À la Une de Mondafrique https://mondafrique.com/a-la-une/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Tue, 03 Mar 2026 13:02:19 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg À la Une de Mondafrique https://mondafrique.com/a-la-une/ 32 32 Sahel, la course aux satellites de surveillance https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/ https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147998 Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s).  Par Paul Amara Ces outils – précieux […]

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Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s). 

Par Paul Amara

Ces outils précieux dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue, d’armes, d’or, de migrants, d’êtres humains, de cigarettes et de carburant foisonnent. Dès novembre 2023, le Mali signait un mémorandum d’entente avec l’entreprise russe Glavkomos, spécialisée dans les activités spatiales. Cet accord lui a permis d’améliorer la couverture Internet, des télécommunications, de la télévision et de la surveillance du territoire.  D‘autres pays lui ont emboité le pas, affichant des ambitions spatiales de plus en plus grandes. Ainsi envisagent-ils le lancement de satellites d’observation militaire, à plusieurs ou à titre individuel.

La surveillance militaire par satellite permet de détecter, en temps réel, des mouvements ennemis à plusieurs centaines de km à la ronde. Elle sert aussi dans l’observation continue des zones à risque, y compris dans les environnements hostiles et inaccessibles par voie terrestre. Elle facilite un suivi serré des équipements ennemis et réduit les risques humains, en permettant d’économiser les missions de reconnaissance dangereuses au sol. En survolant, plus ou moins discrètement et librement, l’espace, les satellites appuient les opérations militaires au travers d’activités d’observation, d’écoute et de communication. La visualisation par l’imagerie satellite militaire aide à localiser des camps terroristes, et d’agir en conséquence. Grâce à ces machines complexes, les armées du Sahel peuvent développer des réactions rapides face aux menaces djihadistes.

En 2026, les satellites fournissent des images de haute définition, quasiment en temps réel, assistées par l’intelligence artificielle (IA). L’interprétation de ces quantités de données est ainsi effectuée sans grand usage de l’intelligence humaine, facilitant de promptes réactions. Ce modèle de satellite de surveillance coûte, en moyenne, 300 millions d’euros. Maintenance et exploitation restent aussi onéreuses. Leur miniaturisation et leur lancement en grappes peuvent réduire ce montant jusqu’à 40%. Malgré tout, cela demeure un défi financier pour les pays du Sahel.

De nombreux pays africains se dotent de satellites espions

En cette année 2026, on estime à 410 le nombre de satellites espions en orbite, couvrant 93% de la planète. En 2020, les pays africains suivants avaient lancé des satellites : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria et Soudan. Pionniers, grâce à des décennies d’investissements stratégiques et de partenariats internationaux, l’Égypte et l’Afrique du Sud comptent, chacun, 13 satellites en orbite. Le Nigeria, avec 7 satellites, est un acteur clé en Afrique de l’Ouest. L’Algérie en possède six. Le Ghana a mis au point GhanaSat-1. Le Royaume du Maroc se montre leader, du fait de l’acquisition du satellite Mohamed VI A, d’une valeur de 500 millions de dollars. Officiellement, ce satellite évolue en vols stationnaires à des fins de télécommunications.

D’autres pays africains, surtout au Sahel, doivent coopérer avec ceux-là ou compter sur les partenaires internationaux, ou encore opérer avec des drones. Mais les capacités de surveillance et de traitement de données de ces derniers sont bien moindres que celles des satellites. En revanche, ces vecteurs aériens peuvent aussi attaquer. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont signé avec leur nouveau partenaire stratégique, la Russie, un accord de coopération spatiale à Bamako le 23 septembre 2024. Ce protocole a été paraphé avec Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe, Roscosmos.Deux satellites sont au cœur de cette ambition. L’un sera dédié aux télécommunications et promet une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion amplifiée de la radio et de la télévision. L’autre sera consacré à l’observation terrestre. Grâce à ses capacités d’imagerie à haute résolution, il devrait être d’un grand secours dans la surveillance des frontières et la prévention des risques d’insurrection.

Un satellite russo-burkinabè? 

En janvier 2026, la Russie et le Burkina Faso ont commencé à envisager la construction d’un satellite de communication destiné à accélérer la transformation numérique du Faso : ouvrir la voie à des services de connectivité, de cartographie et d’alerte précoce. Devant être conçu pour couvrir la région du Sahel, le satellite aura aussi pour vocation de sécuriser les communications gouvernementales et de renforcer la résilience des réseaux en période de crise. Parallèlement à la coopération sahélo-russe, le Niger, de son côté, a entamé une collaboration avec la Chine pour acquérir de l’imagerie satellitaire. Il coopère également avec l’Italie, qui déploie des unités de collecte d’information, de surveillance et de reconnaissance. Le cadre de cet appui est la Mission de soutien italienne à la République du Niger (MISIN), forte de 350 à 400 soldats. Le Parlement italien a autorisé cette opération, depuis 2018, pour accroitre les capacités du Niger dans sa lutte contre les différents trafics et les menaces à sa sécurité. L’attaque terroriste de l’aéroport international Hamani-Diori, à Niamey, la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a révélé que ce site ultrasensible se trouve sous surveillance satellitaire de l’entreprise américaine Ventor Tech, spécialisée dans l’information spatiale. 

En Libye, des avions et des satellites russes surveillent les positions de Daech, à l’est et à la frontière avec l’Égypte. En Mauritanie, fin septembre 2024, le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration a annoncé le lancement d’un projet stratégique visant à créer un programme spatial national pour les nano-satellites. Le pays veut se doter d’un système spatial souverain au service de la sécurité, de la surveillance et du contrôle, ainsi que pour étendre la couverture numérique à l’ensemble du territoire national. Au Soudan, les images satellites jouent un rôle important dans la mise en évidence des atrocités commises à El Facher. Ces images sont le seul moyen permettant de suivre la situation dans une zone inaccessible et avec un réseau de communication défaillant.

Survols des pays sahéliens

Le sous-équipement de l’Afrique de l’Ouest, et particulièrement du Sahel, permet à des puissances étrangères de les survoler librement. Le jour de la Noël 2025, sur initiative du gouvernement américain, des bombardements ont visé des combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, Nigeria. La raison avancée est que le Nigeria laisserait se perpétrer un génocide et une persécution des chrétiens. Après des discussions entre les deux pays, il a été décidé un mois plus tard que les avions nigérians opèreraient eux-mêmes les frappes aériennes, sur la base d’images et de données collectées par des appareils américains de surveillance. De plus, c’est le Nigeria qui choisira les cibles et son armée recevra des États-Unis des drones, des hélicoptères, des plateformes aériennes puis des pièces détachées et des systèmes de maintenance indispensables à leur exploitation, des équipements commandés par le Nigeria ces cinq dernières années mais non encore livrés. Faute d’en disposer, le Nigeria mène sa guerre contre les djihadistes à travers une surveillance aérienne américaine, qui consacre sa dépendance stratégique.

