La Gen Z s’inquiète de la présence de plusieurs personnages controversés dans le cercle du pouvoir à Madagascar. La transition actuelle est dit-on instrumentalisée, et risque de devenir un vaste système de blanchiment politique. Le député Siteny Randrianasoloniaiko, devenu l’actuel président de l’assemblée nationale malgache et qui est soutenu par la Russie, semble au coeur de cette résistance contre tout changement politique réel à Madagascar!
Daniel Saint-Roche
Ainsi, la nomination de Onitiana Realy en tant que Directrice de cabinet du Président de la Transition Colonel Randrianirina, a surpris. Ancienne ministre de la Population, de la Protection sociale et de la Promotion de la femme (MPPSPF) sous le gouvernement du premier ministre Ravelonarivo de 2015 à 2018, cette ancienne journaliste originaire du Grand Sud a dû fuir le pays en 2019 après qu’un audit auprès de son ministère eut révélé un détournement de 4.524.972.000 ariary. Elle fut dans la foulée inculpée pour « favoritisme, faux et usage de faux en écriture publique, abus de fonction et détournement de deniers public ».
Son époux, Briand Andrianirina, fondateur de la station de télévision Real TV, fut Président du conseil d’administration de l’ARTEC (Autorité de régulation des technologies de communication). Il a été cité à la même époque dans une affaire de détournement au sein du ministère des Postes, des Télécommunications et du Développement numérique. Briand Andrianirina est apparenté au Colonel Michael Randrianirina, et siège au comité d’organisation du Concours Intervision de la chanson à Moscou. L’équivalent du Concours Eurovision de la chanson pour le bloc de l’Est, cet évènement a été relancé par Poutine pour renforcer le soft power de la Russie à l’international, et dans le but de briser son isolement à la suite de la guerre en Ukraine. On le suspecte de figurer parmi les têtes de ponts qui s’activent pour étendre l’influence de la Russie à Madagascar.
Paul Sylvestra Koufali Daya en embuscade
La Gen Z dénonce par ailleurs l’influence croissante de certains affairistes auprès de la Présidence de la transition. Parmi ceux-ci figure en chef de file Paul Sylvestra Koufali Daya, un jeune indo-malgache dénoncé en février 2022 par un complice pour « trafic d’or et trafic de devises ». La lettre de dénonciation adressée au BIANCO (bureau indépendant anti-corruption) mentionne que Koufali Daya a envoyé à Dubai le sieur Yvon Karimonjy pour transporter illégalement, à plusieurs reprises, des devises et des lingots d’or.
Originaire du Sud-Ouest de l’ile, Koufali Daya a bénéficié de soutiens politiques de la part de certains parlementaires, et a pu s’exiler en 2024 à l’Ile Maurice. Il figure parmi les trois citoyens malgaches ayant déposé une plainte à l’encontre de Mamy Ravatomanga auprès des autorités mauriciennes, d’où son actuelle réhabilitation. Aujourd’hui, des voix se font entendre pour blanchir l’image écornée du célèbre « trafiquant d’or présumé ».
Présenté comme une victime de poursuites arbitraires par l’ancien régime, Koufali Daya compte désormais de nombreux thuriféraires. Car il incarne le modèle de réussite sociale basée sur le « malagasy dream » à la façon Andry Rajoelina : tout le monde peut s’enrichir à la vitesse tgv pour peu qu’on soit « débrouillard ». Et la débrouillardise inclut les pratiques corruptives et autres procédés illicites (pots de vin, trafic d’influence, favoritisme). Parti de presque rien, Koufali Daya est ainsi devenu milliardaire en prospérant dans le secteur du marché parallèle de devises. Une activité à impact social limité, sans redistribution de richesses ni de création d’emplois, encore moins une participation aux recettes publiques. Les militants de la Gen Z s’interrogent alors à bon escient si l’on doit passer l’éponge pour effacer l’ardoise sur les trafics à son actif, sous prétexte que Koufali Daya est devenu un « héros national » en déposant la fameuse plainte a l’ile Maurice. « Une seule et unique bonne action aura donc suffi pour effacer toutes ses fautes passées » estiment-ils.
