Le retour des « Tirailleurs » avec Omar Sy

La sortie de Tirailleurs le film de Mathieu Valepied avec Omar Sy dans le rôle principal, tombe à point nommé car il met en lumière une page trop négligée de l’histoire de l’armée française, le rôle de ceux que l’on désignait sous l’appellation de « tirailleurs Sénégalais » ( voir encadré). Et il s’agit d’une histoire qui revêt aujourd’hui une troublante actualité.

Une chronique de Christian Labrande

Malheureusement le réalisateur en a trop fait dans le pathos psycho familial. Tirailleurs, c’est Œdipe au front. Deux récits s’entrecroisent, celui de Bakary (incarné par Omar Sy) engagé volontaire dans l’armée française pour suivre son fils enrôlé de force ; et celui de ce même fils tombant sous la coupe d’un jeune officier lui-même fils du général commandant des troupes proche de l’enfer de Verdun.

Résultat des courses, en plus de combattre l’ennemi allemand, les deux fistons devront résoudre les conflits avec leurs paternels respectifs. Pesant, trop pesant. Il suffit de revoir les Chemins de la gloire, le chef d’œuvre de Stanley Kubrick, pour vérifier qu’il n’est pas besoin de tant de tartines sentimentales pour nous convaincre de l’atrocité de cette guerre. 

Gros sabots dans les tranchées 

En l’occurrence, la guerre de 14-18 et le film de Valepied, malgré ses défauts, a tout le même le mérite de nous faire toucher le cauchemar au carré que vivaient ces tirailleurs arrachés de leurs villages pour être jetés dans l’enfer du front. 

Car, s’en souvient- on ? Ce fut quelques 200 000 Africains du Sénégal mais aussi de Guinée, du Mali… qui furent jetés dans la mêlée, souvent sans aucune formation militaire et aussi souvent sans aucune notion de la langue française. Coupés donc de leurs compagnons d’armes français et même des autres africains parlant peul, wolof ou autres langues du continent africain. 

C’est le principal mérite du film : nous rendre sensible à ce sentiment d’extranéité que pouvaient vivre ces soldats venus d’un ailleurs radical.  Un sentiment également illustré dans cette scène du film où un des héros refuse, pour raison religieuse, le coup de gnole donnant au soldat assez de cœur au ventre pour se ruer à l’assaut de l’ennemi.

Souvent envoyés en première ligne, les tirailleurs sénégalais ont payé un lourd tribut à la guerre de la métropole coloniale. On estime que plus de 30 000 soldats périrent lors de la Première Guerre mondiale. Cruelle ironie de cette longue histoire liant la France et l’Afrique, on apprenait, au moment de la sortie du film, que quatre des figurants africains du film de Valepied étaient sous la menace d’une expulsion du territoire français… Une histoire sans fin donc.

 

ENCADRÉ : Les tirailleurs sénégalais

Les tirailleurs sénégalais était un corps de militaire constitué en 1857 au sein de l’Empire colonial français. Bien que le recrutement des tirailleurs ne soit pas limité au Sénégal, cette appellation générique va bientôt désigner l’ensemble des soldats africains de couleur noire qui se battent sous le drapeau français.

En 1895, ils participent à la conquête de Madagascar puis dans l’entreprise de « pacification » du Maroc. Durant la guerre de 14-18 ce sont 200 000 de ces soldats qui se battent sous le drapeau français.

Les « Sénégalais » participèrent ensuite à la guerre du Riff (Maroc) alors que plus de 140 000 d’entre eux sont engagés par la France dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle 24 000 seront faits prisonniers ou tués. Les tirailleurs se sont également battus pour l’Empire colonial, en Indochine, en Algérie …

Les régiments de tirailleurs sont transformés en régiments d’infanterie de marine, avant d’être définitivement supprimés dans les années 1960.

En 2023, après des décennies de procédures opposant les tirailleurs à l’État français, celui-ci annonçait récemment la signature un accord sur le versement des pensions de retraire aux deux derniers tirailleurs vivants….