Algérie, la vidéo de l’adjudant-chef Bounouira qui accuse le général Chengriha

C’est à partir de la prison militaire de Blida que Guermit Bounouira, l’ancien secrétaire particulier du général Gaid Salah, a enregistré des vidéos qui ont ébranlé les fondements du haut commandement militaire algérien.

Poursuivi depuis le 11 août 2020 pour haute trahison, à peine une semaine après son extradition par la Turquie vers l’Algérie, l’ancien secrétaire particulier de Gaïd Salah vient d’être condamné à la peine capitale. Son déballage, qui a mis à nu le visage hideux de Saïd Chengriha, a visiblement provoqué une réaction de colère du patron de l’armée algérienne

On ignore tout, pour l’instant des réseaux qui ont permis à cet officier détenu dans la prison la plus sécurisée d’Algérie de faire parvenir à l’étranger, en l’occurence à Londres, pluieurs vidéos où il témoigne de l’état de corruption de l’armée algérienne

LES EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE GUERMIT BOUNOUIRA

« Je me présente, Guermit Boubouira secrétaire particulier de l’ancien chef d’état-major le général Gaid Salah. C’est à la volonté de Tebboune qui a dit que celui qui a des choses à dire ; qu’il le fasse. Mais, ces vidéos visent à éclairer l’opinion publique assombrie par ceux qui veulent maintenir un statu quo. C’est une volonté d’informer l’opinion algérienne à travers plusieurs enregistrements dont le premier entamé sera réservé à Chengriha.

Le début 2018, l’année qui précède le départ du pouvoir de l’ex Président Bouteflika

Il existait une corruption dévorante au sein du haut commandement de l’armée. Ce qui a poussé l’État Major militaire à procéder à l’ouverture des enquêtes sur les hauts gradés, les chefs de régions en particulier les officiers ayant des relations spéciales avec Ali HEDDAD et KOUNINEF qui aspirent avoir un contrôle sur l’armée dans le futur.

En parallèle, d’autres enquêtes ont été ouvertes sur le trafic de drogue et le commerce des armes au Sahara. Car, en dépit du renforcement des contrôles aux frontières, la présence des caméras, l’existence des tranchées et barrages mobiles, la drogue peut contourner ces obstacles grâce à la complicité des forces constituées. C’est l’ampleur du trafic qui a fait bouger l’EMG en diligentant des enquêtes au sein des unités opérant aux frontières, ordonné par le général Gaid Salah.

A la suite des conclusions de ces enquêtes, il a été ordonné de mettre à l’écart, sous forme d’éviction, les généraux Said Bey chef de la 2ème région militaire, le général Lahbib Chentouf chef de la 1ère région militaire, le général Mourad Nouba patron de la gendarmerie nationale, le général Abdezrrezak Cherif chef de la 4ème région, le général Boudouaour directeur central au MDN, le colonel Mahjoubi chef des forces opérationnelles de la 2ème région.

L’opération était un succès et très équilibrée ne touchant que les têtes. Elle n’apparaît pas comme un règlement de compte sous aucune forme. Le général Said Bey est de la Kabylie, Chentouf de l’Ouest et les trois autres sont issus de l’Est algérien qui sont Abderezzak cherif, Boudouaour, et Mahjoubi.

C’est à ce moment-là que le général Chengriha m’a contacté par peur d’être cité dans les enquêtes toujours en cours. Il avait peur de subir le même sort que les autres chefs de régions. Il était le chef de la 3ème région. Je l’ai rencontré dans le Chalet Numéro 2 de la résidence d’Etat de Sidi Feruch. Il était dans un état d’anxiété et de peur très apparent. Il m’a demandé de l’aider afin qu’il ne puisse pas être cité dans les enquêtes en cours. Il a fait valoir son âge avancé et sa maladie. Qu’il ne pouvait pas affronter de nouvelles épreuves. Il m’a dit que « le Sahara est grand et qu’il est impossible de contrôler tous les trafics ».

