Après la victoire du PJD, la démocratie marocaine est confortée

A l’issue d’une campagne électorale sous haute tension, les islamistes marocains sont arrivés en tête des élections législatives dans le calme et la transparence, des conditions qui font du Maroc une exception dans le monde arabe et maghrébin

Partages

Lundi 10 octobre, en mettant son nouveau costume pour se rendre au palais royal afin d’y être investi de la charge de constituer le nouveau gouvernement, Abdelilah Benkirane a du pousser un long ouf de soulagement. Le chef du gouvernement sortant revient de loin. Il est en campagne électorale depuis plus d’un an et demi.

En septembre 2015, il a réalisé un véritable show politique permettant à son part de remporter la quasi-majorité des grandes villes du royaume, en faisant le plein de plus d’un million 700 mille voix. Score qu’aucune formation politique n’avait réussi jusque-là. Une victoire qui normalement préfigurait une autre lors des législatives du 7 octobre 2016.

L’échec du « Tout sauf Benkirane »

Mais, cela s’est avéré moins facile que le pensait Abdelilah Benkirane. Au lendemain des élections communales, le PAM, principal adversaire politique et idéologique des islamistes change de patron. C’est Ilyas El Omari qui prend les rênes de l’Authenticité et Modernité. Son projet est de pousser le PJD en dehors du gouvernement. Rien alors n’est laissé au hasard. Le nouveau chef se dote d’un grand groupe de presse. Il multiplie les sorties médiatiques tapageuses. Se donne une autre dimension en accédant à la tête de la région de Tanger-Tétouan et en accompagnant le roi lors d’un voyage en Chine. Bref, tout est mis en ordre pour qu’Ilyas El Omari puisse camper le rang de challenger crédible de Benkirane.

Dans sa course à la primature, le Secrétaire général du PAM fait valoir d’autres atouts. Il dispose même d’alliés fidèles au sein de la coalition gouvernementale. Le RNI de Salaheddine Mezouar n’hésite pas à tailler des croupières à Abdelilah Benkirane se désolidarisant avec le Chef du gouvernement à chaque fois que cela s’avérait nécessaire. Au RNI, s’ajoute le patronat marocain qui ne rate aucune occasion pour descendre en flammes la politique économique du gouvernement. Et le principal syndicat du royaume qui s’y met lui-aussi en appelant à un vote sanction contre les islamistes. A quelques encablures de la date fatidique du 7 octobre, la situation semble mal engagée pour le PJD et le front constitué contre Benkirane sous le nom « Tout Sauf Benkirane » atteint son apogée sur un fond de scandales sexuels à répétition et de graves frictions avec le cabinet royal.

Rien n’y aurai fait. Connu pour sa pugnacité, Benkirane est devenu, ces cinq dernières années un personnage incontournable de la scène politique marocaine. Il est à la tête d’un parti très bien organisé et très bien implanté. Le PJD jouit d’une véritable aura auprès des électeurs et son chef reste très populaire. Les quinze jours de la campagne électorale, même s’ils ne sont pas une simple formalité, tournent clairement à son avantage. Le tribun attire les foules et multiplie les meetings où des dizaines de milliers de Marocains affluent, au moment où les autres partis n’arrivent pas à faire salle comble. Le résultat ne fait plus après aucun doute.

18 sièges de plus qu’en 2011

Aux premières heures du matin du samedi 8 octobre, c’est Abdelilah Benkirane lui-même qui prend les devants et annonce, flanqué de tous les ténors de son parti, la victoire du PJD, sa victoire à lui. Plusieurs minutes après, c’est un ministre de l’Intérieur emprunté et à la peine qui balbutie péniblement les chiffres du scrutin. Le succès du PJD est incontestable. Les islamistes ont eu 18 sièges et 700 mille voix de plus qu’en 2011.

Ni l’usure du pouvoir ni les mesures impopulaires adoptées lors des cinq années où ils ont gouvernées n’ont pu les affaiblir. C’est donc, en toute logique que Mohammed VI a reçu Abdelilah Benkirane et l’a reconduit, consacrant la victoire d’un homme tenace et celle d’un modèle politique à part entière dans le monde arabe.

Partages