Niger, l’honneur du président Bazoum

Niger's Interior Minister and candidate of the ruling party for the next presidential election in 2021, Mohamed Bazoum, speaks to the press during the African Union summit in Niamey on July 8, 2019. - African nations officially launched a landmark trade agreement on July 7, 2019, at the African Union summit in Niger with the long sought-after agreement hailed as a historic step towards "peace and prosperity" across the continent. (Photo by ISSOUF SANOGO / AFP)

 Reclus dans sa résidence à Niamey depuis le 26 juillet, le président Bazoum refuse de démissionner malgré la dégradation de ses conditions vie et la pression des militaires qui ont renversé son régime. Derrière cette obstination à ne pas rendre le tablier, se cachent des raisons autres que celle de rester au pouvoir. 

Les premiers surpris furent les militaires de la Garde présidentielle (GP) qui sont venus le mercredi 26 juillet lui présenter une lettre de démission à signer. Non seulement Mohamed Bazoum a refusé d’y apposer sa signature, mais il a surtout averti qu’il irait jusqu’au bout de sa posture. 

Une question d’honneur 

Bazoum a compris très vite qu’il y avait un agenda caché derrière le scénario de sa démission. Il a surtout compris d’où venait le coup. Sa lecture de la situation et le sentiment de trahison ont forgé la conviction de celui fut syndicaliste dans les mouvements estudiantin et enseignant nigériens. Ni la persuasion, ni les menaces ne lui feront ensuite changer d’avis. Le bras de fer entre le président renversé et sa garde va dès lors s’installer et se durcir. Le scénario d’une démission express s’étant définitivement éloignée. Entouré de son épouse Khadidja et de son fils Salim, le président garde les premiers jours toutes les commodités de sa résidence, sauf la liberté d’aller et venir. Quelques jours après le coup d’Etat, ses geôliers tentent un coup de pression. Toujours dans l’espoir de le faire fléchir. Il est ainsi privé de la visite quotidienne de son médecin personnel puis des plateaux-repas apportés de l’extérieur.

Dans les jours qui suivent, ses conditions de détention vont se dégrader. Malgré l’autonomie en énergie dont dispose la présidence de la république nigérienne, l’aile du palais où se trouve sa résidence va subir des coupures d’eau et d’électricité. Sous les piqûres des moustiques, le palais étant situé dans la zone du fleuve Niger, Bazoum, son épouse Khadija et son fils Salim vont souffrir tour à tour du paludisme. Même l’épreuve de la maladie et ses doutes sur la santé de son fils souffrant d’une pathologie cardiaque ne feront pas fléchir le président renversé. « C’est un nomade et chez eux on préfère la mort à l’indignité. Je ne suis pas surpris par son intransigeance », décrypte une anthropologue qui a longtemps travaillé au Niger. 

Un homme resté fidèle à ses amitiés 

Ce n’est finalement pas tant les avantages et les privilèges de la fonction présidentielle qui nourrissent son obstination que la trahison de ceux qui furent les siens, parmi lesquels la garde affectée à sa sécurité. Après son investiture en avril 2012, le nouveau président avait surpris nombre de Nigériens par l’allègement du protocole d’Etat qu’il a imposé. En effet, contrairement à son prédécesseur, ses départs à l’étranger et ses retours à Niamey, n’imposaient plus au gouvernement ainsi qu’aux plus hautes autorités civiles et militaire d’être présentes au grand complet à l’aéroport international Diori Hamani. Les rues et les commerces sur l’axe menant à l’aéroport n’étaient plus non plus fermés plusieurs heures avant le passage du convoi présidentiel.  

Signe que le pouvoir ne l’a pas changé : le président renversé a également gardé ses liens avec ses anciens camarades de l’Université de Dakar et du Lycée Amadou Kouran-Daga de Zinder, la deuxième ville du Niger. Ils le recevaient périodiquement autour d’un thé ou des plats nigériens qu’il affectionnait, particulièrement « le touwo » à la sauce gombo.  

