Alger, Karim Tabbou victime d’une justice devenue folle

Partages

Le 26 mars était la date prévue pour la libéraation de Karim Tabbou,, figure emblématique du Hirak, qui devra rester en prison dans des conditions inédites

La Justice du téléphone qui caractérisait la situation algérienne laisse place à une parodie de procès qui ne respecte même plus le cadre légal. L’iconoclaste justice algérienne a décidé de ramener Karim Tabbou, à peine libéré, face à un tribunal qui l’a condamné à nouveau. En apprenant la programmation d’un nouveau procès, ce leader politique charismatique exigea, mais sans succès, la présence de ses avocats exclus du déroulement de ce procès improvisé. Le pouvoir algérien ne respecte même plus les formes d’une justice aux ordres, comme ce fut le cas jusqu’à présent.

Dans ces conditions inédites, le ton monta vite alors entre le magistrat et le prévenu au point que ce dernier fit un malaise, avant d’être évacué vers un hôpital. Ce qui n’empêcha pas le juge de la cour d’Alger de le condamner à une nouvelle annnée de prison.

Le ministre de la Justice avait pourtant assuré, il y a quelques jours, un contrôle strict sur tout dépassement par les juges des procédures légales. Le ministre Zeghmati connait mieux que quiconque les méandres d’une justice aux ordres. Celle qui permettait au général Gaid Salah, homme fort du pouvoir algérien jusqu’à son décès en décembre, de déclarer::« Sur le cas de Tabbou, il faut aller jusqu’au bout ».

Apparemment la consigne de feu le patron des militaires algériens, toujours à l’ordre du jour, est interprétée de la façon la plus rigoureuse qui soit. Pas question que Tabbou sorte de prison !

Un pouvoir éclaté

Depuis la disparition brutale de Gaid Salah, qui a concentré tous les pouvoirs, des centres de décisions gravitant autour des services trouvent place. Des nominations présidentielles annulées, des chefs de régions exigent de CHENGRIHA de passer du statut d’intérimaire à celui d’officiel afin d’éviter tout flottement dans la prise de décision. Le chacun pour soi prévalait au sein des services. Chacun tente de gagner du terrain sur les autres par le cloisonnement opérationnel sans coordination réelle. Le remplacement des officiers du DRS par des figures issues de d’autres structures de l’armée, non rompus à la culture du renseignement, favorisa l’incohésion dans la prise de décision.

La condamnation hâtive de Tabbou répond à cette logique concurrentielle entre services. La composition de l’équipe sécuritaire n’a pas fait que des heureux. La volonté de l’armée de prendre en main la gestion sanitaire de la crise Corona est une façon de marquer le pas des politiques. La justice, malmenée un certains par un syndicat des juges mais mis au pas depuis, garde des foyers encore réfractaires. Dans cette configuration Zoghmati ressemble plus à un serpent qui se mord la queue.

La réalité de l’Algérie d’aujourd’hui, la voici: une des icônes parvenues à la fin d’une condamnation imposée par le pouvoir, n’a pas pu retrouver la vie civile avec tous ses droits.

Partages