La presse algérienne prise en otage par les clans

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Le journaliste Abdou Semmar a été libéré jeudi dernier par la justice algérienne,  mais il fait l’objet d’un « complément d’enquête », dont on ne connait ni la portée, ni les modalités. 

Deux jours après sa remise en liberté sur décision du tribunal de Bir Mourad Rais, qui a demandé un « complément d’enquête », Abdou Semmar a été en partance vers la France, indique le site algérien ALG 24. Le patron d’Algérie Part s’est présenté très tôt dans la matinée de dimanche à l’aéroport d’Alger, où il devait prendre un vol d’Air France à destination de Paris. Le journaliste a appris alors qu’il ne pouvait pas quitter le territoire algérien.

« L’acharnement contre le rédacteur en chef d’Algérie Part se poursuit. Alors qu’il avait été remis en liberté jeudi soir par le juge du tribunal de Bir Mourad Raïs sans qu’il soit placé sous contrôle judiciaire, Abdou Semmar a été empêché de quitter le territoire national à l’aéroport international d’Alger sous le prétexte qu’il fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) », écrit AlgériePart.

De façon générale, les informations d’ALG24 sont en tout cas à prendre avec la plus grande prudence. Ces dernières semaines, ce site a été visiblement alimenté par des adversaires du journaliste au sein du pouvoir algérien. Et à l’inverse, Abdou Semmar n’a jamais craint de critiquer ce media ainsi que son patron, Anis Rahmani: « Les masques tombent, écrivait-il sur Algérie Part, Depuis plusieurs mois, le controversé et sulfureux patron d’Ennahar TV, Anis Rahmani, utilise un « blog francophone », ALG24,  pour propager des rumeurs et des propos ambulatoires sur de nombreux dossiers brûlants de l’actualité algérienne ».

Une vraie fausse libération

Une seule certitude à ce stade, Abdou Semmar a fait l’objet, la semaine dernière, d’une libération conditionnelle, mais non d’une relaxe en bonne et due forme contrairement à la présentation qui a été souvent donnée de la décision du tribunal algérien. Ce qui explique en partie la confusion qui entoure ce dossier

Officiellement, notre confrère algérien est mis en cause dans une banale affaire de diffamation sur plainte justement Anis Rahmani. A l’évidence, une telle affaire ne justifie ni le principe d’une détention préventive, ni la rigueur d’un contrôle judiciaire qui l’empêcherait de quitter l’Algérie. Alors pourquoi un tel acharnement? Pourquoi tant d’irrégularités dans une procédure  chaotique? Les juges et la gendarmerie naviguent à vue, au point de qualifier le site « Algérie Part », durant les interrogatoires, « d’organisation criminelle », a expliqué Abdou Semmar sur Radio M. Sur quelle base?

Pour ajouter à la confusion, certains médias malveillants insinuent, sans preuves, qu’il li est reproché à Abdou Semmar d’autres délits, du type « extorsion de fonds », autrement plus graves que celui de la diffamation. Il est grand temps que la justice algérienne communique clairement dans cette procédure et mette fin aux fake-news; d’où qu’ils viennent.

Luttes de clans

Défendu par de nombreuses ONG, dont Reporters sans Frontières,  et par certains de ses confrères, Abdou Semmar a été remis en liberté. Le régime algérien cherche à éviter l’image calamiteuse qui se répand aujourd’hui d’une presse a sur internet menacée, censurée, emprisonnée même. Reste que le journaliste, via un mystérieux « complément d’enquête », se retrouve désormais sous surveillance, avec lamenace d’un procès à venir

Plus que jamais, les journalistes algériens mis en cause sont victimes des sévères guerres de clan qui se multiplient en Algérie à l’approche de l’élection résidentielle de 2019. Hélas, la liberté de la presse n’est une priorité pour aucune de ces factions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)
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k benzekri
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k benzekri

Libérés sous condition, les journalistes algériens sont plus chanceux que ceux du Maroc avec des peines allant jusqu’à 12 ans de prison ferme