Algérie, Sid-Ahmed Ghozali, le retour

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Ancien Premier ministre algérien en 1991, un an avant que le président Chadli soi écarté par l’armée,  Sid Ahmed Ghosali, dont le noeud papilllon était devenu légendaire, joue sa carte dans la successon quasiment ouverte du président algérien Tebboune. 

La fameuse lettre qui circule sur les Réseaux sociaux et qui éreinte  l’ex-Ministre Ouyahia -à la lumière du scandale des lingots d’or revendus au marché noir- n’est pas de Sid-Ahmed Ghozali comme certains esprits mal-intentionnés l’ont fait croire. L’ex- baron des années 90 qui a su soigner dans son exil parisien l’image de l’opposant sage, sort de son silence pour démentir la folle rumeur :   « Depuis plus de deux ans, peut-être trois, j’ai déserté la scène médiatique. Ni interview, ni contribution » indique-t-il avant de poursuivre : « Ceux qui m’ont assidûment lu savent bien que si j’ai critiqué sans relâche le pouvoir, ce fut sur ses politiques et ses pratiques détestables. Jamais sous forme d’attaques personnelles. Celles-ci sont une cachette de l’indigence intellectuelle. Elles affaiblissent les idées. Y ont recours les gueux pour exciter des sots ».

Gentleman politicien

Sid-Ahmed Ghozali est un produit du système, mais dans le genre gentleman, comme Boumédiene savait en débusquer pour soigner la vitrine de la jeune « République algérienne démocratique et populaire ». La missive, soigneusement écrite par Sid-Ahmed Ghozali a les charmes de son époque : « Aux mots détestables et scandaleux j’ai répondu par des mots sans injurier ni hurler. On ne me retrouvera donc jamais du bord des couteaux qui se croisent nombreux dans les entrailles des taureaux qui tombent » dit-il. Comme cela tombe bien, l’Armée cherche un candidat de consensus, modéré, posé, de préférence de la maison, expérimenté sans être trop âgé.  Ghozali semble cocher les bonnes cases.

Des relais au sein du Hirak

Cet homme courtois, ancien ambassadeur à Paris, peut afficher ses sympathies pour le Hirak, le mouvement de protestation, tout en lançant des signaux aux décideurs qui le musèle.  « J’ai rappelé en avril 2019 au chef de l’État par intérim que le pouvoir connaissait parfaitement mes idées et l’exhortais, à ne pas décevoir le peuple, qui, défilant dans la rue, ne demandait pas la lune mais le droit à une vie digne et libre » rappelle l’ex-chef du gouvernement.

Son message va-t-il être entendu par la grande muette ?

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)