Donald Trump a menacé le Nigeria de nouvelles frappes si jamais des chrétiens étaient encore tués. Le général John Brennan, du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a déclaré dans une interview en marge de discussions entre Washington et Abuja que le Pentagone poursuivait une coopération militaire avec les trois pays de l’AES. Il a ajouté que les États-Unis continuaient de partager des informations avec le Nigeria car le changement de partenariat, en matière sécuritaire, était parfois risqué.

À l’issue d’une embuscade attribuée à l’État islamique au grand Sahel (EIS), dans l’ouest du pays, à Tillabéri, qui a occasionné la disparition de 135 membres de la Garde nationale, le Niger pris une décision majeure. Début mai 2025, il a mis fin aux accords de coopération en matière de renseignement avec la Russie et la Turquie, dénonçant la faiblesse opérationnelle des équipements et des techniciens fournis par les deux partenaires dans le domaine du renseignement numérique. En remplacement, le Niger a engagé une société marocaine. Mais l’accord a été rompu dans l’urgence après la révélation d’un lien indirect avec un prestataire privé français. Le Niger a ordonné immédiatement le démantèlement du dispositif. Les États-Unis sont donc revenus proposer leurs services.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La sorcellerie de l’Union africaine https://mondafrique.com/libre-opinion/la-sorcellerie-de-lunion-africaine/ https://mondafrique.com/libre-opinion/la-sorcellerie-de-lunion-africaine/#respond Tue, 03 Mar 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147945 Décidément agacé par les organisations régionales africaines, Venance Konan s’en prend, cette fois, à l’Union africaine, qui s’est effectivement révélée incapable de gérer les multiples problèmes et crises du continent. Au commencement étaient deux pays, la France et l’Allemagne. Deux pays qui s’étaient tellement détestés qu’ils s’étaient fait la guerre au moins trois fois en […]

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Décidément agacé par les organisations régionales africaines, Venance Konan s’en prend, cette fois, à l’Union africaine, qui s’est effectivement révélée incapable de gérer les multiples problèmes et crises du continent.

Venance Konan.

Au commencement étaient deux pays, la France et l’Allemagne. Deux pays qui s’étaient tellement détestés qu’ils s’étaient fait la guerre au moins trois fois en moins d’un siècle. Il y eut la guerre de 1870-1871, celle de 1914-1918 et celle de 1939-1945. Et à la fin de la dernière guerre, ils comprirent que c’était complètement idiot de passer tout le temps à s’entretuer alors qu’ils seraient beaucoup mieux en paix.

Alors ils eurent l’idée de mutualiser leur production de charbon et d’acier, afin de rendre la guerre entre eux désormais matériellement impossible. Puis ils associèrent d’autres pays européens amateurs de guerre qui produisaient aussi du charbon et de l’acier, à savoir la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, et créèrent ainsi la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), en 1951. Ils virent que c’était bon. Alors ils décidèrent de construire un marché commun entre eux, ainsi qu’une union douanière. C’est ainsi que naquit en 1957 la Communauté économique européenne (CEE), entre d’abord six États, puis 9, 10, et 12 membres. Celle-ci évolua pour devenir plus tard, en 1992, l’Union européenne.

« Ils virent que l’Union européenne était une très bonne chose »

D’élargissement en élargissement, l’Union européenne compte désormais 27 membres, suite au retrait de la Grande-Bretagne. Ne devient pas membre de l’Union européenne qui veut. Il faut partager un certain nombre de valeurs avec les pays fondateurs, telles que la démocratie, le respect des droits humains, et respecter des critères d’ordre économique. Et, ce qu’on ne dit pas à haute voix, ne pas être un pays musulman, comme la Turquie par exemple. Bref, avant d’adhérer à l’Union européenne, il faut faire une demande, et subir beaucoup d’examens avant que les pays membres ne vous acceptent en leur sein. Et tous les pays membres de l’Union européenne, dont certains étaient très pauvres avant leur adhésion, figurent désormais parmi les pays les plus prospères du monde.

Les Africains qui, aux indépendances, avaient créé l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) n’arrivant pas à développer leurs pays, virent que l’Union européenne était une très bonne chose. Ils décidèrent donc de transformer leur organisation en quelque chose comme l’Union européenne. Ils la baptisèrent Union africaine. Ils virent que l’Union européenne était dirigée par une commission composée de 27 membres, avait un parlement et beaucoup d’autres institutions, telles qu’une cour de justice, etc. Ils créèrent eux aussi une commission composée d’un président, de dix commissaires, un conseil exécutif, un parlement, une cour de justice, etc. Bref, ils essayèrent de faire de leur union une copie de celle des Européens.

« Ils voulaient devenir très rapidement prospères »

Seulement, les Européens, eux, intégraient leurs nouveaux membres progressivement, quand ils respectaient un certain nombre de critères. Les Africains estimèrent que c’était trop lent, alors qu’ils étaient pressés. Ils avaient beaucoup de retard à rattraper dans leur marche vers l’intégration et le développement. Ils voulaient devenir rapidement, et tous ensemble, prospères comme les pays européens. Alors ils mirent tout le monde dans leur union. Avec eux, il suffisait simplement d’être un pays africain pour devenir membre.

C’est ainsi que la très riche Libye mais qui a deux gouvernements qui se font la guerre et où l’on vend encore des Noirs sur des marchés à esclaves ou la Mauritanie où l’esclavage des Noirs est toujours ouvertement pratiqué se retrouvèrent aux côtés des pays noirs africains dont les ressortissants étaient justement les esclaves que l’on vendait en Libye ; que les démocratiques Seychelles, Maurice ou Botswana se trouvèrent aux côtés des pires dictatures du continent ; que des pays qui se font la gueule ou la guerre se trouvèrent également côte à côte, avec des pays qui n’ont plus de gouvernement, qui sont ravagés par le terrorisme, la guerre civile, etc.

« Leur Union n’a rendu riche aucun pays »

De plus, les Africains oublièrent que les membres de l’Union européenne payaient eux-mêmes leurs contributions pour faire marcher leur organisation, alors que, eux, ils comptaient justement sur les Européens et les autres pays riches pour financer la leur. Et pour construire le siège de leur organisation, ils demandèrent à la Chine de le faire gratuitement pour eux. Ce que la Chine fit très gentiment. Et les Africains furent très étonnés de trouver plus tard dans le bâtiment de nombreux micros qui transmettaient tous leurs petits et grands secrets à on ne sait qui. Aux Russes ? Aux Américains ? Aux Européens ? A la Corée du nord ? Personne ne l’a jamais su jusqu’à ce jour.

Mais ce qui étonne le plus les Africains est que leur Union ne marche pas du tout comme celle des Européens, n’a rendu riche aucun pays membre, et n’a apporté la paix nulle part. Surtout que, beaucoup mieux que l’Union européenne, ils ont doté leur Union d’un Conseil de paix et de sécurité copié sur celui de l’ONU et et qui est chargé de prévenir, gérer et résoudre les conflits. Les pays africains ne comprennent vraiment pas et commencent à se demander sérieusement si ce n’est pas une affaire de sorcellerie.

