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Le soutien américain à la tentative d’évasion de Mohamed Bazoum

Niger's Interior Minister and candidate of the ruling party for the next presidential election in 2021, Mohamed Bazoum, speaks to the press during the African Union summit in Niamey on July 8, 2019. - African nations officially launched a landmark trade agreement on July 7, 2019, at the African Union summit in Niger with the long sought-after agreement hailed as a historic step towards "peace and prosperity" across the continent. (Photo by ISSOUF SANOGO / AFP)

La tentative avortée d’évasion de Mohamed Bazoum, dans la nuit du 18 au 19 octobre dernier,  était appuyée par les Etats-Unis. Deux hélicoptères américains stationnés à Niamey devaient transporter nuitamment l’ancien Président au Nigeria, a appris Mondafrique de source autorisée au Niger. La junte au pouvoir n’a pas cité nommément Washington mais une «puissance étrangère».

Jusqu’à présent, les autorités américaines s’étaient montré plutôt compréhensives avec les auteurs du coup d’Etat du Niger, malgré une condamnation diplomatique officielle, en maintenant leurs troupes et leur base de drones à Agadez. Cette mansuétude, surtout par contraste avec l’attitude belliqueuse du Président français, permettait aux soldats et aux aéronefs américains de jouir d’une grande liberté dans leurs mouvements. 

Il y a une semaine, le procureur général de Niamey, Salissou Chaibou, a révélé les détails de l’opération dans une conférence de presse. Il n’a pas non plus mentionné les Etats-Unis
Selon les informations qu’il a rendues publiques, photos à l’appui, des complicités auraient été mobilisées au sein de la garde présidentielle, dans la garde rapprochée du Président et dans sa famille. 

Le procureur général a évoqué des faits «d’espionnage», affirmant que des prises de vue du camp de la garde présidentielle avaient été envoyées par Mohamed Bazoum lui-même «aux Français». Il n’a pas précisé si ces photographies étaient liées à l’opération d’exfiltration ou si elles étaient antérieures, un projet d’intervention militaire au Palais présidentiel ayant été caressé un temps par les autorités françaises. 

La fuite via le Nigeria

Selon le magistrat, l’évasion de Mohamed Bazoum, de son épouse et de leur fils devait s’effectuer en trois étapes : la sortie du Palais où les attendait un véhicule, le regroupement dans une villa du quartier Tchangarey appartenant à l’un de ses proches, puis l’acheminement aux hélicoptères qui devaient emmener l’ancien Président à Birnin Kebbi, au nord-ouest du Nigeria.

Le plan d’évasion ayant été éventé, une surveillance a été mise en place afin de confirmer les soupçons, a expliqué Salissou Chaibou. C’est ainsi que Mohamed Bazoum, sa famille, sa sécurité et ses cuisiniers ont été interpellés par deux adjudants de la garde alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie. «Une fouille minutieuse des colis et une perquisition opérée dans la résidence de l’ancien Président ont permis la découverte de sommes d’argent en francs CFA et en devises étrangères, de divers biens précieux, de 3 ordinateurs portables (…) de 13 téléphones portables, 2 talkie walkie, 25 actes de session, 6 titres fonciers, plusieurs puces et cartes de recharge, une dizaine de téléphones portables détruits et une arme Beretta.»  Des sommes importantes ont été saisies sur des militaires de la garde rapprochée impliqués dans le projet d’évasion, a-t-il ajouté.

Ben Hameye, cerveau présumé de l’intervention

Les forces de sécurité sont intervenues au matin dans une maison du quartier Tchangarey «identifiée comme la propriété de Ben Hameye, un ancien membre de la garde rapprochée de Bazoum, qui a opposé une vive resistance à son interpellation en ouvrant le feu.»

Ben Hameye, cerveau présumé de l’intervention, est très proche de Mohamed Bazoum. Il était membre de son cabinet au ministère de l’Intérieur puis directeur technique à la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure où il supervisait les écoutes, jusqu’au coup d’Etat qui a renversé le Président Bazoum le 26 juillet dernier.Depuis lors, Mohamed Bazoum, sa femme et son fils sont détenus dans leur résidence officielle dans l’enceinte du Palais présidentiel.

Le procureur général a précisé que 23 personnes civiles et militaires avaient été interpellées dans le cadre de cette enquête, qui a été confiée à la  gendarmerie.Mohamed Bazoum a été entendu. Il sera vraisemblablement poursuivi.

Le feu vert des Français


On devine que l’exfiltration manquée de l’ancien Président a fait l’objet de préparatifs impliquant la France, les Etats-Unis et le Nigéria. Le refus de négocier de la Communauté ouest-africaine qui a ordonné, contre le Niger, des sanctions d’une dureté sans précédent, s’explique sans doute par l’espoir d’un renversement de situation à la faveur de l’évasion de  Mohamed Bazoum, dont on imagine qu’il aurait proclamé un gouvernement en exil.

Le Président du Nigeria Bola Tinubu, qui préside la CEDEAO, avait nécessairement donné son accord à ce scénario. De même, si le Président français a accepté le retour de son ambassadeur et de son contingent après des semaines de bras de fer, on voit bien qu’il n’a pas renoncé à intervenir de façon souterraine. Pris la main dans le sac, les Etats-Unis ont cependant immédiatement lâché du lest en reconnaissant officiellement le régime militaire au pouvoir à Niamey.

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