Je me suis intercédé auprès de Gaid Salah avec ma propre méthode. J’ai proposé à Gaid de relever Chengriha et le Général Meftah Souab du sud algérien afin de mieux savoir ce qui se passe vraiment sur les opérations de trafic de drogue et le commerce des armes. Chengriha fut transféré au CFT en 2018 et Souab à la deuxième région mais les enquêtes continuent à faire tomber des têtes sur le trafic de drogue et le commerce des armes.

L’année 2019, celle où Gaïd Salah est le patron de l’Algérie 

Les résultats des enquêtes commençaient à être connues au sein des sérails qu’en juillet 2019. Plus de 31 officiers au grade de colonel de la DCSA sont directement impliqués ainsi que des officiers de la Gendarmerie nationale.

Le colonel RABIA chef de la DCSA au sein de la 3ème région militaire désigne l’implication du général Chengriha dans les opérations de trafics de drogue et des armes. Il a reconnu lors des investigations que chengriha prenait sa part dans le trafic de drogue aux frontières en informant et en protégeant les trafiquants sur les positions des barrages filtrant, des positions des forces armées ,….etc.

Explication : les trafiquants algériens demandent à leurs fournisseurs marocains de l’alimenter en grande quantité de Cannabis. Ces derniers acheminent la marchandise à la frontière algérienne. Une fois arrivée, l’ordre est donné de désactiver les caméras, de lever les barrages mobiles, de quitter les lieux où les barrières érigées constituées de foins de plusieurs mètres en hauteur sur des points déterminés de la frontière.

Les barons algériens récupèrent leur marchandise tout en ayant déjà la cartographie des points d’inspection ainsi que les barrages des forces armées (Militaires, GN, Douanes) afin d’éviter tout contrôle. Tout cela s’opère avec la complicité de la direction de la sécurité régionale de 3ème et la 6ème région afin que la marchandise soit livrée à destination en toute sécurité. Les grandes quantités de drogue inondent le marché local et africain. Au retour, les trafiquants achètent des armes type Kalachnikov sur le marché Libyens à la demande de chengriha. Ces armes seront enterrées dans des casemates. Et durant les tournées de Gaid Salah, le chef de la région 3 présente ces caches d’armées comme résultat de la lutte contre le terrorisme au Sahara.

Même au sein des Forces Terrestres (CFT), Chengriha continue à présenter ses opérations de découverte de cache d’arme comme un succès qualitatif de la politique sécuritaire de lutte contre le terrorisme. Parfois, des barons de drogue algériens, passent des commandent de drogue de mauvaise qualité auprès de leurs homologues marocains. Le même procédé est mis en place (désactiver les caméras, lever des barrages mobiles, ……) suivies d’opérations de poursuites et arrestations des subalternes. Tout ce scénario est comme le renforcement de nouveaux moyens de contrôle et de lutte contre le trafic de drogue.

Dans chaque opération, la part de chengriha est prélevé dans ce trafic de drogue et des armes au Sahara à travers les colonels Mahjoubi chef des forces armées de la 2ème région et le colonel Yahya Ali Oulhadj chef de la gendarmerie de la 3ème région militaire dirigée par Chengriha.

Des richesses colossales sont constituées par les trafiquants de drogue qui sont connus et poursuivis par la justice. Ces derniers se réfèrent au colonel RABIA chef du secteur opérationnel à Béchar pour se rendre aux autorités afin de bénéficier des lois de la réconciliation nationale en se présentant comme des terroristes qui déposent les armes (des kalachnikovs achetées en Libye). Une fois le processus de réhabilitation et d’intégration des trafiquants à la société civile sous les offices de la politique de réconciliation ils peuvent facilement blanchir l’argents cumulé du trafic de drogue et des armes dans divers secteurs comme ils ont fait FOULANI et Ghrib Lakehal qui était en prison en 2019.