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Sénégal. La solution du casse-tête de la dette https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/ https://mondafrique.com/a-la-une/senegal-la-recette-du-casse-tete-de-la-dette/#respond Mon, 02 Mar 2026 05:36:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147808 Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette. Par Mor Amar C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de […]

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Face aux députés, le ministre des Finances et du Budget du Sénégal est revenu tout récemment sur les leviers sur lesquels il compte s’appuyer pour sortir du piège de la dette.

Par Mor Amar

C’est une année épouvantable. Un marathon éprouvant pour les services du ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba. Plus de 2672 milliards de francs CFA. Voilà le montant global du service de la dette extérieure, d’après la loi de finances initiale pour l’année 2026. Le pic des paiements est annoncé pour ce mois de mars, avec plus de 509 milliards de francs CFA à rembourser, rien que sur la dette extérieure, et plus de 237 milliards au titre de la dette intérieure. Mais l’urgence, pour Dakar, c’est de mobiliser près de 490 millions d’euros en mars pour satisfaire en priorité les souscripteurs d’eurobonds, afin de rassurer les marchés sur ses capacités à remplir ses obligations.

Comment le pays compte t-il procéder ? Face aux députés, le 24 février 2026, lors de la session des questions d’actualité avec le gouvernement, le ministre des Finances est revenu sur la stratégie. « Depuis fin 2024, nous travaillons sur la gestion active de la dette bancaire locale. Nous avons ainsi invité les banques à titriser certaines créances. Cela a permis de négocier les termes de financement, d’améliorer le profil de maturité, de gagner des espaces budgétaires à hauteur de plus de 500 milliards rien que sur l’année 2025 », a expliqué Cheikh Diba, ajoutant que son gouvernement compte faire exactement la même chose en ce qui concerne la dette extérieure.

Dakar privilégie le paiement des eurobonds

Pour réussir ce pari, le gouvernement compte s’appuyer sur des institutions de garantie comme la Banque africaine de développement (BAD), l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique (Atidi), la Multilateral investment garantee agency (Miga-groupe banque mondiale)… Optimiste, Cheikh Diba pense que ce soutien autorisera la mobilisation de ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d’endettement actuels, avec des maturités plus longues.

Le gouvernement compte ainsi réduire le service de la dette et libérer des espaces de trésorerie, sans avoir recours à la restructuration. « Si nous y parvenons avec la discipline budgétaire que nous avons enclenchée depuis 2024, cela va permettre d’avoir une dette soutenable », rassure le ministre des Finances, qui se projette déjà sur les autres mois.

En effet, si les esprits sont rivés sur l’échéance de mars 2026, il n’en demeure pas moins que le gouvernement restera sous tension toute l’année. Les montants à payer sur la partie dette extérieure restent très importants, avec plus de 234 milliards de francs CFA au mois d’avril, 114 milliards en mai, plus de 220 milliards pour le mois de juin, 257 milliards en juillet, 227 milliards au mois d’août, 170 milliards en septembre, 278 milliards en octobre, 178 milliards en novembre et enfin plus de 272 milliards pour le mois de décembre, soit au total 2672 milliards, contre plus de 2825 milliards au titre de la dette intérieure.

Pression de la France et de certains créanciers

Loin de la sérénité affichée devant les écrans, les techniciens vivent dans le stress au quotidien. La décision de privilégier le paiement des eurobonds ne fait pas que des heureux. Certains créanciers, comme la France, commencent d’ailleurs à manœuvrer pour un traitement diligent de leurs créances. Le trésor français, selon plusieurs médias, a d’ailleurs écrit pour réclamer le règlement d’impayés. Paris aurait même dépêché début février un émissaire à Dakar pour traiter de cette affaire. D’autres créanciers stratégiques comme la China Afreximbank sont également dans l’attente d’un traitement pressant.  

Certains créanciers ont d’ailleurs rejoint la position du Fonds monétaire international (FMI) qui estime, depuis le début, qu’une restructuration est nécessaire. Le gouvernement du Sénégal n’est toujours pas de cet avis. Pour Cheikh Diba, ce n’est certainement pas par orgueil. « Nous estimons qu’il y a une solution scientifique, économique et technique, qui nous permettra de gérer cette question. C’est la gestion active de la dette. Du point de vue quantitatif, le résultat est presque le même que pour la restructuration. Et nous ne subissons pas les conséquences d’une restructuration », a martelé le ministre des Finances et du Budget. 

Dakar en défaut sur les investissements et des engagements sociaux

En vérité, analyse un spécialiste, le gouvernement a décidé de ne pas faire défaut et de ne pas demander une restructuration pour les dettes qui lui semblent essentielles, à savoir les eurobonds, les dettes auprès du marché financier de l’UEMOA et des banques commerciales.

En revanche, le gouvernement est déjà en défaut sur plusieurs programmes d’investissements importants pour le développement économique (Programme spécial de désenclavement, Programme de modernisation des infrastructures judiciaires, Programme d’urgence de développement communautaire, dette aux entreprises du BTP…). Il a dû également suspendre plusieurs programmes sociaux dont les bourses de sécurité familiales et accumule des arriérés pour les étudiants….

La grande question, selon notre interlocuteur, c’est de savoir « jusqu’à quel point le gouvernement va continuer de suffoquer le développement économique du pays », en privilégiant le paiement de cette dette colossale au détriment des projets de développement.

Les points d’achoppement avec le FMI

Pendant ce temps, les négociations avec le FMI tirent en longueur. Si des progrès notoires ont été enregistrés sur les mesures correctrices relatives au misreporting, les deux parties peinent à accorder leur violon sur la viabilité de la dette, nécessaire pour la signature d’un nouveau programme. Face au parlement, le ministre Diba a reconnu quelques divergences en particulier sur le cadrage macroéconomique.  « Nous, nous pensions que les hypothèses du Fonds sont pessimistes, eux ont trouvé nos projections trop optimistes. Le résultat est que le FMI estime que nous ne pouvons trouver les financements dont nous avons besoin sans restructuration », explique le ministre qui s’empresse de rassurer : « Nous travaillons à rapprocher nos positions. Le vendredi passé, le Fonds a mis à jour son cadrage macroéconomique qu’il nous a envoyé. Dans les prochains jours, nous pourrons en discuter et arriver à un résultat qui va permettre de finaliser ces discussions. »

Depuis la survenue de la crise, le ministre des Finances et du Budget se démène ainsi comme un diable pour trouver une solution avec les partenaires internationaux. Quant à son patron, le Premier ministre Ousmane Sonko, il ne cesse de tirer sur ces partenaires. Pour lui, l’institution ne travaille pas au développement des pays africains. Ce qui intéresse le FMI, selon le PM Sénégalais qui cite l’économiste américain Jeffrey Sachs, ce n’est pas le développement des pays africains, c’est plutôt que ces pays restent pauvres et sages.

