Une coopération archéologique entre le Louvre et les Séoudiens en plein essor

Tombes nabatéennes, AlUla © Yann Arthus-Bertrand, Hope Production.

L’Arabie Saoudite prête une statue au musée du Louvre pendant 5 ans pour promouvoir son projet touristique dans la vallée d’AIUIa.
Cette impressionnante statue de 2,3 mètres, représentant vraisemblablement un ancien roi lihyanite est prêtée au musée du Louvre pour cinq ans par la Commission royale pour AlUla (RCU) © Musée du Louvre. Thierry Ollivier, 2010.

Mesurant plus de 2 mètres de haut, ce monumental colosse en grès représente vraisemblablement un roi de l’ancien royaume de Lihyan qui a prospéré durant la seconde moitié du Ier millénaire avant J.-C dans l’oasis d’ALUla, un important carrefour commercial d’Arabie saoudite situé sur la route de l’encens. Découverte lors de fouilles archéologiques du sanctuaire de Dadan (2005 et 2007) menées par l’Université du Roi Saoud, elle a été restaurée et exposée en France en 2010. L’œuvre est confiée pour une durée de cinq ans au musée du Louvre à Paris par la Commission royale pour AIUIa (RCU), en charge de la préservation et de la valorisation de ce site archéologique. Depuis le 7 septembre, elle est exposée dans la salle 314 du département du Département des Antiquités orientales (Aile Sully, niveau 0).

Cette statue de la période lihyanite, découverte dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, date du Ve au IIIe siècle avant J.-C. et mesure 2,3 mètres de haut, elle représente une figure masculine se tenant debout, dans une pose frontale statique. Sculptée dans le grès et positionnée avec les bras alignés de chaque côté et les jambes droites. La statue à laquelle il manque la tête, représente très probablement un roi liyhanite, voire un prêtre ou un personnage en prière.

Laurence des Cars, directrice du Musée du Louvre, avec le PDG de l’UCR, Amr Al-Madani, mardi 7 septembre 2022, lors de l’exposition d’une statue découverte à AlUla dans la salle des Antiquités orientales. « La statue est un symbole très important de la coopération culturelle de la France avec l’Arabie saoudite », a-t-elle déclaré. C’est un chef-d’œuvre de la sculpture antique qui témoigne des recherches archéologiques entreprises par le Royaume d’Arabie saoudite depuis plus de 20 ans, souvent en collaboration avec la France. Nous sommes très heureux de pouvoir présenter pendant cinq ans aux visiteurs du Louvre ce chef-d’œuvre dans le cadre de nos collections de la péninsule arabique. Il constitue un symbole fort de cette collaboration. » Photo: AN par Tarek Mussa.

En novembre dernier, lors des fouilles archéologiques dans le sanctuaire, une autre statue a été trouvée, d’une taille identique à celle exposée aujourd’hui au Louvre, elle est actuellement en cours de restauration.

Plusieurs statues colossales, censées représenter des rois et des prêtres, ont été découvertes entre 2005 et 2007 lors de fouilles archéologiques du sanctuaire. La statue est vêtue d’une tunique courte tandis que sur le corps se trouvent des traces de pigment rouge. Au bras gauche, il porte un bracelet qui est peut-être décoré d’une perle, porté dans le pli du coude, tandis que sous son pied droit se trouvent les restes de la semelle d’une chaussure, très probablement une sandale. Il convient de noter l’attention particulière accordée au rendu de la forme anatomique de l’homme et à sa surface lisse, représentant de manière complexe les muscles du torse, de l’abdomen et les restes des membres – éléments caractéristiques de l’école de sculpture lihyanite. La statue se distingue par son style local particulier et reflète les influences artistiques de l’Égypte et de la Grèce antiques.

Statue de la période lihyanite, détail. Photo AN : Tarek Mussa.

La statue a déjà été dévoilée dans le cadre de Roads of Arabia, une exposition itinérante qui a été présentée au Louvre Abu Dhabi de novembre 2018 à février 2019, avant de partir à l’étranger, à Rome, Berlin, Paris, Barcelone, Saint-Pétersbourg, Houston, Tokyo et au-delà. « Roads of Arabia » a célébré les trésors archéologiques de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, en explorant comment les civilisations de la péninsule arabique ont servi de point de rencontre entre l’océan Indien, la Corne de l’Afrique, l’Égypte et la Mésopotamie.

