Les clés de la succession de Bouteflika

Alors que la santé du président Bouteflika s'est encore détériorée, les couteaux sont tirés à Alger entre les clans qui se disputent la succession. Décryptage.

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Les couteaux sont tirés à Alger entre les principaux clans qui prétendent gérer la succession de l’actuel président algérien totalement diminué et malade.

A Alger, la santé du président Abdelaziz Bouteflika qui ne sort pratiquement plus du palais de Zéralda transformé en maison de cure médicalisée s’est à nouveau considérablement détériorée. Une rumeur a évoqué, le week end dernier, un aller retour à la clinique de Genève où le président algérien se soigne régulièrement. On ne savit pas encore en début de semaine s’il serait à même de recevoir Emmanuel Macron, fut ce pour quelques minutes

A l’avant garde de la transition qui se joue à Alger, se trouvent  le clan présidentiel, animé par le frère du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, et l’Etat major militaire, avec à sa tète le vice-ministre de la Défense depuis 2013, Ahmed Gaïd Salah. Une première certitude, ces deux clans, alliés voici trois ans pour écarter le puissant chef du DRS (services secrets algériens), le général Mohamed Mediène, dit “Toufik”, véritable maitre de l’Algérie depuis un quart de siècle, se livrent désormais une guerre sans merci. Second axiome, le pouvoir algérien n’a pas son pareil pour sortir au dernier moment du chameau le candidat soinon inconnu du moins non déclaré qui sera hissé au sommet. Ce fut le cas de l’ancien président Chadli lorsque le FLN, dominé alors par les militaires, le choisit en 1979; ce fut également  ce qui advint avec feu Mohamed Boudiaf, sorti de nulle part en 1992 pour être désigné, contre toute attente, par le Haut Comité d’Etat (HCE) pour diriger l’Algérie

L’équation politique algérienne est à quatre inconnues. Une candidature à la présidence en Algérie repose en effet sur les choix effectués par l’armée algérienne, les services de sécurité, les hommes d’affaires dont l’influence est devenue considérable et enfin les partenaires internationaux, notamment occidentaux. Seul manque à l’appel le peuple algérien qui, sauf mobilisation jugée fatalement intempestive par l’ensemble des élites au pouvoir, est le dernier à être consulté.

Une transition à la cubaine

Ce n’est désormais un secret pour personne. “Le Régent” de Zéralda, Saïd Bouteflika, est sur les rangs pour succéder à son frère. On le voit suivre des séances de media training et  constituer autour de lui une quasi équipe de campagne. ” Il est de plus en plus tenté de prétendre à la succession de son frère,  à la façon dont Raoul Castro a succédé à don frère Fidel à Cuba, dit-on dans son entourage, mais il n’est pas sur que ce soit une bonne idée”.

Disons que Saïd Bouteflika s’interroge sur le rapport de force qui existe au sein des élites algériennes. Le soutien de l’ancien ministre du pétrole, Chakib Khelil, lui est fort précieux. Celui qui fut longtemps le dauphin présumé d’Abdelaziz Bouteflika et son ami intime dispose de très bonnes introductions aux Etats-Unis où il s’est longtemps exilé pour fuir la justice italienne. Ce qui assure à son ami Saïd une certaine bienveillance des Américains, dont le nouvel ambassadeur à Alger se montre très actif. Encore que l’on prète aujourd’hui de grandes ambitions au “chouchou” de Bouteflika de plus en plus sur le devant de la scène. Son nom est même cité comme prochain Premeir ministre si l’actuel, Ahmed Ouyahia, était débarqué après le voyage d’Emmanuel Macron.

Saïd Bouteflika dispose surtout de nombreux soutiens auprès des milieux d’affaires qu’il a arrosé sans retenue ces dernières années dans une dérégulation des commissions jamais vue. A Alger, les nuits sont de plus en plus longues dans les luxueuses villas appartenant aux amis de Saïd. Le milliardaire Karim Kouninef, le fidèle d’entre les fidèles, vit dans un quartier discret et chic de Hydra, la banlieue résidentielle d’Alger. On découvre aussi Saïd Bouteflika, ces temps ci, dans une villa le quartier dit du chemin des Glycines, près de l’ambassade de Suisse.

Luttes de sérail

Athmane Tartag, chef du Département de renseigenement et de sécurité (DRS), le puissant service algérien, passe pour défendre les hommes de la présidence.

Nettement plus complexe à décrypter est la situation qui prévaut dans l’appareil sécuritaire. Ainsi pour remplacer l’inamovible général Toufik, la Présidence a nommé à la tète du DRS (services algériens), Athmane Tartag. Lequel passe pour soutenir la candidature de Said Bouteflika à la succession du chef de l’état. Mais jusqu’à quel point? A quelles conditions?

Autant de questions qui reflètent la complexité du sérail algérien à la veille de cette succession à hauts risques. Mais la clé de cette transition appartient à l’Armée, la seule colonne vertébrale du système.

La grande muette.

Le général Gaïd Salah, vice ministre de la Défense, jouera un role majeur dans la transition qui s’annonce pour la succcession du président Abdelaziz Bouteflika

Le vice-ministre de la Défense et actuel chef d’Etat Major, Ahmed Gaïd Salah, est perçu par beaucoup beaucoup comme un possible pape de transition, fourbit ses armes. Depuis sa nomination en 2013, ce général n’a cessé d’étendre son champ d’intervention notamment via l’activisme de la Direction centrale de la sécurité des armées (DCSA), un véritable DRS bis. On le découvre, ces temps ci, faisant la tournée des popotes à l’intérieur du pays. C’est que les six chefs des régions militaires, les vrais baronnies de l’armée algérienne, tiennent en grande partie les clés de la transition politique à venir. Et c’est peu de dire qu’il surveille de près les initiatives de l’ex DRTS où il ne compte pas que des amis.

Ce sont les hauts gradés de l’armée et eux seuls qui peuvent garantir que l’ordre public soit maintenu si la rue commence à s’agiter après l’éventuelle disparition du président Bouteflika. Et eux encore qui peuvent dans une transition difficile préserver le pays du terrorisme, en veillant notamment à la sécurité aux frontières avec la Tunisie et la Libye. Or ces généraux qui ne sont pas des perdreaux de l’année, sont profondément légitimistes et fidèles à leur chef, le général Gaïd Salah. Des liens qui sont le fruit d’un long compagnonnage.

L’approbation des chefs de région militaire constitue aujourd’hui le sésame incontournable de tout futur président en Algérie. Sauf décapitation de l’état major de l’armée, un scénario auquel on doit rêver parfois au Palais de Zéralda mais qui serait un suicide pour une nation algérienne fragile. Seuls les militaires peuvent neutraliser les menaces que font courir à l’Algérie, le long des centaines de kilomètres de frontières avec le Niger, le Mali et la Mauritanie, des groupes djihadistes plus présents que jamais.

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