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Soudan : une vie dans les camps https://mondafrique.com/international/soudan-une-vie-dans-les-camps/ https://mondafrique.com/international/soudan-une-vie-dans-les-camps/#respond Sat, 28 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147803 La guerre au Soudan s’apprête à entrer dans sa troisième année. Triste anniversaire d’un conflit qui, en plus des morts et des blessés, a provoqué un déplacement massif de population : près de 14 millions de personnes ont fui, soit à l’intérieur du territoire, soit vers un État voisin. Parmi les pays les plus impactés […]

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La guerre au Soudan s’apprête à entrer dans sa troisième année. Triste anniversaire d’un conflit qui, en plus des morts et des blessés, a provoqué un déplacement massif de population : près de 14 millions de personnes ont fui, soit à l’intérieur du territoire, soit vers un État voisin. Parmi les pays les plus impactés par l’arrivée de réfugiés figurent l’Égypte mais aussi le Tchad. Frontalier du Darfour – situé à l’extrémité orientale de la bande sahélienne, à la lisière du Sahara – une région où se superposent combats, massacres, exactions et famine. L’est du Tchad constitue l’une des principales voies de fuite pour des centaines de milliers de civils, qui se retrouvent dans des camps de réfugiés. Mais pour combien de temps ? Au fil des ans, les ingérences extérieures n’ont cessé d’alimenter et de complexifier ce conflit. Le discret médiateur onusien, l’Algérien Ramtame Lamamra, s’active en coulisses sans résultat. Aucune issue ne se dessine à l’horizon. Dans le même temps, les organisations humanitaires ont de moins en moins de moyens pour subvenir aux besoins d’une population totalement démunie.

Par Leslie Varenne

Le Tchad entre le marteau et l’enclume

Il y a trente camps de réfugiés au Tchad. Celui d’Ouré Cassoni, situé près de la frontière soudanaise, est le plus grand. Ouvert en 2003 lors de la première guerre du Darfour, il abritait plus de 50 000 personnes. Vingt-trois ans plus tard, la majorité y vit toujours.

Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023 entre les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti et l’armée soudanaise dirigée par le général Burhan (SAF), la population de ce camp a plus que doublé. Plus de 110 000 réfugiés sont désormais installés ici, dont plus de 99 % appartiennent à la communauté zaghawa, présente des deux côtés de la frontière et victime des milices arabes FSR.

Au Tchad se joue une situation complexe. Le président Mahamat Idriss Déby a apporté son soutien à Hemedti. Un soutien contre-nature, puisqu’il est lui-même Zaghawa de par son père, comme l’est sa famille, son clan et une grande partie de l’armée.  

Le 21 février 2026, les FSR ont occupé la ville soudanaise de Tiné, principal point de passage pour les civils fuyant al-Fasher la capitale du Darfour Nord. Des Toroboros, ces combattants tchadiens et soudanais soutenant le général Al-Burhan, ainsi que des militaires tchadiens intervenus sans l’aval de leur hiérarchie, ont contribué à sa reprise. Depuis, N’Djamena a annoncé la fermeture de la frontière, signifiant toutefois que « des dérogations exceptionnelles strictement motivées par des raisons humanitaire peuvent être accordées. »

La prise de Tiné aurait été cataclysmique pour tous ceux qui tentent de fuir les combats et les exactions des FSR afin de rallier le camp d’Ouré Cassoni.

Dans les yeux d’Asiya

 
Camp d’Ouré Cassoni, février 2026 (Photo Leslie Varenne).

Ce camp est divisé en trois parties. Les anciens habitants vivent dans des maisons en dur, comme dans une petite ville plantée au milieu du désert. Les réfugiés arrivés depuis 2023 dorment sous des tentes fournies par le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) et bénéficient d’une aide : de la nourriture, l’école pour les enfants, des soins. Il n’y a toutefois qu’un seul médecin pour 110 000 personnes.

Les derniers arrivés s’installent dans un terrain vague, dans des abris de fortune faits de branchages et de vieux sacs plastiques. Démunis de tout, ils attendent d’être enregistrés par les autorités tchadiennes, qui travaillent en étroite collaboration avec le HCR. Faute de moyens, cette phase transitoire peut durer des semaines, voire deux ou trois mois.

Le flux ne s’arrête pas. Chaque jour, entre 100 et 150 personnes arrivent ici. Elles n’y trouvent que la sécurité. Compte tenu de ce qu’elles ont vécu, c’est beaucoup. Et c’est peu… Les nouveaux arrivants sont des femmes et des enfants. Les hommes, pour la plupart, sont morts ; les autres se cachent pour ne pas être tués par les FSR ou combattent avec les Toroboros.

De camp assiégé en ville martyre

Assises sur le sol de terre battue, des femmes racontent à tour de rôle leur long périple. Elles ont parcouru des centaines de kilomètre à pied ou à dos d’âne. Parfois, lorsqu’elles ont de la chance, les militaires tchadiens les emmènent dans leur Toyota pour les aider à parcourir les derniers kilomètres depuis la frontière. Elles refont l’itinéraire en pensée : El-Fasher, puis Tawila, autre ville martyre, et enfin Tiné.

Depuis la première guerre du Darfour, nombre d’entre elles vivaient dans le camp de déplacés de Zamzam, ouvert en 2004. Ce camp, qui hébergeait plus de 500 000 personnes, a été assiégé toute l’année 2024 par les FSR et ses habitants affamés. En avril 2025, la milice et ses supplétifs l’ont attaqué et bombardé durant trois jours provoquant la mort de milliers de personnes et la fuite d’autant d’autres. Ce qui s’est passé à Zamzam dépasse le dicible. Les témoignages des humanitaires sont aussi terrifiants que bouleversants. Selon les Nations Unies, ce qui s’y est produit pourrait être qualifié de crimes de guerre[i].

Les rescapés se sont ensuite dirigés vers El-Fasher, seule enclave du Darfour Nord encore tenue, à l’époque, par l’armée soudanaise. Quelques mois plus tard, la ville a été à son tour assiégée. Les combats entre les deux parties au conflit ont été longs et intenses. Chaque fois que les FSR étaient en difficulté, les Émirats arabes unis qui les soutiennent envoyaient davantage d’argent, d’armes et de drones. En octobre 2025, El-Fasher a fini par tomber aux mains de la milice. Alors, l’exode a repris.

Survivantes de l’indicible

Les femmes qui s’expriment sur cette terre battue d’Ouré Cassoni sont des survivantes. À quelques mètres du groupe, dans une case faite de bric et de broc, une maman entourée de ses enfants adolescents est allongée sur une natte. Ses yeux clairs, immenses, grands ouverts, sont tournés vers le ciel. Ce regard immobile dit ce que la pudeur des autres femmes a tu : les viols, sans distinction de sexe, utilisés comme arme de guerre pour briser, humilier, déshumaniser ; les maris et les fils tués devant leurs proches ; la famine, les fosses communes, la soif, les tranchées creusées pour se cacher et se protéger des bombardements.

Camp d’Ouré Cassoni, février 2026 (Photo Leslie Varenne).

Et puis, parfois, dans ce camp, se produit un petit miracle : un parent rencontre un proche disparu lors des combats ou sur les routes de l’exil. Des familles croisent un voisin de leur ancien village. Un enfant séparé des siens pendant la fuite, recueilli en chemin par d’autres déplacés, retrouve enfin un membre de sa famille. Beaucoup ont réussi à survivre grâce à la légendaire solidarité zaghawa, alliée à l’extraordinaire résistance des populations sahéliennes.

