Alexandre Benalla, le super lascar de la République

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La rencontre inédite entre un Emmanuel Macron, parfait prototype des élites françaises, et un gamin issu des cités délaissées de la République, Alexandre Benalla, désireux de s’imposer au coeur du pouvoir, n’est pas une première dans l’histoire récente de la République.

Benalla 2 - Alexandre Benalla, le super lascar de la RépubliqueDans leur désir de fuir les cités maudites de la République et de rallier les élites traditionnelles, la génération issue de l’immigration maghrébine, à laquelle appartient  Alexandre Benalla, a toujours cherché à brûler les étapes. Le parcours de l’ex conseiller sécurité d’Emmanuel Macron, un Alexandre Djouhri en culottes courtes, en rappelle d’autres. On a vu la plupart des grands fauves de la politique française favoriser indument quelques heureux élus venus des quartiers délaissés pour finalement les instrumentaliser et se dédouaner ainsi de leur inaction face au monde jugé hostile de la banlieue.

L’ascenseur social est en panne ? Les lascars de la République qui ont compris les règles du jeu politique grimpent par l’escalier. L’école les a rejetés ? Nos Rastignacs  s’imposent par des dispositions que les élites blanches, masquées derrière leurs diplômes et leurs bons sentiments, ne possèdent pas. Nos lascars, formatés par la culture de la rue, n’auront pas de ces pudeurs. Leur cynisme face au pouvoir est assumé, leur goût pour la lumière exacerbé et leur penchant pour la castagne revendiqué.

Pour s’imposer, ces ambitieux qui ne viennent pas des écoles prestigieuses de la République usent de leurs propres cartes et de leurs propres codes comme Alexandre Benalla l’a fait dans son (ir) résistible ascension.

Un culot dévastateur

Cette intégration qu’ils conquièrent aux forceps, ils la doivent à une tchatche débordante et à un culot dévastateur. Ces écorchés vifs, tour à tour charmeurs et vindicatifs, jouent leur va-tout avec l’énergie des enfants de pauvres qu’ils restent. « Nous sommes susceptibles, irrationnels », a pu concéder Kader Arif, fidèle d’entre les fidèles de Lionel Jospin et ministre de François Hollande.

Dans leur désir de reconnaissance, toute occasion est bonne à saisir: une rencontre fortuite, un livre choc, une simple lettre, un message facebook, un aimable sourire, une opération d’abordage. Autant de bouteilles à la mer dans l’océan des ambitions. Par ses rafales de textos et ses emails aux lettres grossies, Rachida Dati est devenue une véritable pro de l’incruste. Après cinq courriers insistants, cette entêtée est parvenue à mettre un pied dans la porte du cabinet de Nicolas Sarkozy nommé ministre de l’Intérieur en 2002.

Alexandre Benalla, par sa capacité stupéfiante à s’imposer en quelques mois au coeur du pouvoir, est le digne héritier d’une Rachida Dati et de beaucoup d’autres « beurgeois » issus du monde des banlieues. Tous ceux là ont connu des ascensions stupéfiantes, encore que sans lendemain, pour avoir renvoyé à nos élites politiques l’image convenue et artificielle d’une intégration réussie. Dans le même temps, Emmanuel Macron jette aux oubliettes de l’histoire un ambitieux plan pour les banlieues et couvre de passe droits ( un logement de fonctions quai Branly dans une annexe élyséenne, un grade de sous préfet…) un franco-marocain sans aucune expérience ni mérite, comme pour se déédouaner de son indifférence pour les quartiers périphériques.

 L’instinct de survie

Les lascars ainsi promus sont des transfuges qui refusent d’être les otages des cités maudites de la République où ils sont nés. Il s’agit de prendre la société à son propre jeu, sans la combattre de front, pour échapper au stéréotype de l’immigré, sortir des clichés publics qui tendent à figer les héritiers de l’immigration dans le décor de la misère. «Illusionniste du quotidien, toujours caché derrière l’horizon sacré des apparences en attendant de bondir pour saisir sa proie », tel est, selon l’universitaire Ahmed Boubeker, tout l’art d’un lascar passé maitre dans l’art de la manipulation. Il s’agit pour cet écorché vif toujours sur le qui vive, explique toujours Boubeker, de « construire ses privilèges », « sortir du troupeau », «  affirmer sa différence » et devenir ainsi un digne beurgeois de la République. « Convaincu que chacun préfère ses fantasmes à la réalité, le lascar des quartiers se fait fort de manipuler n’importe qui. Il suffit de se situer dans le délire d’autrui et de laisser celui-ci se dérouler. Il n’est tenu à aucune loyauté et garde le privilège de la trahison.» 

On prend ces élites beurs pour des lanceurs d’alerte, ils sont juste mus par leur instinct de survie. Comme l’explique le chercheur Michel Wiewiorka , il leur faut assumer une sorte de schizophrénie entre « la logique pure de la République », à laquelle ils sont sommés d’adhérer, et leurs « identités particulières », qui leur collent à la peau. « Comment installer un niveau de visibilité et de présence de ceux qui sont victimes de discriminations, se demande le chercheur, et en même temps faire en sorte que ces mêmes personnes ne soient que des individus modernes, incarnant l’universel, et non un groupe particulier ou un autre ? La contradiction me paraît insurmontable. »

Aux Etats-Unis, ces transfuges des ghettos noirs existent depuis fort longtemps: « Les « darkies » bourgeois frais émoulus de l’université qui n’ont jamais crevé la faim, ni travaillé un seul jour et qui, ayant brusquement découvert leur négritude la semaine dernière, écrit l’écrivain James Balwin, viennent m’expliquer ce que signifie être noir. »

Des « élites » venues des quartiers

Ces noces entre la République et quelques icones des quartiers délaissés vont être célébrées par presque tous les présidents successifs de la cinquième république.. Jacques Chirac et Dominique de Villepin adoubent Azouz Begag, le premier de sa génération à devenir ministre, il est vrai délégué, en 2005.

Deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy porte aux nues Rachida Dati, qui accède en 2007, contre toute attente, aux fonctions régaliennes de ministre de la Justice. Claude Guéant, le préfet de droite, s’acoquine avec Alexandre Djhouri, un super lascar qui fit ses classes dans les guerres de gang du Sentier.

Avec la gauche revenue au pouvoir en 2012, c’est Manuel Valls qui est sous le charme de Najet Vallaud- Bekacem, devenue la troisième ministre dans le rang protocolaire de son gouvernement. Enfin François Hollande remet à l’Elysée la légion d’honneur à Ramzi Kiroun, le conseiller très spécial de DSK puis d’Arnaud Lagardère, devant un aéropage de deux cent VIP, alors que la France se relève à peine des attentats du 11 Novembre 2015.

Emmanuel Macron qui avait promis de reconstruire une nouvelle société politique en reproduit, avec l’affaire Benalla, les errements les plus dévastateurs.     

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)
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steve1134
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steve1134

Cet article vient de m’ouvrir les yeux. Moi qui pensais que le profil du Rastignac manipulateur, séducteur et sans scrupule n’existait que dans les milieux parisiens dans lesquels je baigne à longueur de journée…
Comme quoi, ce type de névrose est universel: il touche toutes les cultures, tous les milieux sociaux.

Slogman
Invité
Slogman

Beau plaidoyer contre …. les banlieues éternels îlots de pauvreté et d’illusions !

Kessous
Invité
Kessous

Complétement dédouané l’alexandre, il est victime tout autant que bourreau !!