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Accueil À la Une Série Epstein-Afrique (3). Libye : les milliards et la guerre

Série Epstein-Afrique (3). Libye : les milliards et la guerre

L’affaire Epstein ressemble à un tonneau des Danaïdes : chaque jour apporte son lot de révélations. Dans le cadre de sa série Afrique, Mondafrique observe aujourd’hui les échanges sur la Libye, qui prennent une résonance particulière replacés dans le contexte de l’époque. Leur publication coïncide avec l’assassinat de Saïf al-Islam, ce qui souligne une fois de plus la dimension tragique du destin de ce pays.

Chasse au trésor

En février 2014, au moment du déclenchement des troubles en Ukraine, Jeffrey Epstein écrit à son ami Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien : « Avec l’explosion des troubles civils en Ukraine, en Syrie, en Somalie et en Libye, et le désespoir de ceux qui sont au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour vous ? » Ce message est l’illustration parfaite d’un cynisme décomplexé, qui voit d’abord des opportunités en or dans les crises géopolitiques, le chaos et la misère du monde.

Selon les documents publiés par le Département de la Justice américain (DOJ) en février 2026, l’intérêt d’Epstein pour la Libye est antérieur à la guerre de 2011. Des e-mails de 2010 montrent des discussions autour de prêts libyens provenant de la Libye et chiffrés en milliards de dollars à destination de Dubaï, impliquant le banquier anglais basé aux Émirats arabes unis Terence Allen et le prince Andrew.

Autour des fonds libyens, un casting international

L’histoire ne dit pas si ces projets ont abouti, mais l’appétit d’Epstein pour ce pays, lui, n’a pas faibli. En mars 2011, alors que Kadhafi est encore au pouvoir, la création du Conseil national de transition et du groupe des « Amis de la Libye », soutenus notamment par la France de Nicolas Sarkozy, s’accompagne d’une résolution du Conseil de sécurité gelant les avoirs libyens à l’étranger. Ces montants sont alors estimés à plus de 80 milliards de dollars.

Trois mois plus tard, en juillet 2011, l’associé du prédateur sexuel et financier, Greg Brown, lui adresse un e-mail décrivant des opportunités financières et juridiques liées au « chaos politique et économique » libyen. Il y est question d’identifier et de récupérer des actifs gelés qualifiés de « volés », avec des commissions à la clé. Brown évoque des discussions avec des cabinets d’avocats internationaux rémunérés au résultat ainsi que l’appui possible d’anciens membres du MI6 britannique et du Mossad israélien pour tracer ces fonds.

Le courriel estime à 80 milliards de dollars les avoirs gelés dans le monde, dont 32,4 milliards aux États-Unis, et avance que les montants réels pourraient être trois à quatre fois supérieurs en fonds souverains détournés. Il évoque des perspectives de gains de plusieurs milliards via des commissions de 10 à 25 % sur 5 à 10 % des sommes récupérées. Il souligne aussi l’enjeu de devenir partenaire privilégié de la Libye pour la reconstruction, estimée à au moins 100 milliards de dollars, en rappelant les réserves énergétiques du pays et son taux d’alphabétisation élevé.

On ignore l’issue de ces projets

Une nouvelle fois, l’histoire ne dit pas sur quel trésor cet aréopage a fini par mettre la main. D’autant, qu’ils n’étaient pas les seuls à chasser les fonds libyens. Tout ce que la planète compte comme escrocs, barbouzes, cabinets d’avocats s’y sont essayés.

Pour preuve, d’autres documents publiés eux en 2019, relient Sidney Blumenthal, conseiller d’Hillary Clinton, dans des démarches de récupérations « d’actifs pillés » à la Libye auxquelles Epstein aurait également participé. Des correspondances du financier prédateur mentionnent un projet de déplacement en Libye via Malte pour discuter de ces sujets, sans précisions de date.

Quinze ans après la guerre de l’OTAN et la chute de Kadhafi, le pays est toujours en proie au chaos, un désordre qui arrange bien des intérêts. Tant que le pays reste fragmenté et divisé, l’État n’est pas en mesure d’exiger la restitution de ses avoirs. Les milliards continuent de dormir ailleurs, d’y produire des intérêts et de susciter des convoitises.