Afrique, le Covid-19 à l’origine de ravages économiques

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Si le continent africain semble bien parti face à la pandémie pour éviter un naufrage sanitaire, en revanche la facture économique est lourde.

Une chronique de Liman Nadawa, journaliste et consultant du « Centre4s »

Chaque pays membre du G5 a élaboré son Plan de riposte à la pandémie, en se basant sur des préconisations de l’OMS. Des mesures de confinement et des gestes barrières ont, également, été adoptées, diversement suivis par les populations. Les chiffres du tableau indiquent que, pour l’instant, la catastrophe prédite aussi bien par l’OMS ainsi que d’autres voix n’a pas encore eu lieu.

Recettes fiscales en panne

L’arrêt, momentané, de beaucoup d’activités a privé les États de recettes douanières et fiscales considérables. Alors que, dans le même temps, ils ont dû financer des mesures d’accompagnement. Ainsi, le Mali a débloqué 500 milliards de FCA, à cet effet. Pèle mêle, on peut citer : les dépenses sanitaires pour le dépistage et la prise en charge de personnes atteintes de la pandémie, la distribution de vivres aux familles vulnérables, l’encouragement des entreprises afin qu’elles ne licencient point de travailleurs, l’envoi d’avions, par vols spéciaux, afin de rapatrier des compatriotes bloqués hors des frontières, etc.

La facture totale de la pandémie n’est pas encore connue dans le G5 Sahel. Par ailleurs, l’ONG OXFAM (section France) estime qu’en Afrique de l’Ouest, 33 millions de nouvelles personnes pourraient être menacées de faim, à cause du coronavirus.

Problématiques humanitaires

C’est sous ce ciel, lourd de nuages, que les ministres des Affaires Etrangères du G5 ont conféré par visio-conférence, le 15 avril 2020, sous la présidence de leur homologue mauritanien. Ils ont salué l’assistance de la Chine, de l’Union africaine et de l’Union européenne, notamment.

L’occasion aussi de lancer « un appel pressant à tous les partenaires pour une solidarité encore plus accrue et une forte mobilisation en faveur des pays du G5 Sahel, pour leur apporter une aide d’urgence en équipements, matériels et médicaments dont ils manquent cruellement ». Comme en écho à cette demande, l’Union européenne a décidé d’organiser des vols humanitaires vers deux des pays membres du G5 : le Burkina Faso et le Niger. À bord, du personnel et des équipements nécessaires à la lutte contre la pandémie.

Attaques terroristes

Les pays du G5 continuent de faire face à des attaques terroristes dans la zone des trois frontières, Burkina Faso, Mali et Niger, ainsi que dans le Bassin du Lac Tchad (Niger, Nigeria et Tchad). Seule la Mauritanie y échappe encore. Le 23 mars, le Tchad a été meurtri par l’attaque, par la secte Boko Haram, de sa base de Boma, une ile du Lac Tchad, qui a coûté la vie à 98 militaires.

En riposte, le président tchadien, Idriss Débi Itno, a conduit une contre-offensive, dénommée « colère de Boma ». Une véritable bataille, qui aura permis pour le moment, de nettoyer les départements tchadiens de Fouli et de Kaya, situés à la frontière avec le Niger et le Nigéria, ainsi que des zones en territoires nigériens et nigérians, des éléments de Boko Haram.

En quête d’une vision partagée

Paradoxalement, cette épopée de l’armée tchadienne, a aussi révélé l’absence d’une vision partagée entre les différents pays engagés dans ce combat. Le président tchadien s’est plaint du fait que son pays supportait, seul, le poids de la guerre contre Boko Haram. À son avis, les Nigérians, lors de cette opération, devaient prendre le relais des Tchadiens sur le Lac Tchad, et les Nigériens, combattre sur leurs fronts Est et Ouest. Son amertume semble avoir été comprise par les autres protagonistes, puisque les ministres du G5 « se sont félicités de l’action des Forces armées tchadiennes sous le commandement direct de leur chef suprême, Son Excellence, M. Idriss Deby Itno, et engagent les pays voisins à coordonner leurs actions en vue d’éradiquer l’hydre de Boko-Haram ». L’exercice de construction d’une vision partagée est, désormais, un impératif.

Les attaques ne cessent d’alimenter les effectifs des déplacés internes et des réfugiés, aggravant la problématique humanitaire. Le Premier ministre burkinabè a, récemment, indiqué que son pays a dépensé, en 2019, près de 4 milliards de FCA, pour les besoins des déplacés internes.

Pour s’en sortir, les pays du Sahel espèrent, entre autres, une annulation de leur dette extérieure. En cela, ils ont reçu le soutien de la France, du Fonds Monétaire Internationale, de la Banque Mondiale et de l’ONU. Plus précisément, l’ONU, dont le Secrétaire général Antonio Gutteres a demandé ‘’un cessez le feu global’’ et aussi le report ou l’annulation de 236 milliards de dollars dus par ces pays.

Le parapluie contre la famine pourrait être le renforcement du Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), basé à Ouagadougou, au Burkina Faso. Créé, en 1973, lors de la première sécheresse dans la région sahélienne, le CILSS se bat pour la sécurité alimentaire.

Sur la question de la dette, on s’aperçoit aussi que les pays du G5 Sahel vont aux négociations en rangs dispersés. En effet, le Mali a signé un moratoire avec le Club de Paris (pays préteurs), après la décision du G 20 (le 20 pays les plus riches, 90 % de la richesse de la planète) de suspendre, cette année, le service de la dette. Il devient le premier pays africain, parmi les 41 éligibles, à le faire.

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