Algérie, la photo de Saïd Chengriha qui en dit long !

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Au centre de la photo qui a été diffusée, mercredi 20 janvier, par le ministère de la Défense, se trouve le patron de l’armée algérienne, Saïd Chenegriha, qui comme tous les hauts gradés s’emploient généralement à ne pas apparaitre sur la scène publique algérienne.

Mondafrique décrypte la photo de la semaine.

Un cliché rare. La photo a été officiellement conçue, prise et diffusée par le Ministère de la Défense pour montrer le numéro 1 de l’Armée installant, mercredi, le Général-Major Nour-Eddine Makri dans ses fonctions de directeur Général de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DGDSE), la CIA de l’Algérie.

Ce type d’événement ne justifie pas généralement la présence d’un photographe.  

Les éléments de contexte. Le promu remplace le Général-Major Mohamed Bouzit, dit « Youcef ». Pour mémoire,  Bouzit avait été nommé à ce poste en… avril 2020 ! Le turn-over au sein de l’institution militaire, qui mine l’armée depuis deux ans, continue de plus belle! Et la tradition de secret de la grande muette algérienne qui oblige les agents de renseignement à s’affubler de surnoms ne s’est pas éteinte comme par miracle. A observer cette photo, personne ne peut déterminer qui est l’heureux promu dans cette assemblée d’hommes de l’ombre entourant Chengriha.

Le communiqué de l’Armée saisie par l’ivresse d’une campagne de communication se garde bien tout de même de donner ce genre de précision. 

Non dit de la photo (1). Il s’agit de montrer à l’opinion publique algérienne que l’État algérien fonctionne parfaitement en l’absence, pour la deuxième fois en trois mois, du président Tebboune, très gravement malade en Allemagne. Les militaires, généralement discrets, pointent le bout de leurs masques

– Non dit de la photo (2). Le général Noureddine Makri, dit « Mahfoud », qui a fait toute sa carrière au sein du service de renseignement extérieur sous les ordres du Général Médiène, dit Toufik, patron pendant un quart de l’ex DRS (services secrets) était alors le monsieur « Sahara occidental » du pouvoir Algérien. Autant dire que son retour aux affaires est un message clair envoyé au voisin marocain qui a exaspéré l’armée par ses récentes initiatives diplomatiques (reconnaissance de la marocanité du Sahara par les Américains, reconnaissance d’Israel). 

Le mauvais élève. Remarquons que sur la photo certains portent le masque et d’autres trichent. Au sein d’une armée algérienne très disciplinée, seuls les chefs peuvent s’affranchir des règles. Logiquement, c’est Said Chengriha, aussi âgé soit-il, qui peut se permettre, au centre de la photo, de porter le masque sur le cou en pleine séance officielle. L’homme à sa droite, celui ose le masque sous le nez, mais pas plus bas comme son patron, serait le fameux Makri dit Mahfoud. 

Du linge sale, mais un drap blanc. Les internautes algériens semblent n’avoir retenu que l’élément le plus improbable du dispositif de relations publiques de l’armée: cet immense drap blanc qui recouvre le bureau. 

Est-ce pour lancer un message subtil sur une Armée qui a désormais lavé son linge sale en famille? Le drap n’est-il pas blanc comme neige? Tous les gradés qui furent écartés ou jetés en prison pour leur proximité avec l’ex DRS par l’ex-chef d’état major aujourd’hui décédé, Gaïd Salah, sont de retour. Qui en doutait?.

Des fake news, forcément D’autres internautes suggèrent que le Général Chengriha cache lui aussi un pied malade. Allusion perfide à la maladie du président Tebboune opéré du pied en Allemagne…Mais, persiflent d’autres, ne serait-ce pas tout bêtement parce que le mobilier du ministère de la défense est en sale état? Il s’agit de le couvrir d’un drap, comme on le fait habituellement pour les tables dans les écoles déglinguées de l’intérieur du pays. L’armée algérienne est pauvre, qu’on se le dise

En guise de linceul. Le seul élément parlant de cette photo posée est que Chengriha se trouve assis au centre , à la place assignée normalement au Président algérien, comme on le voit sur un autre cliché ci dessous . Mais oui bien sur, c’est l’après Tebboune que le cliché est en train d’acter.

Censé montrer que le pouvoir algérien est toujours solide, ce remarquable cliché qui fera date révèle l’épais mystère qui, aujourd’hui comme hier; drape les opaques institutions algériennes

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

2 COMMENTS

  1. Dans le texte : Remarquons que sur la photo certains portent le masque et d’autres trichent. (sic) et aussi « Le seul élément parlant de cette photo posée est que Chengriha se trouve assis au centre , à la place assignée normalement au Président algérien, comme on le voit sur un autre cliché » (sic) Par ces remarques, il apparaît clairement que l’auteur cherche les poux dans la tête d’un chauve. Quand on porte des lunettes, l’utilisation du masque entraîne la formation de la buée au niveau des lentilles. Pour s’en affranchir on est obligé parfois à abaisser le masque.

    Apparemment, les signatures ont eu lieu dans deux lieux différents donc, toute comparaison est semble fortuite. Le siège du Ministère de la Défense serait le mieux indiqué.

  2. Les militaires algeriens resteront à jamais, comme la plus impitoyable malédiction qui s’est abattue sur l´algerie. Ils ont dépensé des milliards de dollars, sans que l’on ait réduit ne fût-ce que d’un pour cent, la dépendance aux hydrocarbures, (qui représente toujours 98 % de recettes), ni édifier une industrie moderne et une nouvelle agriculture qui eussent pu donner du travail et nourrir les algériens, en l’absence du pétrole.
    Ils ont dilapidé toutes les réserves du pétrole et du gaz, du présent et même des générations á venir. Aujourdhui l’algerie est en faillite et frôle le chaos, malgré les richesses immenses des hydrocarbures… Quel Gâchis

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