Les architectes de l’impasse

Devant ce désastre humanitaire, les ONG appellent à l’aide. Les besoins sont immenses et largement sous-financés. Début février 2026, à Washington, une conférence de donateurs a permis d’annoncer 200 millions de dollars de dons des États-Unis, versés au Fonds humanitaire des Nations unies, et 500 millions promis par les Émirats arabes unis. Cette séquence très médiatisée, présentée comme un signal fort en faveur des civils soudanais, a pourtant irrité plus d’un observateur du conflit. Ainsi Abou Dhabi, principal fournisseur de carburant de cette guerre, bien qu’elle s’en défende, offrirait généreusement les pansements ! D’autant que les besoins ne se chiffrent pas en millions de dollars, mais en milliards. Selon un rapport du Conseil de sécurité, daté du  8 février 2026, le Plan de réponse humanitaire pour le Soudan à l’horizon 2026, qui nécessite 2,9 milliards de dollars, n’était financé qu’à hauteur de 5,8 %. Le plan 2025, évalué à 4,16 milliards, n’était couvert qu’à 38,6 %. Du point de vue humanitaire, le compte n’y est pas.

Côté diplomatie non plus. Le 20 février, devant le Conseil de sécurité, Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique du président américain, a appelé à un cessez-le-feu immédiat. Mais son plan mal ficelé s’est heurté au refus de l’armée et du gouvernement soudanais, qui invoquent la souveraineté nationale, l’unité territoriale et la sécurité. Pour éviter de contrarier l’allié émirati, qui sert de plus en plus ouvertement de proxy à Israël dans la région, le Monsieur Afrique de Donald Trump a également renvoyé dos à dos les deux parties, plaçant sur un pied d’égalité l’État soudanais et les milices FSR. Cette formule a ulcéré Khartoum, mais aussi certains de ses alliés, comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie. De leur côté, l’Union africaine et les organisations sous-régionales sont divisées, marginalisées, impuissantes, inexistantes. Pendant les atermoiements diplomatiques, les civils continuent de payer le prix fort.

Une génération est née dans les camps. Une autre y grandit. Rien n’indique que la suivante en sortira.

 


[i] Le 6 mars 2025, le gouvernement soudanais a déposé une plainte contre les Émirats arabes unis devant la Cour internationale de Justice, accusant Abou Dhabi d’avoir violé la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide en soutenant les Forces de soutien rapide.
Dans sa décision du 5 mai 2025, la CIJ a rejeté cette affaire non pas sur le fond des accusations, mais pour une raison purement procédurale : elle s’est déclarée « manifestement incompétente » pour l’examiner, en raison d’une réserve formulée par les Émirats arabes unis au sujet de l’article IX de la Convention, qui exclut la compétence de la Cour pour régler ce type de différend.

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Chronique d’une drôle de guerre dans le nord du Mali https://mondafrique.com/a-la-une/chronique-dune-drole-de-guerre-dans-le-nord-du-mali/ https://mondafrique.com/a-la-une/chronique-dune-drole-de-guerre-dans-le-nord-du-mali/#respond Thu, 26 Feb 2026 09:13:26 +0000 https://mondafrique.com/?p=147677 Le théâtre du conflit du nord du Mali est peu actif ces dernières semaines. Les hostilités se limitent, du côté des groupes armés rebelles et djihadistes, à des attaques à distance contre les convois de ravitaillement militaires. Sur les itinéraires empruntés par ces derniers, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent de commettre des […]

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Le théâtre du conflit du nord du Mali est peu actif ces dernières semaines. Les hostilités se limitent, du côté des groupes armés rebelles et djihadistes, à des attaques à distance contre les convois de ravitaillement militaires. Sur les itinéraires empruntés par ces derniers, les soldats maliens et leurs alliés russes continuent de commettre des exactions contre les civils.

C’est une guerre sourde. Comme si aucun des belligérants ne tenait à rouvrir les hostilités. Manquant de moyens décisifs pour inverser la situation sur le terrain, soucieux d’économiser leurs hommes ou en attente d’une situation meilleure, les djihadistes d’Iyad Ag Ghali, les forces armées maliennes (FAMA) et leurs supplétifs russes et locaux, de même que les indépendantistes du Front de Libération de l’Azawad (FLA), s’observent davantage qu’ils ne s’affrontent vraiment.

Quelques rares échauffourées sont rapportées – et toujours des exécutions sommaires de civils touareg. Mais ces agissements contre les civils semblent moins systématiques que du temps du ratissage opéré sur le terrain par les miliciens russes de Wagner, avant leur remplacement, au printemps 2025, par Africa Corps, une unité directement contrôlée par l’armée russe et moins agressive ou audacieuse que ses prédécesseurs. Il faut dire que la défaite de Tinzawaten, qui a vu une colonne de Wagner et des FAMA décimée par le feu rebelle entre le 25 et le 27 juillet 2024, à deux pas de la frontière algérienne, a laissé un mauvais souvenir aux Russes : des dizaines de morts abandonnés dans le désert et deux prisonniers. Tinzawaten est un fief incontesté des combattants indépendantistes touareg. 

Les djihadistes du GSIM affaiblis

Commençons par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM). Des observateurs le disent affaibli dans la région. Parce que la zone de repli d’Iyad Ag Ghali vers l’Algérie, vitale pour lui, a été reprise, depuis novembre 2023, par les FAMA, de même que son fief de Kidal. Le gouvernorat de la petite ville des Ifoghas a même été confié à son ennemi de trente ans (et ancien bras droit dans la rébellion), le général Elhadj Gamou. On dit que 2000 soldats russes y seraient basés. Ou tout simplement par épuisement des combattants, qui ont quitté la région ou sont harcelés par les armées nationales.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés  a annoncé récemment l’enregistrement de 184 521 réfugiés et demandeurs d’asile en Mauritanie jusqu’en janvier 2026, originaires du nord et du centre du Mali. Des milliers d’autres sont en attente. Les frappes des armées de l’Alliance des États du Sahel dans le nord, à l’est et au sud compliquent aussi les mouvements et les ravitaillements et coupent les nordistes du grand vivier des combattants peuls du delta central. Dans les premiers jours de février, une frappe de drone militaire a d’ailleurs tué une femme et trois adolescents près de Talataye, dans la zone des trois frontières écumée par l’État islamique, selon les réseaux sociaux pro-FLA.

S’éloigner des itinéraires empruntés par les Russes  

De la même façon que les déplacements djihadistes sont pris pour cibles et, de ce fait, compliqués, les mouvements et relèves des FAMA et de leurs supplétifs russes sont périodiquement attaqués. Ils sont pris à partie pendant des missions régulières d’escorte sur les axes Kidal-Gao, Kidal-Aguelhoc-Tessalit et Gao-Menaka. Sur ces pistes, ils sont souvent guidés par les hommes de Gamou, qu’ils soient puisés dans la milice d’autodéfense GATIA ou dans les unités régulières composées de soldats issus de la même communauté Imghad.

