Le Maroc s’apprête à vivre en septembre prochain des élections législatives inédites, marquées par une incertitude totale et une tension palpable alors que les conditions de l’accession au pouvoir du Prince héritier sont posées en raison des sérieux problèmes de santé de Mohamed VI. Depuis l’adoption de la Constitution de 2011 qui au coeur du printemps arabe engageait le royaume sur la voie d’une Monarchie contitutionelle, un scrutin au Maroc n’a sjamais uscité autant de spéculations sur le rapport de force politique à venir et sur le nom du futur chef de gouvernement alors qu’on compte déja trois prétendants.
Alors que les trois partis de la coalition sortante -RNI, PAM et Istiqlal- se préparent à une lutte sans merci en vue des législatives de septembre, les islamistes du PJD observent et attendent leur heure, prêts à saisir la moindre faille du système politique traditionnel. La tâche du futur gouvernement sera immense puisqu’il lui faudra naviguer dans un contexte particulièrement incertain.
Jamais le Maroc n’a jamais vécu une telle attente depuis l’adoption de la constitution de 2011, fruit de la contestation « du mouvement du 20 février » qui à l’époque était l’écho à Casablanca et à Tanger des mobilisations du Printemps arabe
Un avenir compliqué
La relation forte que Mohamed VI entretient avec son peuple, sa volonté de relations équilibrée avec ses partenaires occidentaux (dont la France) et ses succès diplomatiques au Sahara et en Afrique ont permis au Palais marocain d’amortir les secousses sociales et d’imposer son autorité sans excès répressif à l’exception de la révolte du Rif sévèrement contenue. Les deux gouvernements islamistes nommés en 2012 et 2117 (Benkirane, El Othlani) auront joué le jeu institutionnel avec la confiance du Palais royal. Dans la foulée, la nomination d’un proche du Roi, le riche homme d’affaires Aziz Akhannouch, aura permis une transition sans confrontation après la secousse des années post printemps arabe.
En revanche, le gouvernement qui sortira des urnes après les élections législatives du 23 septembre 2023 affrontera des échéances délicates. Et cela pour trois raisons au moins. Premier élément, une délicate succession au trône se prépare tant la santé du roi Mohammed VI semble chancelante. Autant la Monarchie semble rester le socle ancestral du Maroc, autant le partage des rôles entre le Palais, un entourage royal très divisé et un système politique en perte de vitesse demeure relativement fragile.
Deuxième obstacle, les forces politiques au pouvoir auront la lourde tâche de préparer le royaume du Maroc à l’organisation de la Coupe du monde 2030, véritable défi pour un pays dont les marges de manoeuvre financières restent limitées. Les obstacles sont nombreux: circulation dans les grandes villes; capacité hôtelière; gestion des foules ; pression sur l’eau et l’énergie pendant l’été; et surtout délais des énormes chantiers.
Ces inquiétudes reviennent dans les discussions publiques et sur les réseaux après la gestion calamiteuse en janvier dernier de la Coupe de football d’Afrique.
Troisième difficulté, la diplomatie offensive du Maroc reposait, ces dernières années, sur le choix d’une alliance stratégique avec Israel et avec les Émiratis. Or depuis les événements tragiques du 7 octobre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, soutenu par MBZ, le chef des EAU, est de plus en plus contesté y compris dans le monde arabe. La politique de la terre brulée que le leader israélien, aveuglé par une vison religieuse de l’avenir de son peuple, multiplie les massacres en Iran, à Gaza et au Liban en rendant improbable toute reconstruction d’un Moyen Orient apaisé. L’opinion marocaine très solidaire de la cause palestinienne est consciente de ces impasses.
