Le nouveau patron de la Sonatrach est un homme des Américains

Le revirement pro américain du régime est devenu patent, le 20 mars,  par la nomination d'Abdeloumen Ould Kaddour à la tête de la Sonatrach, le poumon financier de l'Algérie

Partages

Personnage controversé, Abdeloumen Ould Kaddourest l’ancien PDG de BRC, une entreprise algéro-américaine, filiale de Sonatrach et de la célèbre Halliburton. De 1994 à 2007, date de sa dissolution, BRC a mené de grandioses projets avec l’armée algérienne et le ministère de l’énergie. Formé au MIT de Boston, Abdeloumen Ould Kaddour incarnait parfaitement cette élite algérienne tournée vers le monde anglo-saxons.

Mais la BRC dépose finalement son bilan et laisse la place à un énorme scandale. Des soupçons de corruption et de détournements pèse sur des marchés de 560 millions de dollars conclus avec le ministère de l’Energie piloté par un certain Chakib Khelil, le plus “américain” des dirigeants algériens, et 1,3 milliard de dollars de marchés réalisés avec l’armée algérienne.

Passage par la case prison

Le “très compétent”, apprécié et ami proche de Chakib Khelil se retrouve entre 2006 et 2007 mêlé à tous ces scandales. Pis encore, il a été présenté devant une cour militaire à Blida et accusé d’espionnage au profit de la CIA. Une enquête du DRS a enfoncé l’ex PDG de la BRC en affirmant qu’un matériel d’espionnage a été trouvé sur le bureau d’Ould Kadour. Un véritable film que même Hollywood n’aurait pas pu imaginer. Le procès se déroule dans le secret et très peu d’informations filtrent. Et c’est dans le même secret qu’Ould Kaddour est sorti de prison après plusieurs mois de détention.

Officiellement, aucune décision de justice n’a été prononcée pour réhabiliter Abdeloum Ould Kaddour. Officieusement, c’est une autre enquête du DRS qui l’a fait sortir de prison. BRC n’est en fait que le ring qui a connu l’infernal match opposant Abdelaziz Bouteflika au général Toufik du DRS. De 2006 à 2013, la Sonatrach et tout le secteur pétrolier a connu les batailles plus meurtrières entre ces deux composantes du régime algérien.

Chakib Khelil, le vice roi

Mais aujourd’hui le général Toufik n’est plus là. Le DRS a été domestiqué par le clan présidentiel. Longtemps diabolisé et combattu par les officiers du DRS, le lobby atlantiste s’installe tranquillement et pénètre le sommet de l’Etat algérien. Depuis son retour au pays le 17 mars 2016,  Chakib Khelil active et fait un lobbying énorme pour influencer la politique algérienne. L’ami de Bouteflika est écouté, consulté et joue un rôle stratégique dans la nouvelle feuille de route que l’Algérie adopte dans le sillage de la chute drastique des prix du pétrole.

Sur ses conseils, l’Algérie entame un bras de fer avec Total et négocie un accord global avec les autres pays producteurs du pétrole lors d’un sommet important organisé à Alger en novembre 2016. Mais son influence ne s’arrête pas là. L’homme qui a toujours milité pour que l’Algérie abandonne la zone euro pour se tourner vers la zone du dollar inspire les nouvelles restrictions aux importations qui vont chuter les commandes faites à partir de la France et de l’Europe. Plateaux de télévision, réseaux sociaux, conférences, l’ancien ministre marié à une américaine d’origine palestinienne et ancien cadre de plusieurs sociétés américaines se fait réhabiliter doucement mais sûrement.

Le dernier bon coup est l’opération Sonatrach. Son ami, après un exil aux Emirats, Ould Kadour est placé à la tête du poumon économique de l’Algérie. Les atlantistes peuvent ainsi mettre leur feuille de route en marche puisqu’en parallèle, l’Algérie confie de grands projets à des entreprises américaines et les visites d’affaires des officiels algériens aux Etats-Unis se multiplient depuis 2016.