Dans le même registre, la sortie publique de Raissa Razaivola lors de l’inauguration d’une route pavée en compagnie du ministre de la communication Gascar Fenosoa, a défrayé les chroniques. Native elle aussi du sud-ouest, Dame Razaivola est connue` comme étant un « rabatteur », ces individus qui font office d’agents d’affaires informels dans les couloirs des tribunaux malgaches. Premiers instigateurs de la corruption, les rabatteurs proposent leur service aux justiciables dans la négociation de dossiers auprès de magistrats véreux. Condamnée à 7 ans de travaux forcés à la suite d’affaires ténébreuses en 2023, Raissa Razaivola a pu bénéficier d’une mesure d’élargissement au même titre que les prisonniers politiques après la chute du précèdent gouvernement, alors qu’il lui reste encore 5 ans à « tirer ». Ses soutiens expliquent ce geste par les œuvres sociales qu’elle a accompli a la prison où elle a été incarcérée. Ainsi, la cour de la prison a été entièrement rénovée par ses soins. Elle a aménagé sa propre cellule, et distribué de la nourriture à tous les détenus. Elle organisa aussi des fêtes pour divertir les prisonniers, parfois en faisant appel à des artistes renommés. Elle a aussi fourni du carburant et des pièces détachées aux véhicules de l’administration pénitentiaire.
L’incompréhension est donc totale devant l’incorporation au coeur du pouvoir de ces personnages au passé pour le moins équivoque.
Apres la déchéance du « parrain » Mamy Ravatomanga, assiste-t-on a une montée en puissance de nouveaux adeptes de la méthode Pablo Escobar à Madagascar ? Pour mémoire, le célèbre parrain colombien se distinguait aussi de par ses œuvres caritatives, en construisant des maisons pour les plus démunis, des écoles, des hôpitaux, des stades de football ainsi que des routes. Ses émules malgaches semblent suivre allègrement le pas !
Madagascar, « Mamy » Ravatomanga, milliardaire, vice Roi et cible des manifestants
Le système Rajoelina à l’oeuvre
Le système Andry Rajoelina a laissé une marque profonde dans le macrocosme politique malgache. À un point tel que le pouvoir de transition semble incapable de se défaire des pratiques de combine, d’intrigue, et de spéculation qui sont devenues la règle dans la manière de gouverner ces quinze dernières années. Pourrait-il en être autrement quand on constate que la plupart des acteurs politico-économiques actuels sont issus de ce système Rajoelina que la population malgache a rejeté?
Les déceptions se font jour, et le capital de confiance à l’endroit des dirigeants de la transition commence à s’effriter. Fanirisoa Erinaivo, ministre de la justice, et ancienne figure de la diaspora malgache en France fait ainsi l’objet de sévères interpellations pour avoir déclaré dans une interview à France 24 que « Koufali Daya n’est pas un trafiquant d’or ». Alors qu’à maintes reprises durant son exil en terre française, elle a toujours soutenu le contraire. Quelle est la vérité cachée derrière ce revirement spectaculaire ?
La reponse pourrait venir de la révélation effectuée par le député Fidèle Razara Pierre dans l’émission radiophonique Miara-Manonja, relayée largement sur les réseaux sociaux. Le député Fidèle a en effet affirmé que les 73 kilos d’or saisis à Johannesburg le 31 décembre 2020 et les lingots de 49 kilos interceptés aux Comores en décembre 2021 seraient la propriété du député Siteny Randrianasoloniaiko, devenu l’actuel président de l’assemblée nationale malgache ! A ce jour, aucun démenti n’a été publié par le principal intéressé.
Les spéculations ne peuvent alors que gonfler, et ce d’autant plus que les personnages pointés du doigt par la Gen Z appartiennent tous au cercle restreint de Siteny. On parle désormais de « Sitenygate ». A ce sujet, un internaute émet les commentaires suivants dans une publication de l’assemblée nationale : « Le Colonel Michael est aujourd’hui à la croisée des chemins : soit il agit, soit il portera à jamais la responsabilité d’avoir offert l’État malagasy aux marchands d’or, dans un théâtre politique tragique mais bien réel ». Affaire à suivre…
Le colonel Michael Randrianirina au pied du mur à Madagascar
