En dépôt pour cinq ans au Louvre, il permet à l’institution d’illustrer l’art et l’histoire de l’Arabie préislamique, mal représentée dans ses collections comme dans la plupart des musées internationaux., tout en ayant pour objectif de mettre en lumière « les découvertes archéologiques et les travaux de préservation effectués à AlUla par la Commission royale pour AlUla ».

La ville antique de Dadan

Le site archéologique de Dadan, dans l’oasis de l’actuelle AlUla, au nord-ouest de l’Arabie saoudite, remonte à environ 2 800 ans, lorsque Dadan était l’une des plus importantes stations de la route commerciale du monde antique. Vers la seconde moitié du Ier millénaire avant notre ère, le royaume de Dadan était dirigé par les rois de la tribu Lihyan, qui ont conservé le pouvoir pendant plusieurs siècles. La ville de Dadan, ancien site des capitales du royaume de Dadan et de Lihyan, a été découverte pour la première fois par le poète et explorateur anglais Charles Montagu Doughty en 1876 : « Il reste peu de choses des anciennes générations civiles d’el-Hejr, la ville caravanière ; ses rues construites en argile ne sont plus que de la poussière soufflée dans le désert », écrit-il dans son « Travels in Arabia Deserta », publié en 1888. « Leur histoire n’est écrite pour nous que dans les gribouillages griffonnés sur maintes roches sauvages de ce sinistre voisinage, et dans les titres gravés de leurs monuments funéraires, maintenant des rochers solitaires, que le voyageur craintif admire, dans ces montagnes désolées. » En 1909 et 1910, le site a été soigneusement documenté par les dominicains français A. Jaussen et R. Savignac, qui l’ont identifié comme étant le Dedan biblique, mentionné dans l’Ancien Testament parmi les principales villes caravanières d’Arabie. Grâce aux centaines d’inscriptions en dadanite trouvées sur le site et dans ses environs, il a été établi que la ville avait été la capitale de deux royaumes successifs : d’abord le royaume oasien de Dadan dans la première moitié du 1er millénaire avant notre ère, puis le vaste royaume tribal de Lihyan dans la seconde moitié.

Le programme Vision 2030 et l’UNESCO

La préservation et la célébration du patrimoine antique de l’Arabie saoudite constituent un élément clé du programme de diversification économique Vision 2030 du Royaume, qui prévoit des investissements dans les infrastructures et les attractions touristiques. Parmi ces développements figure le plan directeur « Journey Through Time », qui verra la vallée d’AlUla transformée en un musée vivant conçu pour plonger les visiteurs dans 200 000 ans d’histoire naturelle et humaine.

Hegra en AlUla est devenu le premier site de l’Arabie saoudite inscrit par l’UNESCO au patrimoine mondial en 2008. © Commission royale pour AlUla.

Ce plan de développement de l’Oasis d’AlUla vise à attirer des centaines de milliers de touristes. L’Arabie saoudite et l’Unesco ont d’ailleurs signé en novembre 2021 un partenariat de cinq ans visant la protection du patrimoine et le développement du tourisme dans la région. L’Arabie saoudite désire y développer 15 nouvelles infrastructures, sur une surface de près de 30 000km2, afin de créer un nouveau centre culturel mondial.

Le Kingdoms Institut et son musée devraient ouvrir leurs portes d’ici 2030. La région prévoit d’attirer 835 000 touristes par an à l’horizon 2035, puis deux millions par an à long terme. La RCU a passé un accord avec le groupe français Accor pour doubler sa capacité d’accueil.

Pour promouvoir ce projet, une exposition de photographies signée par le Canadien Robert Polidori avait été installée en novembre 2021 dans le jardin du Palais Royal, à Paris.

Après les jardins du Palais Royal, le musée de Louvre aujourd’hui. Quel sera le prochain bâtiment public français prévu dans le plan de communication du Ministère du tourisme d’Arabie Saoudite?

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