En marge de ces convois, des civils sont parfois assassinés par les Russes d’Africa Corps, par suspicion, précaution ou cruauté envers les nomades touareg et arabes qu’ils surnomment « les bergers ».

Le 23 janvier, une patrouille de sept véhicules sillonnant la vallée d’Eghachar Sadidan a tué un octogénaire. Trois jours plus tard, deux jeunes Touaregs sont morts à Amrouche (Goundam, région de Tombouctou). Le général Gamou lui-même ne semble pas avoir les moyens d’empêcher ces exactions, y compris contre les campements de sa communauté. Le 27 janvier, il a convoqué une réunion restreinte à Kidal et demandé aux participants de relayer un message de mise en garde des civils pour leur demander de s’éloigner des itinéraires empruntés par les Russes, notamment vers Guencheche et Gounham, deux localités situées sur la route nationale qui relie Anefis à Kidal.

Un FLA à deux têtes 

Le Front de libération de l’Azawad, dernier acteur du théâtre, semble aussi davantage observer les forces en présence que prendre l’initiative du combat. Son hybridité est particulièrement visible depuis la chute de Kidal. La composante « HCUA » (Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad, ex Ansar Dine, très proche d’Iyad Ag Ghali) s’organise plutôt à partir de l’Algérie (où sont installés plusieurs leaders) et la composante MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), indépendantiste, plutôt à partir de la Mauritanie. Ces deux géographies reflètent sans doute celles de leurs alliances respectives à l’extérieur.

Comme en 2012, les deux camps ont repris chacun son espace et sa marge de manœuvre. Même si la coalition touareg a acté, au printemps 2024, une sorte de trêve avec les djihadistes du GSIM, sous l’égide du HCUA et de son secrétaire général Alghabass Ag Intallah, le MNLA et son chef Bilal Ag Acherif connaissent mieux que personne les limites de la confiance qu’ils peuvent placer dans Iyad Ag Ghali. En 2012, l’expérience a été particulièrement cuisante. Après avoir rallié l’assaut conduit par le MNLA contre l’armée malienne dans les régions du nord, Iyad Ag Ghali et son groupe armé de l’époque (Ansar Dine) avaient doublé le mouvement puis l’avaient pris en étau avec les autres composantes de la galaxie djihadiste avant de le repousser à la frontière algérienne. Le MNLA y est resté confiné et impuissant jusqu’à l’entrée en guerre de la France, en janvier 2013, pendant que l’ensemble du nord du pays tombait comme un château de cartes sous le contrôle d’Al Qaida.

Double attaque le 18 février 

Revenons à notre chronique. Le 18 février, une attaque de drones kamikaze du FLA a visé deux véhicules des FAMA et des Russes d’Africa Corps entre Anefis et Kidal. Une autre a été menée, le même jour, par le GSIM avec un engin explosif improvisé, sur la route d’un autre convoi près d’Aguelhoc. Six passagers d’un des véhicules sont morts dans l’explosion. Il s’agit de Touaregs du GATIA qui assuraient l’escorte. Au cours de l’attaque menée par le FLA, deux jeunes hommes ont été tués en manipulant leur drone. Il s’agit du fils d’Alghabass Ag Intallah et du jeune frère de Fahad Ag Almahmoud. Les deux attaques ne sont pas officiellement coordonnées mais au moins synchronisées. 

Dans la région de Tombouctou, au sud-ouest de Kidal, un autre convoi russo-malien parti de Niakunké pour rejoindre le nord a tué trois éleveurs touareg dans le secteur de Tin-Djarane, dans la commune de Gargando, le 14 février. Dans leur sillage, les soldats ont laissé « des habitations incendiées, des forages endommagés et du bétail abattu», écrit le journaliste en exil Mohamed Ag Ahmedou, originaire de cette région. Il a recueilli le témoignage accablé d’un chef de fraction de Gargando: « On a l’impression que l’armée et les Russes n’épargnent que ceux dont Dieu n’a pas voulu qu’ils meurent. Ils tuent tous ceux qu’ils rencontrent dans le désert, même les animaux et nos moyens de subsistance. »

Un rapport circonstancié

Ces agissements, systématiques de la part de Wagner à l’époque de son déploiement, nourrissent un soupçon de projet de nettoyage ethnique. Dans son rapport annuel 2025, récemment publié, le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad (CD-DPA) a d’ailleurs dénoncé « une intensification préoccupante des violences dirigées contre les populations civiles ». Il dénombre 374 incidents distincts de violations graves des droits humains imputables « principalement aux forces armées maliennes, opérant en collaboration, durant l’année considérée, avec les mercenaires du groupe Wagner (au cours de ses quatre derniers mois de présence) puis avec son successeur Africa Corps (durant ses sept premiers mois d’activité. »

Ces exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, actes de torture, arrestations arbitraires, destructions et pillages de biens civils, atteintes graves à l’environnement et violences sexuelles ont fait 553 morts, 366 blessés (parfois sous la torture), 414 victimes d’arrestation arbitraire, de disparition forcée ou d’enlèvement, 2622 cas de pillage ou de destruction de biens, 20 feux de forêt et 7 victimes de viol. Si l’on en croit le rapport, les incidents commis par les FAMA et Wagner seraient au nombre de 155 (ayant fait 222 morts) et ceux commis par les FAMA et Africa Corps au nombre de 147 (ayant fait 278 morts). Les femmes et les enfants tués (149) l’ont été en majorité lors de frappes de drones, à l’origine de plus du quart du total des victimes.

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La CEMAC ou la comédie du développement https://mondafrique.com/decryptage/la-cemac-ou-la-comedie-du-developpement/ https://mondafrique.com/decryptage/la-cemac-ou-la-comedie-du-developpement/#respond Wed, 25 Feb 2026 05:18:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147595 Alors que la Communauté économique de l’Afrique centrale est à l’arrêt depuis le début de l’année, faute d’argent, Venance Konan s’interroge sur la sincérité du projet de développement de ses membres.  Par Venance Konan La CEMAC, c’est la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Elle a été créée le 16 mars 1994 et regroupe […]

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Alors que la Communauté économique de l’Afrique centrale est à l’arrêt depuis le début de l’année, faute d’argent, Venance Konan s’interroge sur la sincérité du projet de développement de ses membres. 

Par Venance Konan

La CEMAC, c’est la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Elle a été créée le 16 mars 1994 et regroupe le Gabon, le Congo Brazzaville, la Guinée Équatoriale, la Centrafrique, le Cameroun et le Tchad. Elle a pour objectif de favoriser l’intégration économique, d’assurer la stabilité monétaire et de promouvoir la libre circulation des personnes et des biens. Depuis quelque temps, la CEMAC est à l’arrêt, faute de ressources financières. Et la situation est tellement grave qu’elle menace la survie même de l’organisation qui a dû suspendre toutes ses activités prévues au budget 2026, ne maintenant que celles jugées « hautement stratégiques». En cause, le non versement par les États membres de la taxe communautaire d’intégration qui alimente le budget de l’organisation. Cette taxe, pourtant perçue par les États membres sur les importations, n’est cependant pas reversée à la CEMAC. À l’exception du Gabon.