Une bataille serrée
Quel verdict livreront les urnes en septembre prochain? Les résultats risquent d’être très serrés entre les trois partis qui forment la coalition sortante, à savoir le RNI, un mouvement conservateur proche du Palais, le PAM, la force politique qui a tenté à l’initiative de l’entourage royal de contrer la poussée islamiste en 2012, et l’Istiqlal, le parti de l’Indépendance qui gouverna le Maroc sous Hassan II et peine à retrouver ses marques. Les états-majors de ces trois formations se préparent déjà à une campagne électorale sanglante où les ex-anciens alliés se transformeront en des futurs-ennemis farouches. Les bilans des uns et des autres à la tête de leurs départements ministériels seront scrutés à la loupe par des influenceurs plus ou moins instrumentalisés.
Le RNI, parti du chef du gouvernement sortant, est dans la ligne de mire de tous : une jeunesse mobilisée, les réseaux sociaux, les partis de l’opposition. Le Premier ministre, Aziz Akhannouch, a été contraint en début d’année de quitter la présidence de son mouvement sur la pression du Palais et mis ainsi dans l’impossibilité de défendre son bilan gouvernemental contesté. L’image du parti, aujourd’hui dirigé par le juvénile Mohamed Chouki, est ternie par la communication arrogante de ses ministres, les soupçons de copinage dans les nominations et la situation sociale explosive due à la cherté de la vie.
Mlliardaire, Aziz Akhannouch a vu fortune renforcée pendant son mandat à la tête du gouvernement, ce qui n’arrange rien.
Des soupçons de corruption
La situation n’est pas plus enviable au PAM. La direction tricéphale du parti jette du discrédit sur la formation. Ses deux ministres phares qui sont en même temps ses plus importants dirigeants sont suspectés par l’opinion publique de « tromper dans des affaires louches ». Autant Fatim-Zahra Mansouri que Mehdi Bensaid, respectivement ministre de l’Habitat et de la Communication défraient souvent la chronique par des soupçons de mauvaise gestion et d’affairisme.
Quant à l’Istiqlal, le positionnement « prudent et sans esclandres » de ses ministres et notamment le comportement « dans la retenue » de son secrétaire général Nizar Baraka en ont fait pendant un certain moment un sérieux prétendant à la victoire. Le parti nationaliste avait réussi à se positionner comme celui a pu tirer son épingle du jeu dans ce gouvernement. Un avantage par rapport au RNI et au PAM qui a volé en éclats à cause des fuites de Jabaroot, un compte anonyme sur Telegram, qui se spécialise dans les fuites compromettantes sur les dirigeants marocains. Nizar Baraka en a fait dernièrement les frais à cause d’une affaire d’achat de terrain de villa en cache à Rabat. Une fuite qui a profondément égratigné l’image intègre du ministre de l’Equipement.
Les islamistes en embuscade
Les islamistes du Parti de la Justice et du Développement (PJD) restent un acteur déciif de la situation politique. Le parti ne peut sans doute pas prétendre à la première place après le bilan social mitigé de ses dix années au pouvoir. Mais il bénéficie d’un atout politique majeur : Abdelilah Benkirane, figure emblématique et tribun respecté, est capable de rallier un électorat fidèle et de polariser le débat public après avoir connu quelques années de disgrace.
Le PJD pourrait ainsi jouer un rôle de faiseur de roi dans un scénario où les résultats seraient trop serrés pour qu’un parti dominant arrive clairement en tète et s’assure le poste de Premier ministre comme le prévoit la constitution. Certains au sein du pouvoir évoquent la possibilité d’un gouvernement d’Union Nationale dirigé par un Premier ministre consensuel
Une certitude, l’influence des conservateurs musulmans du PJD forte parmi les classes moyennes urbaines et capable de capitaliser sur l’usure du reste du champ politique pourrait forcer les autres partis à réévaluer leurs stratégies et alliances. Dans ce contexte, le scrutin du 23 septembre pourrait voir le PJD à transformer ces élections législatives en une sorte d’embuscade. Le seul parti à bénéficier d’un leader charismatique, de réseaux au sein de l’État et d’un projet à long terme pourrait sortir de l’isolement où il se trouve depuis son expérience mitigée à la tète du gouvernement.