Sellal à Washington

Les échanges économiques entre les Etats-Unis et l’Algérie ont effectivement pris une nouvelle dimension depuis la visite de Sellal fin mars 2016 à Washington où il a rencontré les dirigeants de plusieurs grands groupes américains comme le patron d’Anadarko, Al Walker, premier producteur privé de pétrole en Algérie qui développe les gisements pétroliers de Hassi Berkine, Ourhoud et El Merk, situé dans le bassin de Berkine à Illizi.

Le Premier ministre algérien  a eu ensuite des discussions avec Jeff Miller, PDG d’Halliburton,  un grand groupe américain, spécialisé dans l’industrie et les services énergétiques. En Algérie ce groupe est partenaire de l’Entreprise nationale des services aux puits (ENSP) depuis 1999 et exerce dans quatre sites différents, situés à Hassi Messaoud, Hassi Rmel, Ourhoud et In Amenas.Toujours dans le secteur énergétique, Sellal s’était entretenu avec John Rice, vice président de General Electrcic (GE). La compagnie qui est présente en Algérie depuis quatre décennies, coopère avec Sonelgaz et Sonatrach dans divers projets énergétiques. En 2013, ce leader mondial, listée à l’indice boursier Dow Jones Industrial depuis la première indexation en 1896, a remporté en Algérie un contrat de plus deux milliards de dollars pour fournir des équipements pour la génération électrique pour six nouvelles centrales à cycles combinés. GE développe également en Algérie un projet d’investissement de 200 millions de dollars pour la construction d’un complexe industriel de production de turbines.

Une pluie de contrats

Le premier ministre algérien avait  reçu, par ailleurs, le PDG de Varian Medical Systems, Dow Wilson, leader mondial des traitements et des logiciels de radio-oncologie (traitement du cancer). L’entreprise américaine a renforcé son implantation en Algérie en signant en 2014 un accord de partenariat stratégique dans le domaine de la radiothérapie avec le ministère de la Santé.

Cialfarm, la filiale de ce grand groupe américain a également signé le 24 mars dernier un contrat avec le groupe privé ETRHB pour la réalisation d’un centre algéro-américain de radiothérapie à Sidi Abdallah qui s’inscrit dans l’accompagnement du plan national de lutte contre le Cancer 2015-2019.

M. Sellal avait clôturé ses rencontres avec le PDG de Blumberg Grain, Philip Blumberg, un leader mondial dans le domaine de la sécurité alimentaire. Cette société a développé les premiers systèmes modulaires pour le stockage à froid et à sec des céréales. Blumberg Grain négocie actuellement avec le gouvernement la construction d’une unité de production de silos et d’un centre de commande dans la gestion des denrées alimentaires. Le patron de Blumberg s’est rendu en février dernier en Algérie pour poursuivre les discussions sur ce projet stratégique.

L’oncle Sam raserait gratis

Les marchés américains en Algérie ont été lancés et Chakib Khelil et son groupes d’amis et cadres favorables à l’atlantisme poursuivent leur travail dans les coulisses pour rapprocher davantage Alger de Washington. L’Algérie va jusqu’à confier de grands projets agricoles à des entreprises américaines. Sur les haut-plateaux, des partenaires américains s’investissent pour booster la  productions céréalière, laitière, de viande et de pomme de terre.  Le président du Conseil d’affaires Algéro-Américain, Smaïn Chikhoun, a promis aux dirigeants algériens que grâce à ses investissements américains, l’Algérie ne devra plus importer des aliments de l’étranger à partir d’ici six ou sept ans.
Le rêve américain fait rêver les hauts responsables algériens. Mais est-ce un rêve fantaisiste ? Les altantistes font tout pour assurer qu’ils font un choix qui sera payant. Déçue par le manque d’engagement de la France et le mépris que lui accorde l’Europe, l’Algérie dirige son regard au-delà de l’océan Atlantique en espérant trouver -enfin- le bon chemin vers le développement.
Partages