Une fois que certains pseudo terroristes sont sortis de prison, Chengriha est intervenu pour leur octroyer des pompes à essence au Sahara dans le cadre de la politique de la réintégration des terroristes.Ces stations deviennent des lieux de repos pour les trafiquants afin que le marché de la drogue continue à sévir. Tout cela est transcrit dans l’enquête que le colonel Mahjoub a bien reconnu les faits. Il a mentionné le général Chengriha qui durant cette période a amassé une fortune colossale dans le trafic de drogue et la protection apportée aux trafiquants de drogue et le commerce des armes.

Chengriha a enrichi le Roi du Maroc dans ce marché de trafic de drogue qui est estimé à 25 milliards de dollars annuel selon nos investigations. Question qui reste à poser. Pourquoi les pseudos terroristes cachent-ils les armes sous terre alors qu’ils en ont besoin pour se défendre ? Quel est l’intérêt de chengriha d’exhiber ces caches d’armes et de réquisitionner des armes vétustes ?  

Il était prévu d’arrêter chengriha et de le transférer à la prison militaire de Blida en 2019 précisément au mois de septembre. Mais cela coïncidait avec une période sensible des élections. Le cas de son éviction a été reporté. Ajouter à cela, les terroristes ayant bénéficié des pompes à essence se donnaient à un autre trafic celui du carburant dans le grand Sahara et le sahel.    Alors qu’on limitait la consommation du carburant aux citoyens du Sahara afin de contrôler leur mobilité dans la région et circonscrire leur déplacement.  

Chengriha maintenait le contact avec le colonel RABIA à travers le commandant Nassib qui est actuellement adjoint procureur. Ce dernier est l’ami intime du fils de chengriha le commandant Chafik qui vit à Paris. Nassib aménage la détention du colonel RABIA afin qu’il n’enfonce pas Chengriha en changeant sa version initiale lors des investigations ou retardé l’enquête le plus tard possible alors que les preuves sont accablantes et le dossier est très lourd.

Le juge d’instruction de Blida a voulu mettre Chengriha à l’arrêt préventif en juillet 2019 mais Gaid a reporté son arrestation après les élections car cette période était sensible (élections et pression du hirak). Ajoutez à cela, un dossier de corruption touchant chengriha, le dossier est toujours aux mains du tribunal militaire de Blida.

Après le décès de Gaid Salah, j’ai remis à chengriha les fonctions ainsi que les affaires en cours au sein de l’EMG lorsqu’il a été nommé chef d’état-major par intérim en 3 partis car il n’y avait personne qui voulait lui remettre les fonctions. Le général Atmania m’a demandé de travailler avec lui chose que j’ai refusé contenu de ce que je savais sur son implication dans des affaires de corruption et de trafic de drogue et des armes.

Chengriha m’a demandé des conseils sur ses nouvelles fonctions. Je lui ai remis les interventions de Gaid Salah de 2014 à 2019 et je lui ai demandé de poursuivre sa politique et son orientation. Il m’a demandé le suivi de son dossier sur le trafic de drogue et des armes. Je lui ai dit qu’il au tribunal militaire de Blida entre les mains du colonel BOUGUERRA.

Après la prise de ses fonctions, j’ai bénéficié de mes droits à la retraite. Mais au bout d’un mois, Chengriha me faisait convoquer par la Gendarmerie Nationale. J’ai reçu 2 convocations de GN, 2 autres de la DCSA et 2 du tribunal militaire. Son but est de m’impliquer dans des affaires. Toute accusation est bonne pour me faire taire car je connais ses dossiers et son passé noir.

Ces guerres souterraines qui minent l’État algérien

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

1 COMMENT

  1. La plupart des médias roulent pour le couple franco-marocain, car aucun deux ne s’est posé la question pourtant très simple: Quel est l’intérêt de Guermit à défier le premier et puissant chef de l’Armée? et pourquoi prend -t-il tout ce risque gratuitement en faveur de Zytot et compagnie ainsi qu’en faveur des pays hostiles à ‘Algérie ? Un seul média franco-berbériste-kabyliste a jeté le doute sur l’authenticité de cette vidéo dont il dit qu’il y a décalage entre le son et l’image.

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