Alger, Ahmed Ouyahia plus proche de la porte que de l’augmentation

Le président Bouteflika ne signe plus les décrets économiques de son Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Lequel ne préside plus les réunions officielles où il est attendu. Malaise dans les rangs

Alors que les rumeurs se multiplient sur le possible départ du Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, ce dernier a riposté, ce samedi 20 janvier, en affirmant publiquement, lors d’une conférence de presse, son soutien au président algérien, Abdelaziz Bouteflika. « Ma fidélité est totale à l’égard du chef de l’Etat, a-t-il proclamé en substance, je serais à ses cotés s’il se présentait pour un cinquième mandat en 2019 ». Voici à nouveau brandie la reconduction de Bouteflila, une figure rhétorique totalement fantasmatique de la vie politique algérienne. On feint de croire à une possible réélection d’un chef de l’Etat certes lucide, mais malade, affreusement diminué et sans prise de parole publique depuis cinq ans.

A se ranger derrière une candidature aussi improbable, Ahmed Ouyahia ne risque pas de se renier, tout en s’attirant, croit-il, les faveurs du pouvoir!

En quête de financements

Pour le reste, Ahmed Ouyahia a pris acte de la remise en cause par la Présidence du programme de privatisations qu’il avait concocté discrètement, en promettant à un certain nombre d’oligarques un ticket dans les tours de table à venir. Autant d’engagements remis en cause tout d’abord par les dirigeants de l’UGTA, le grand syndicat algérien, malgré le pacte conclu, voici quelques mois, avec le Premier ministre et avec le patronat pour redresser l’économie algérienne. L’ultra libéralisme d’Ouyahia a fait office de repoussoir, alors que le pays souffre déja de l’austérité- ce que Bouteflika, malgré son retrait de la vie politique, a lui aussi compris

Surtout Ahmed Ouyahia est au plus mal avec les intimes du chef de l’Etat. » Si Ouyahia attribue des parts des privatisations à des amis patrons, explique-t-on, c’est dans l’espoir de réunir des fonds, demain, pour sa campagne présidentielle ». Et ils sont deux au moins à ne pas vouloir d’un Ouyahia président: Chakib Khelil, l’ancien ministre du Pétrole et l’intime du chef de l’Etat qui le verrait bien comme son successeur; le frère du Président, Said Bouteflika, qui cache à peine ses propres ambitions présidentielles.

Said Bouteflika a quelques raisons supplémentaires d’en vouloir à Ahmed Ouyahia qui se répand volontiers, notamment lors de son séjour à Paris en décembre, sur le thème: « Said, je le tiens; car j’ai des dossiers de corruption sur lui ».

Des réseaux kabyles à l’oeuvre

Dans sa frénésie de pouvoir, le Premier ministre fait croire volontiers à ses interlocuteurs que l’institution militaire serait derrière lui s’il se présentait aux Présidentielles. Il n’en est rien. Ahmed Ouyahia dispose simplement de quelques relais chez des hauts gradés kabyles, notamment le patron de la 2eme région militaire (Oranie), le général Saïd Bey. Ce brillant officier tente, mais sans succès, de convaincre ses pairs qu’Ahmed Ouyahia ferait un Président loyal. Après tout, le général Bey connait à la musique. Il lui est arrivé dans le passé de servir de courroie de transmission entre l’armée et le RCD, un parti kabyle qui eut longtemps une bonne image chez les militaires algériens.

Avec beaucoup d’argent, une visibilité politique incertaine et quelques soutiens dans l’appareil sécuritaire, des clans mouvants prétendent en Algérie au pouvoir suprême.

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)