Contre l’avis des services de renseignement, il a gardé le numéro téléphone à travers lequel il aimait répondre à tous les messages. Comme en 2021 et 2022, il avait prévu en août 2023 après la fête de l’indépendance nationale de se retirer à Tesker, dans le centre-est du pays, pour passer ses vacances annuelles, au milieu de ses vaches et de ses chameaux. Quelques amis triés sur le volet étaient autorisés à se joindre à Bazoum sur place dans ce lieu-dit Forage. 

« On oubliait un moment les affaires publiques stressantes pour nous occuper de la marche, rappeler des souvenirs de jeunesse, se taquiner et rigoler. C’était très fraternel et convivial. Ni, ministre, ni collaborateur, il fallait être invité et montrer patte blanche pour arriver à Forage », se souvient un ami de Bazoum qui a passé les vacances 2022 avec lui. 

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Conversation

 
 
 
 
 
 
 
 
Josep Borrell Fontelles
 
@JosepBorrellF
Je me suis à nouveau entretenu aujourd’hui avec le Président Je lui ai réaffirmé le soutien total de l’UE et notre volonté de voir progresser les efforts de pour un retour à l’ordre constitutionnel. #Niger
 
 
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Entre lectures et promenades 

C’est dans un tout autre décor que le président renversé a passé le mois d’août 2023. Retenu dans son palais avec son épouse et son fils, il meuble ses longues journées avec des lectures et des échanges téléphoniques et de SMS avec ses correspondants nationaux et étrangers. Philosophe de formation et enseignant de cette discipline de profession, Bazoum consacre une bonne partie de son temps à ses lectures favorites : quelques classiques de philosophie, des ouvrages de géostratégie et d’histoire contemporaine. Une autre partie du temps est consacrée à l’écoute des radios internationales en français et langues nationales ainsi qu’aux journaux télévisés. Entre des échanges de SMS et de coup de fil à ses pairs africains et à Macron, le président renversé trouve le temps d’une petite promenade dans la cour de sa résidence, toujours sous haute surveillance de la garde présidentielle. La situation pourrait encore durer plusieurs semaines. Faute d’avoir obtenu très rapidement sa démission, les militaires, auteur du coup d’Etat du 26 juillet, ne savent plus vraiment ce qu’il faut bien faire de Bazoum.  

Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avait, dans un premier temps, annoncé des poursuites judiciaires contre lui pour haute trahison, affirmant avoir « rassemblé suffisamment des preuves » à cet effet. 

Les fragilités juridiques de ces poursuites et les mises en garde la communauté internationale ont dissuadé la junte d’aller au-delà de sa déclaration.  

Bazoum est finalement devenu « un prisonnier encombrant » pour la junte déjà engluée dans des négociations difficiles avec la CEDEAO qui menace toujours d’intervenir militairement pour rétablir l’ordre constitutionnel au Niger.  

Francis Sahel  

 

 

  

 

  

1 COMMENTAIRE

  1. Bazoum devrait avoir un sursaut humanitaire et démissionner. C’est à ce prix qu’il pourrait laver l’affront contre le peuple Nigérien. Peut-on se dire élu tout en étant d’une minorité dans un pays africain ? Vraiment, peut-on vendre cela comme du pain bénis ? Les démocraties de façade du type bananières tombent une à une. La dernière farce est celle des élections régionales en Côte d’Ivoire, où le parti au pouvoir défie les sciences statistiques et arriver premier même dans les zones où il ne prendrait que des 0,0001%. Tous savent combien ces faux présidents ont toujours été imposés par l’extérieur. Donc Bazoum, aillez la sagesse de sauver votre peau et démissionner et ainsi laisser le pays faire son deuil et passer outre le néocolonialisme. L’histoire vous jugera sévèrement si vous croyez jouer contre l’éveil des peuples.

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