comités d’Action Politiques (CAP) véritable milice chargée de terroriser les partisans d’un changement de régime. Ali Bongo apprécie cet homme à l’éloquence certaine et qui n’hésite pas à faire le coup de main. 

Peu après les années de braise (1990-1994), Bertrand Zibi reçoit pour « ses bons et loyaux services » de l’argent d’Omar Bongo, un passeport et un visa pour les Etats Unis dont il finit par acquérir la nationalité. Entre-temps son mentor Ali Bongo, dauphin désigné d’Omar Bongo, est devenu ministre de la Défense et va succéder à son père.

Un soutien d’Ali Bongo

En 2009, Omar Bongo meurt et Ali Bongo lui succède, Bertrand Zibi reprend du service et fait feu de tout bois pour faire élire son champion. Malheureusement pour lui, Ali Bongo est battu dans les urnes, mais s’installe au pouvoir par les armes. Face au peuple qui refuse de se faire voler sa victoire à Libreville et surtout à Port Gentil, Bertrand Zibi intervient auprès d’André Mba Obame présenté selon plusieurs sources comme le véritable vainqueur de cette élection pour faire baisser la pression populaire. Mba Obame s’exécute, mais à Port Gentil la répression est féroce, des corps de victimes sont jetés par hélicoptère dans l’océan Atlantique.

Le désaccord

Arrivé au pouvoir, Ali Bongo n’oublie pas cet homme qui sert ses intérêts et ceux de sa famille depuis 20 ans. Ayant échoué aux deux précédentes élections, Bertrand Zibi est élu député sous les couleurs du Parti Démocratique Gabonais (PDG, au pouvoir). Proche de ses populations, très vite, il s’oppose à la culture de l’hévéa par le groupe Singapourien Olam dans son district et préconise le développement d’une politique agricole à la place. Il interpelle le gouvernement du Gabon sur l’accès à l’eau potable et à l’électricité pour les populations de sa circonscription électorale. Naïf, il tente de joindre Ali Bongo, dont il pense qu’il ignore tout de l’état de pauvreté dans lequel vit l’écrasante majorité des Gabonais à laquelle appartiennent les populations de son fief, mais il finit par déchanter. 

Ne pouvant joindre son mentor, le fidèle allié décide pourtant de l’interpeller publiquement et directement, lors de sa visite dans sa circonscription.

Partages