Algérie, le coronavirus devenu l’alibi d’un régime autoritaire

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Face à la peur d’un retour du Hirak le jour où la pandémie sera vaincue, le pouvoir algérien multiplie les mesures répressives.

Le pouvoir algérien est inquiet. On le serait à moins. Le Hirak, cette mobilisation populaire qui a jeté des millions d’Algériens dans la rue depuis plus d’un an, est certes anesthésié par la crise sanitaire. Mais il pourrait repartir plus fort encore si le régime, totalement controlé par les militaires qui ont retrouvé un semblant d’unité, n’a toujours pas trouvé le moindre compromis politique avec une population contenue parce que confinée. Les appels de l’écrivain Kamel Daoud qui recommande une compromis entre les éléments sains de l’armée et du peuple ne sont, hélas, que peu audibles.

Le coronavirus est pour l’instant le meilleur allié d’un pouvoir algérien sans imagination. D’autant plus que l’épidémie ne semble pas se développer au rythme que connaissent les deux Amériques ou l’Europe.

Doubles discours

Pour autant, le président Tebbounne, choisi par l’armée et mal élu, a poussé très loin la capacité à ne pas trancher. Des offres de compromis politique s’accompagnent chez cet ancien wali (préfet) de mesures autoritaires marquées pour mettre au pas les voix dissidentes, y compris à l’intérieur du système. On assiste même à la convocation du président jeune et populaire du « club des magistrats algériens », une profession généralement docile.

La situation économique est marquée par une baisse des recettes pétrolières de 50%. D’où, demain, un déficit budgétaire qui flirtera  avec des sommets inconnus et un manque à gagner de 30 milliards de dollars de la balance des paiements courants. Soit une restriction drastique des importations, qui viendra aggraver le ralentissement économique et provoquer encore plus de chômage, couplé avec une très forte inflation. Pour l’instant, le président Tebboune a fait savoir qu’il n’irait pas tendre la main au FMI pour financer les fins de mois de l’Algérie. Où trouvera-t-il des ressources? Ne met-il pas trop d’espoir dans les aides venues de Chine, le nouvel allié de la diplomatie algérienne? Les promesses de Pékin n’engagent que ceux qui y croient.

Comment contenir le Hirak qu’on a trop vite enterré? La seule réponse du pouvoir algérien pour l’instant est sécuritaire. Le président Tebboune a présidé, le 16 mai, au titre de chef des forces armées, une réunion du Haut conseil de sécurité. Il s’agit du troisième depuis son élection. Rien n’a filtré de ce conclave. Mais le signal est clair. Face à la phase délicate qui va suivre le confinement, le pouvoir n’a pas d’autre solution que répressive.

Le pouvoir algérien a procédé, fin Avril, à une réforme complète du code pénal qui criminalise toute voix contestataire sur les réseaux sociaux. Une rustine, sans doute, face à la montée des colères.

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