La guerre des généraux algériens fait une nouvelle victime, Mohamed Kaidi

Le général Mohamed Kaidi, très populaire au sein de l’armée et proche des Américians, disposait de beaucoup d’atouts pour succéder, un jour, au général Chengriha, l’actuel patron de l’armée. Du moins jusqu’à ce qu’il soit écarté de l’institution militaire en 2021, avant d’être placé, ces jours ci, en détention alors que le chef d’état major, lui, vient d’être promu comme « ministre délégué » du ministère de la Défense et bénéficie de la plupart des leviers de commande au coeur de l’État, comme Mondafrique l’avait expliqué (voir l’article ci dessous).

Le général Mohamed Kaidi avait été nommé, par unn décret présidentiel du 26 mars 2020, chef du « département emploi-préparation », socle opérationnel du renseignement au niveau du ministère de la Défense. Sur fond de subtils jeux d’alliances au sein du sérail militaire. Le poste prestigieux à la tète du département « de préparation et d’emploi » rattaché au ministère de la Défense, avait été créé par Gaid Salah en novembre 2019 alors qu’il était encore le patron tout puissant du pays.

Ces fonctions stratégiques coiffent aussi bien les services de l’ex DRS (contre espionnage, direction sécurité extérieure) que la sécurité de l’armée (DCSA), réunissant ainsi les deux branches du renseignement civile et militaire. La mission consiste en la supervision, la coordination et la préparation des actions de toutes les forces ariennes et navales, ainsi qu’une représentation de l’Algérie dans les importantes réunions internationales. Le titulaire est sous la tutelle directe du chef d’état-major général de l’Armée, au coeur du pouvoir réel.

2021, la marginalisation du général Kaidi

Mais en novembre 2021, le général Chengriha qui avait pourtant soutenu en mars 2020 la promotion du général Kaidi décide de l’évincer. Le contentieux qui est né progressivement entre les deux hommes ne se limitait pas aux questions d’organisation des régions militaires, mais de façon plus sensible ài celles relatives à la capacité de l’armée à faire face aux dangers extérieurs qui se précisaient de façon inquiétante (Libye, Maroc, Mali).

La mise à niveau insuffisante de certaines unités opérationnelles est en effet mise en avant par le général Kaidi qui fait remonter les inquiétudes venues de la base concernant  le manque d’exercices et de manœuvre. Le conflit est apparu lorsque le général Kaidi a établi des rapports d’évaluation circonstanciés sur l’état des forces dans chaque région militaire. Plus grave aux yeux de l’État Major, sa démarche était soutenue par les chefs de régions, ces baronnies de l’institution militaire sans lesquels rien n’est possible. Le 4 novembre 2021, le chef d’État-major Said Chengriha avait convoqué le général Kaidi, sous le prétexte  d’étudier l’ensemble des problèmes nés du bras de fer avec le frère ennemi marocain. Ce jour là, le général major Kaidi relève la responsabilité du Polisario dans le contrôle approximatif du territoire qui lui est dévolu et dans la circulation inappropriée de civils algériens dans une zone classée militaire.

C’est le pas de trop, son sort est scellé.

2024, l’arrestation du général Kaidi

Bien que soutenu par les Américains et malgré les bonnes relations qui existent actuellement entre l’institution militaire et le Pentagone, le général Kaidi vient d’être interpellé par les forces de sécurité et placé en détention. Ce nouveau rebondissement dans la guerre des clans militaires qui a eu pour résultat ces dernières années l’arrestation de quelques dizaines de hauts gradés s’explique par la récente promotion du général Chengriha. Le chef d’état major vient en effet d’être nommé « ministre délégué » de la Défense, le Président de la république restant le ministre en titre, et dispose de prérogatives accrues au coeur du fonctionnement de l’État (voir l’article ci dessous).

Cumulant les plus hautes fonctions civiles et militaires, le chef de l’armée qui est désormais le vrai patron de l’Algérie semble décidé à consolider son pouvoir et à combattre les critiques internes qui, au sein de l’institution militaire, le mettent en cause. L’écroulement du système de pouvoir en Syrie, le retournement diplomatique de la France en faveur de rabat et le rapprochement confirmé du Maroc et d’Israël ne sont pas sans provoquer de sérieuses inquiétudes au sein de l’appareil sécuritaire algérien.

Le patron de l’armée algérienne, Said Chengriha, confirme sa prééminence au sein de l’État

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Nicolas Beau
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)