Aziz et Ghazouani, « frères d’armes », mais jusqu’à quand?

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Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a donné les clés du Palais présidentiel au général Mohamed Ould Ghazouani, est le seul à croire qu’il reviendra au pouvoir dans cinq ans.

Les élections jouées d’avance, le samedi 22 juin, étaient prévisibles en Mauritanie où la fraude électorale est une seconde nature au sein de l’Etat. Sans états d’âme, le général Ghazouani, dauphin du général Aziz, l’a emporté dès le premier tour. Seul bémol, il n’emporte « que » 52% des voix, l’hommage sans doute du vice à la vertu démocratique.

Un hold up électoral programmé

Pourtant, les vrais résultats, à la sortie des urnes, n’étaient pas au niveau des espérances du camp Ghazouani-Aziz. Un second tour, même si il avait donné un peu de crédibilité aux professions de foi démocratiques, aurait été trop aléatoire.

D’où l’ intervention conjointe du tandem, dans la nuit de samedi à dimanche, pour annoncer à l’aube une victoire de premier tour. Pourquoi faire compliqué quand on peut frauder si facilement? Et cela sans la présence d’un seul observateur international dans tout le pays ou de représentants des opposants dans de nombreux bureaux de vote.

Pour achever le simulacre démocratique, la Cour Constitutionnelle, présidée par Diallo Mamadou Bathia, prédécesseur du nouveau Président au ministère de la Défense confirmera les résultats. On reste entre soi.

L’ingratitude, une vertu bien partagée

L’Histoire nous enseigne qu’un président nouvellement élu grâce au renoncement de son « parrain »  peut rapidement prendre ses distances avec celui-ci. Au Cameroun le président Biya n’a pas été long à s’éloigner de son ancien mentor Ahidjo. Plus récemment en Angola, l’actuel chef d’état; Joao Lourenço, n’a pas montré une fidélité excessive au président Dos Santos qui l’avait fait roi. Désormais Joao régle ses comptes avec la famille Dos Santos. L’épuration est sanglante. Sans même évoquer le « parricide » commis par le président français, Emmanuel Macron, ancien collaborateur puis ministre de François Hollande, qui assassine son prédécesseur dès que l’occasion se présente. Et réciproquement.

Le scénario de l’ingratitude érigée en vertu dans le monde politique pourrait bien se répéter en Mauritanie. « Frères d’armes » qui disputaient dans leur folle jeunesse des partis de poker fiévreuses, Aziz est trop proche de Ghazouani pour ne pas avoir quelques arrières pensées sur la fidélité de son poulain. On le sent fébrile, inquiet, omniprésent et répétant qu’il compte bien, tel Poutine, redevenir chef d’état dans cinq ans

Intrigues autour d’un thé

Hélas, depuis les Emirats où l’ex Président Aziz compte se retirer pour gérer ses petites économies amassées en dix ans de pillage; la partie ne sera pas facile à jouer. A Nouakchott, les intrigues se préparent dans le désert, sous la Khaima et autour d’un thé.

Le nouveau président, dont la proximité est connue avec le Maroc, prendra rapidement des distances avec son prédécesseur, fidèle aux Algériens et aux Emiratis. Puis viendra sans doute le temps de la rupture … Ainsi va l’histoire de la Mauritanie pimentée par les trahisons entre militaires dont la ruse est la condition de la survie.   

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)