Des ressources naturelles abondantes

Donnons rapidement quelques informations sur les pays membres de la CEMAC.

Le Gabon : avec une population de 2,63 millions de personnes, il est un important producteur de pétrole – 230 000 barils/jour – et dispose de réserves évaluées à deux milliards de barils. Il est également le 2ème ou 3ème producteur mondial de manganèse, a une réserve en fer estimée à deux milliards de tonnes, et possède de l’or, de la potasse, de l’uranium, du cuivre et des terres rares.

Le Congo Brazzaville : avec une population de 6,6 millions de personnes, il est le 4ème producteur de pétrole de la région – 270 000 barils/jour – et a des réserves estimées à 1,8 milliard de barils. Il possède aussi de la potasse, du fer, du cuivre, du zinc, de l’or, du diamant et du phosphate. La forêt couvre 70% de son territoire.

La Guinée équatoriale : sa population est de 1,98 millions d’habitants. Elle produit 70 000 barils/jour de pétrole et dispose de réserves estimées à 1,1 milliard de barils.

La Centrafrique : le pays compte 5,6 millions d’habitants et dispose d’or, de diamants, d’uranium, de fer, de cuivre et de pétrole. Mais seuls l’or et le diamant sont exploités de manière industrielle pour le moment.

Le Cameroun : sa population est de 30 millions d’habitants et il possède de l’or, des diamants, du nickel, et une réserve de pétrole de 200 millions de barils, pour une production de 58 000 barils par jour.

Le Tchad : avec une population de 20 millions de personnes, le pays dispose d’or, d’uranium et de pétrole – avec une réserve prouvée de 1,5 milliard de barils – de la bauxite et des métaux polymétalliques.

Pauvres, dites-vous ? 

On peut difficilement dire que ces pays sont fauchés. À l’exception, peut-être, du Tchad et de la Centrafrique, qui n’ont pas accès à la mer –ce qui n’a pas empêché le Président du premier de s’acheter des vêtements pour plus d’un milliard de francs CFA et l’empereur du second, en son temps, d’offrir des diamants à un président de la France. Au Gabon, des collaborateurs de l’ancien Président récemment déchu, qui ont été arrêtés, possédaient des dizaines de milliards de francs CFA sur leurs comptes en banque. Le fils du président de la Guinée Équatoriale lui, défraie régulièrement la chronique avec ses dépenses somptuaires en France et ailleurs en Europe ainsi qu’aux États-Unis. Concernant le Congo, on a appris en janvier dernier que la justice norvégienne avait inculpé deux hommes et une filiale d’un groupe pétrolier norvégien pour avoir versé environ 25 millions de dollars de pot-de-vin au président Denis Sassou N’guesso et à ses proches. Au Cameroun, il est vrai qu’avec un Président cacochyme de plus de 92 ans qui passe le plus clair de son temps à l’hôtel Intercontinental de Genève, le pays est en pilotage automatique depuis de longues années. Reste qu’il est l’une des économies les plus dynamiques de la région.

Alors pourquoi ces pays ne peuvent-ils pas financer la CEMAC ? Parce qu’à l’évidence, l’intégration des économies de cette région et, au-delà, le développement de leurs pays est le cadet des soucis de leurs dirigeants. Ce qui nous amène à nous poser à nouveau cette question de l’essayiste camerounaise Axelle Kabou dans son essai au titre éponyme « et si l’Afrique refusait le développement ? » paru en 1991. Ou, pour citer l’ouvrage d’un autre essayiste africain, l’Ivoirien Alain Tailly, ne sommes-nous pas en train de jouer « la comédie du développement » ?

Puisqu’on nous a dit que pour nous développer, il fallait passer par l’intégration de nos économies, comme le fait l’Union européenne, nous avons donc créé des organisations censées réaliser cette intégration ; nous avons été jusqu’à copier les institutions de l’Union européenne avec des commissions et des commissaires à n’en plus finir (à l’exemple de l’Union africaine). Et puis, nous refusons de donner à ces organisations les moyens de vivre et de jouer leur rôle.

Qu’il est long, très long, le chemin vers ce fameux développement que l’on promet depuis tant d’années aux populations africaines !

La CEMAC en panne sèche

 

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Uranium du Niger : vraie-fausse ouverture dans le conflit avec Orano https://mondafrique.com/international/niger-vers-un-cessez-le-feu-avec-orano-sur-luranium/ https://mondafrique.com/international/niger-vers-un-cessez-le-feu-avec-orano-sur-luranium/#respond Tue, 24 Feb 2026 05:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147601 Le Niger et le minier Orano ont paru ouvrir une fenêtre de discussion ces derniers jours, pour sortir du bras de fer engagé sous l’influence de l’Élysée – partisan de la manière forte – depuis la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire de Niamey, en juin dernier. Lors d’une conférence de presse vendredi […]

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Le Niger et le minier Orano ont paru ouvrir une fenêtre de discussion ces derniers jours, pour sortir du bras de fer engagé sous l’influence de l’Élysée partisan de la manière forte depuis la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire de Niamey, en juin dernier. Lors d’une conférence de presse vendredi sur les résultats du groupe, le directeur général d’Orano, Nicolas Maes, s’est dit prêt à «amorcer le dialogue». Quelques jours plus tôt, le général Abdourahamane Tiani avait, lui, proposé de restituer à la compagnie française sa quote-part du yellow cake produit avant la nationalisation. Mais ces ouvertures ont peu de chances d’être suivies d’effets, tant les deux parties campent sur des positions incompatibles. 

Par Paolo Vieira

Abdourahamane Tiani, lors de son interview du 14 février, s’est dit prêt à transférer à Orano la part qui lui revient dans le cadre des accords de co-entreprise entre les deux parties, soit 63,4% des 156 tonnes d’uranate produites avant la nationalisation de la Somaïr une quantité qu’Orano tient pour ridicule. Le conflit entre le Niger et Orano avait éclaté quand la compagnie française avait déconnecté la production de l’uranium à la Somaïr, commandée à distance à partir de la France, au lendemain du coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum. Orano avait invoqué des difficultés d’approvisionnement en intrants dues à la fermeture de la frontière avec le Bénin. Les techniciens nigériens ont ensuite relancé la production par eux-mêmes et le gouvernement de Niamey en a conclu qu’il valait mieux, dans l’avenir, se débrouiller tout seul. La nationalisation est devenue, dès lors, une évidence.

À travers la presse française, le président Macron tient à présenter la position nigérienne comme une capitulation. Pourtant, le général Tiani ne semble pas disposé à aller au-delà de ce qu’il a dit expressément dans son interview, où il a ironisé sur le fait que le Niger était même prêt à «envoyer» cet uranium à Orano. «S’ils veulent qu’on leur envoie cela, nous pouvons même payer le transport», a-t-il dit. Mais il n’y aura pas de retour sur la nationalisation, a-t-il martelé. 

