Best of 2018 (13/20), Gaïd Salah plus courtisé que jamais

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Le chef d’état major de l’armée algérienne et vice ministre de la Défense, Gaïd Salah, apparait aujourd’hui à Alger comme le maitre du jeu politique. Ce qui provoque, autour de sa personne, les ralliements les  plus inattendus.

Dans une Algérie privée plus que jamais d’un avenir clair et où beaucoup se verraient, mais sans le proclamer, comme des successeurs possibles d’un Président Bouteflika affaibli et malade, le chef d’Etat Major et vice ministre de la Défense, Gaïd Salah, a incontestablement marqué des points, ces dernières semaines, au sein du sérail politique. Plus que jamais et avec l’aval de la Présidence, ce haut gradé, qui dirige l’institution militaire depuis une dizaine d’années, apparait comme le maitre des élégances politiques.

Tous aux abris

L’enquête engagée depuis le début du mois de juin sur le scandale de la cocaïne saisie dans le Port d’Oran, qui est menée sous l’autorité directe du renseignement militaire, a en effet mouillé un grand nombre de « décideurs » algériens. Le clan dit de l’Ouest, la région d’où est originaire le Président Bouteflika, a été décimé, ou menacé de l’être, par ces graves mises en cause qui ont révélé le ressort maffieux d’une partie des élites algériennes.

Est ce un hasard? Ou du machiavélisme? La purge touche plus que d’autres les nombreux adversaires que compte le patron de l’armée algérienne. Chaque jour apporte son lot de révélations qui font chuter des gradés et des politiques de premier plan, dont récemment le tout puissant chef de la police, le général Hamel, et ses affidés, les directeurs de la sureté d’Alger et d’Oran.

Des rumeurs insistantes courent également sur la possible mise en cause des oligarques les plus puissants du régime et traditionnellement proches du frère du chef de l’Etat et vice Roi du régime, Saïd Bouteflika. Lequel, dit-on, aurait désormais renoncé à ses ambitions présidentielles.

Nombreuses courbettes

Dans ce contexte mouvant, les principaux barons du régime cherchent à se couvrir du coté de l’institution militaire. L’intoxication des médias, qui en Algérie est un sport national, n’a jamais été aussi répandue. Il faut à tout prix faire allégeance face à un Gaïd Salah incontournable et surtout le faire savoir.

Ainsi les partisans du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, dont les ambitions présidentielles ne sont un secret pour personne, mettent en avant la dernière « accolade » entre le chef d’Etat-major de l’ANP, Gaid Salah et Ahmed Ouyahia lors de la célébration des festivités de la fête du 5 juillet à l’hôtel militaire de Beni-Messous ». Cette rencontre fugitive, d’après ces propagandistes, relancerait « de plus belle » l’hypothèse d’une candidature « consensuelle » d’Ouyahia, dans le cas hautement probable où le président Bouteflika ne se représenterait pas. Autant d’interprétations totalement erronées qui ont comme seul objectif grossier de rendre crédible la mise sur orbite de l’actuel Premier ministre.

La valse des prétendants

D’autres sources proches du général Tartag, qui dirige les services de l’ancien DRS, ou du moins ce qui en reste, vantent les excellentes relations qui se seraient nouées récemment entre ce dernier et le chef d’état major. Les deux généraux auraient décidé ensemble des mutations et promotions qui ont été décidées, comme chaque année, le 5 juillet. Cette version de l’histoire est totalement démentie du coté des proches du chef d’Etat Major qui se méfient traditionnellement d’un Tartag, homme des basses oeuvres de la Présidence, et obligé de Saïd Bouteflika.

Autant de tentatives de manipulations qui gangrènent aujourd’hui le paysage médiatique algérien et le rendent encore plus opaque qu’il ne l’est naturellement.

Pour l’instant, l’institution militaire qui en appelle à l’unité nationale, se garde bien de marquer la moindre préférence dans la valse des prétendants à la succession. C’est à cette condition qu’elle pourra être, demain, la garante de l’ordre républicain.

Au risque du pourrissement, si cette période d’incertitude dure encore plus que de raison.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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