Le Niger se noie, le président Issoufou se pose en sauveur de l’Afrique

Des riverains emportent ce qu'ils peuvent à Niamey, dans leur quartier inondé.
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Alors que le 57e sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO se tient aujourd’hui à Niamey, avec son cortège de fermeture des voies, de sirènes et de sanctuarisation du Palais des Congrès et des hôtels de luxe avoisinants, la deuxième digue de la rive droite de la capitale a cédé hier à Lamordé, noyant littéralement sous l’eau l’Université Abdou Moumouni, le pont Kennedy  et les quartiers alentour.

Parabole ironique de la vanité du pouvoir, car le Président de la République Mahamadou Issoufou, président en exercice de la CEDEAO, déploie une énergie diplomatique à régler les conflits voisins que les Nigériens auraient bien aimé lui voir dépenser autour des  problèmes du pays le plus pauvre du monde.

En effet, les accusations de manque d’anticipation pleuvent, car le fleuve Niger n’en est pas à son premier débordement. Cette année, l’eau a submergé les digues pourtant récentes construites avec l’appui de la Banque Mondiale. L’ensablement du fleuve en est la principale cause. Il est aggravé par la construction immobilière anarchique, notamment dans les quartiers bordant le Niger, dans un contexte de corruption généralisée. Les pluies abondantes de cet hivernage ont fait le reste.

La rupture de la digue, sous la pression de l’eau, a été filmée et transmise en directe aussitôt sur les réseaux sociaux pour inciter les habitants à évacuer. Les services de l’Etat, rejoints par les chefs de quartier et de nombreuses initiatives individuelles sont à pied d’œuvre pour venir au secours des habitants et leur apporter de l’aide d’urgence.

Toute l’après-midi, on a vu des hommes et des femmes patauger dans les rues inondées, avec de  l’eau à la taille, tandis que d’autres emportent ce qu’ils peuvent et s’entassent dans des pirogues.

Au même moment, sur l’autre rive du fleuve, le Président Mahamadou Issoufou accueillait  avec le protocole de circonstance son homologue ivoirien Alassane Ouattara, le Sénégalais Macky Sall et le bissau-guinéen Umaro Sissoco Emballo, tandis que le Gambien Adama Barrow avait été accueilli, pour sa part, par le Premier ministre par interim, Albadé Abouba.

Sur les réseaux sociaux, les commentaires des internautes sont sévères. Ils dénoncent les dépenses somptuaires en hôtels de luxe et échangeurs, des détournements de deniers publics massifs qui ont produit des milliardaires narguant le peuple. Des élections présidentielles doivent se tenir le 27 décembre au Niger, après deux mandats de Mahamadou Issoufou qui, contrairement à plusieurs de ses homologues d’Afrique de l’Ouest, ne se représentera pas.

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