Algérie, le général Tartag a été arrêté

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Longtemps coordinateur des services algériens auprès de la Présidence algérienne sous Bouteflika, le général Athmane Tartag aurait été arrêté par les hommes de la DCSA (renseignement militaire), le bras armé du général Gaïd Salah.

L’arrestation du général Athmane Tartag, dit Bachir, pèse infiniment plus que les interpellations, ces derniers jours, des nombreux oligarques -Haddad, Kouninef et consorts- qui ont profité des prébendes du clan Bouteflika. Héritant des services algériens en 1995 après l’éviction du tout puissant général Mohamed Mediéne, dit Toufik, le général Tartag fut nommé à la tète de la Direction des services de sécurité (DSS). Il aura été, ces quatre dernières années, le serviteur zélé de Said Bouteflika, le frère de l’ancien chef de l’Etat et véritable numéro deux du régime.

Le clan présidentiel l’avait choisi en raison de sa vulnérabilité compte tenu du rôle central qu’il avait joué au sein des services algériens contre les forces islamistes pendant la décennie noire (1990-2015). Seule la protection des frères Bouteflika l’avait protégé d’une mise en cause devant des instances judiciaires internationales.

Le général Gaïd Salah qui co-gérait l’état algérien avec le président Bouteflika avait demandé la tète de tartag depuis longtemps. Il ne l’avait pas obtenue. Aujourd’hui, le chef d’état makor est le seul maitre à bord. Et Tartag serait sous les verrous.

Tartag aujourd’hui, Said demain

S’i le général Tartag est arrêté aujourd’hui par les hommes de Gaïd Salah, le patron de l’armée algérienne, c’est que le clan Bouteflika va être frappé désormais au coeur. L’institution militaire ne prend plus de gants. Demain, ce pourrait être Said Bouteflika lui même qui sera interpellé et livré en pâture aux foules algériennes toujours plus nombreuses à réclamer justice, chaque vendredi, contre les responsables de l’ancien régime. Depuis la démission de son frère, Said Bouteflika, protégé par la France et les Emiratis, circule à peu près librement dans Alger, mais sous escorte et au prix d’une surveillance de tous les instants.

Ce sont apparemment les confessions d’Hamid Melzi, patron du club des Pins et confident de toutes les figures marquantes de la nomenklatura algérienne, qui ont permis de mettre en cause le général Tartag. Grace aux écoutes que Melzi pratiquait abondamment sur les clients de la luxueuse résidence huppée qu’il administrait aux portes d’Alger (voir article ci dessous), ce dernier détenait beaucoup de secrets de fabrications du régime précédent, Apparemment, il s’est montré très bavard face aux enquêteurs de la DCSA (renseignement militaire) qui l’interrogeaient. Le général Tartag est une des victimes collatérales des interrogatoires d’Hamid Melzi.

Le grand ménage continue de pus belle en Algérie. Les vrais « parrains » du régime précédent, Said Bouteflika en tète, ne semblent pas pouvoir échapper longtemps à la nécessité de rendre des comptes face à la justice. Sur fond naturellement de guerres intestines au sein de l’institution militaire.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)