Algérie, Raphaël Glucksmann fait l’unanimité, mais contre lui

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Par souci de pluralisme, Mondafrique donne la parole à un intellectuel et écrivain algérien qui, sous le pseudonyme de Marie Blary, se déclare en faveur de la tenue des élections du 12 décembre.

Au nom du refus de toute ingérence dans les affaires intérieures algériennes, la motion déposée par Raphael Glucksmann au Parlement européen qui fait la leçon au peuple algérien, a suscité une hostilité générale chez les Algériens.

Ceux qui sont sortis le samedi 30 novembre, nombreux, ont protesté contre l’immixtion de Raphael Glucksmann dans les affaires intérieures ne sont pas nécessairement des suppôts du pouvoir. Parmi eux, se trouvaient beaucoup de partisans du « dégagisme » des élites anciennes, mais critiques face aux sous-courants d’un mouvement berbériste radical et aux clans militaires, qui ont provoqué l’interruption du processus électoral en 1992. L’ « L’Hirak » du 30 novembre reproche à Raphael Glucksmann, qui se réclame de la démocratie, de soutenir inconditionnellement les courants hostiles aux élections.

Raphael Glucksmann, l’éradicateur

Raphael Glucksmann revendique une réelle sympathie pour l’Algérie qui remonterait à son stage, voici quinze ans, dans un journal algérois. Durant son séjour, le fils du philosophe et ami de BHL, feu André Gluckslann, n’a fréquenté que le courant « éradicateur », mené par un quarteron de généraux, pour qui la diabolisation des « islamistes » et une répression sanglante tenaient lieu de programme. Durant la décennie noire, ces spin doctors inspirés expliquaient aux salles de rédaction parisiennes, qu’on peut avoir une démocratie sans élections et sous contrôle militaire. Puis ces adversaires de l’alternance cessèrent de parler de démocratie, pour s’intituler « républicains ».

Or toutes les révélations faites depuis le coup de force du 11 janvier 1992 qui priva les islamistes de leur victoire montrent que l’alternance pacifique, si elle avait été respectée, aurait évité les 150000 morts de la décennie noire. On connait désormais la promesse faite par le chef du FIS, Abdelkader Hachani de respecter la Constitution de 1989, de ne réclamer pour le FIS que trois ministères (la Justice, l’Education et les Affaires sociales). Le choix des islamistes pour diriger le gouvernement s’était porté sur Hocine Aït Ahmed, ce leader kabyle dont on connait l’attachement à la démocratie et au pluralisme.

Une liberté religieuse sélective

Rapahel Gluchsman a cru bon de laisser dans la simpliste motion du Parlement européen un passage sur de prétendues « atteintes aux libertés religieuses en Algérie ». Diable! La législation algérienne interdit le « braconnage religieux » et sanctionne tout missionnaire coupable d’avoir ouvert des lieux de culte clandestins. Or armi ceux qui sont tombés sous le coup de la loi, on ne compte aucun prêtre catholique. Car l’Eglise d’Algérie connaît les lois beaucoup mieux que les représentants des sectes protestantes qui font du prosélytisme notamment en Kabylie.

Notons que le nombre de ces missionnaires prosélytes est très nettement inférieur à celui des « imams » de mosquées « salafistes » en France, dont les lieux de culte sont fermés régulièrement depuis 2015.

Pour mettre au point ses relations avec lAlgérie, lEurope devrait devrait éviter de confondre les aspirations des peuples avec les désirs des idéologues qui s’expriment au nom des minorités agissantes. Au vu de l’affluence au Hirak anti Glucksmann, il semble que la fibre patriotique des Algériens les conduit à refuser toute ingérence extérieure. Ce qui  pourrait provoquer, le 12 décembre, un sursaut salutaire et taux d’abstention acceptable, susceptibles de donner au scrutin la légitimité qui risquait de lui manquer. Mieux vaut un cadre légal qu’une transition à durée déterminée susceptible d’ouvrir la porte à toutes sortes de déstabilisation du pays.

« Vérité en deçà de la Méditerranée, erreur au-delà ».      

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