Au Liban, la survie de l’armée ne tient qu’à un fil

En manque de nourriture, à bout de nerfs et sous perfusion des aides internationales, dont la France, les forces armées libanaises apparaissent comme le dernier pilier opérationnel de l’État.

La promesse d’une aide de 400 millions d’eros avait été faite au commandant en chef de l’armée libanaise, Joseph Aloun, durant sa visite en France par le Président français qui le recevait lui même

Dans un État et dans une période d’instabilité internationale, l’armée est l’un des principaux piliers qui le maintien debout. Mais alors que le Liban vient de se doter d’un gouvernement — après treize mois d’attente — son armée apparaît comme exsangue, à bout de souffle, de nerfs, mais aussi de ressources. La crise économique et sociale qui s’abat sur le Pays du Cèdre la touche particulièrement.

Le journal La Croix révélait il y a quelques jours qu’un simple soldat gagne environ 50 dollars par mois (100 à 150 pour un officier), que les soldats ne mangent plus de viande depuis « plus d’un an » et que les soins et la nourriture viennent à manquer. Certains soldats se voient obligés de cumuler deux, voire trois emplois pour (sur)vivre de leur salaire.

Ressources extérieures et débrouille

Pour tenter de ramener un peu d’argent dans les caisses, l’armée se veut créative. Elle a ouvert en juillet un programme : « Le Liban vu d’en haut ». L’idée : proposer à des touristes de faire un tour dans le ciel libanais dans des hélicoptères de l’armée. Quinze minutes de vol, le tout pour la somme de 150 dollars (soit 126€).

Dans le même temps, à l’appel de la France, la communauté internationale débloquait mi-juin une aide d’urgence : des rations alimentaires, de l’aide matérielle et logistique et, selon certaines sources, des liquidités à distribuer directement aux soldats. Le mois précédent, le chef d’État-major des armées Joseph Aoun — qui n’a pas de lien de parenté avec le président libanais Michel Aoun — s’était même déplacé à Paris pour réclamer de l’aide.

Maintenir l’armée à flot

Déployée sur des théâtres d’opérations anti-terroristes ou de recherches de caches illégales de médicaments ou de carburants à la frontière avec la Syrie, ou encore pour assurer la sécurité dans des villes où des tensions émergent du fait de la situation économique et sociale dans le pays, l’armée joue un rôle essentiel. La Croix le rappelle : l’armée est considérée comme le dernier pilier de l’État encore debout. L’armée doit, aussi, faire face à un phénomène de désertions massives. C’est ce qu’a affirmé l’ancien ministre de l’Intérieur Mohammed Fahmi dans un entretien accordé fin août au journal Al-Joumhouria.

Si l’armée s’effondre, le Liban risque de retomber dans « un système milicien sans même passer par la case guerre », expliquait Daniel Meier, enseignant à Science Po Grenoble et spécialiste du Liban, interrogé par La Croix qui rappelle par ailleurs que l’armée doit partager les questions sécuritaires avec le Hezbollah. L’organisation chiite — qui s’impose ces dernières années comme un véritable « État dans l’État » au Liban —, à la tête des renseignements nationaux, n’a aucun intérêt à voir l’armée, populaire auprès des Libanais, s’écrouler. « Il existe une espèce de cogestion non officielle de l’armée par les États-Unis et l’Iran via son soutien au Hezbollah », explique Agnès Levallois, maîtresse de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), interrogé par La Croix.

L’espoir d’un nouveau souffle

En d’autres termes : deux éléments permettent à l’armée libanaise de tenir – tant bien que mal : les aides venues de l’étranger et la dévotion – et surtout la débrouillardise – de ses militaires.

Reste maintenant à voir si la formation récente du gouvernement donnera un peu d’air à une armée qui peine à respirer

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