Opération Madmax

Il y a quelques semaines, Orano et tous les relais de l’Élysée en Afrique avaient lancé l’opération «Madmax», pour alerter le monde entier sur le risque nucléaire présenté par la vente et le transfert du stock national d’environ 1000 tonnes, après le départ d’Arlit, dans le nord du Niger, d’un convoi transportant ce chargement de yellow cake. Une fois le stock d’uranium arrivé dans la capitale, l’aéroport de Niamey a été le théâtre d’une attaque djihadiste revendiquée par l’État islamique, dans la nuit du 28 au 29 janvier, organisée avec l’appui d’un effectif emprunté au Nigeria. Le psychodrame n’était pas terminé. Orano promettait de poursuivre son offensive juridique contre l’État nigérien mais aussi contre « quiconque voudrait mettre la main » sur ce stock d’uranium qui vaudrait, à l’en croire, 300 millions d’euros.

Le président Macron en a fait un grief de plus contre le Niger, contre lequel il garde rancune depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Alors que le stock d’uranium devait prendre la route du Togo, via le Burkina Faso, Emmanuel Macron s’est saisi personnellement du dossier. Pour les dissuader de laisser transiter la cargaison, il a assuré à Faure Gnassimgbe, en octobre 2025, puis au maréchal Kaka Déby, en janvier 2026, que cet uranium appartenait à Orano et que sa vente était donc illégale. Pour faire bonne mesure, il a menacé d’une intervention navale et militaire contre le Togo à partir du Bénin, si Lomé s’aventurerait à accueillir l’uranium.

C’est une mauvaise manière qui est faite que d’exercer des pressions sur ces deux personnalités particulièrement sensibles au respect de leur souveraineté. Le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, livré au Burkina Faso par la justice togolaise le 17 janvier (après être apparu dans une énième tentative de renversement d’Ibrahim Traoré en fin d’année), en a sans doute fait les frais. Et d’autres sanctions viendront, latérales mais blessantes.

L’usure atomique

L’autre erreur du président français réside dans l’engagement sans réserve de la France aux côtés d’Orano, ex Areva, dont le comportement au Niger n’est pas exemplaire. L’entreprise Orano, spécialisée dans le cycle du combustible nucléaire, exploite depuis cinquante ans deux mines d’uranium dans le nord du Niger : la Somaïr (1967) et la Cominak (1975), avec des conséquences environnementales qui ont été plusieurs fois dénoncées. La Cominak a fermé en 2021 du fait du tarissement du gisement.

Orano a suivi les consignes de l’Élysée après le renversement du gouvernement Bazoum, dont certains des ministres les plus influents étaient de hauts cadres des Mines. Le mot d’ordre était l’asphyxie du Niger en coordination avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest. La France reprochait aux nouveaux dirigeants du Niger leur hostilité à l’égard d’Orano. En cause, le retrait, en 2024, du permis de grande exploitation du gisement d’Imouraren – présenté à l’annonce du projet comme la future plus grande mine d’Afrique. Plus tard, après le coup d’État et les blocages d’Orano, le Niger a nationalisé, comme il en a le droit, la Somaïr. Il détient désormais la totalité du capital de cette société. La Somaïr exploite le dernier gisement de l’Aïr en activité, après le retrait du permis d’Imouraren et la fermeture définitive du site de la Cominak.

Pourquoi Bazoum a-t-il retiré le permis d’Imouraren ?

La presse française a fait beaucoup de bruit autour de la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire du Niger, en juin 2024. Mais elle a eu tendance à confondre cet événement avec le retrait du permis d’Imouraren avec ses 200 000 tonnes de réserves au géant français. En réalité, Orano a perdu Imouraren sous le gouvernement de Mohamed Bazoum, dans le cadre d’un contrat signé le 4 mai 2023, donc avant l’avènement de la junte. Afrique Intelligence en avait alors rendu compte. «La tension est sourde entre Orano et Niamey. Officiellement, les relations entre le géant français (…) et la ministre des Mines nigérienne restent cordiales. Mais en coulisses, l’ambiance est tout autre : depuis un an, ces derniers se livrent à une passe d’armes sur le statut du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren (…). Alors que l’exploitation du gisement d’uranium semble repoussée indéfiniment par le géant minier pour des questions de rentabilité, les autorités nigériennes considèrent que le permis d’exploitation d’Orano délivré en 2009 est désormais caduc», écrit la lettre confidentielle en février 2023. 

Dans un article du 5 mai 2023, Jeune Afrique avait également bien décrit l’accord global de partenariat conclu en 2023, où il n’était plus question d’exploiter Imouraren avant 2028 mais plutôt d’épuiser l’Aïr jusqu’en 2040 et de faire quelques cadeaux d’indemnisation au parti socialiste au pouvoir. Les discussions avec Orano ont permis de « voir comment l’exploitation pourrait durer le plus longtemps possible avec de nouveaux permis, de nouveaux moyens pour réduire les charges, et voir comment la durée de vie de la mine pourrait être prolongée », expliquait alors Hadizatou Ousseini Yacouba, la ministre des Mines du Niger, lors de la signature de l’accord avec Nicolas Maes, le DG d’Orano. Le rêve d’Imouraren était alors déjà enterré par le Président déchu.

Pour la France, comme pour Niamey, il est donc déterminant de disposer du stock disponible car la mise en valeur des autres gisements uranifères sera longue et difficile. Les obstacles s’amoncèlent : Imouraren n’a pas les réserves annoncées, le site ne peut pas être creusé sans risques sur la nappe phréatique, la situation de sécurité sur place est instable etc. Il faudra s’interroger également sur la responsabilité du président renversé qui, en 2023, laisse Orano se dégager de toute responsabilité par rapport à ce site et l’exonère de son attitude politique calamiteuse durant les décennies passées.

Le double jeu

Le passif d’Orano est lourd dans bien des domaines et il a été documenté en son temps. Dans ses relations avec les mouvements rebelles, par exemple. En 2007, l’État nigérien, bien avant le coup d’État, avait expulsé Dominique Pin, directeur général d’Areva au Niger, à qui il reprochait d’avoir financé les rebelles touareg du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) en vue de « protéger le site de prospection d’uranium d’Imouraren ». Dans ce cas de figure, Orano n’était pas une cible ou une victime mais plutôt une bénéficiaire des services du mouvement rebelle en échange de financements en sa faveur. D’après Youssoufou Hamadou Daouda (auteur de « Responsabilité sociétale des multinationales en Afrique Subsaharienne : enjeux et controverses, cas du groupe AREVA au Niger» Volume 14, numéro 1, mai 2014, Université du Québec à Montréal et Éditions en environnement VertigO), « ce soupçon est renforcé à la suite du ralliement au MNJ d’un officier de l’armée nationale préalablement recruté pour assurer la sécurité des sites d’Orano et ayant perçu de la part du groupe environ 85 000 euros ».

Par la suite, une meilleure formule avait été trouvée. Celle-ci consistait à confier la sécurité du site à une société de conseil, Épée, dirigée par un ancien officier supérieur français flanqué d’un ancien officier supérieur nigérien. Même si la société Épée n’a pas empêché la prise d’otage des employés d’Orano par Al Qaida au Maghreb islamique en 2010, sa constitution a permis d’être en conformité avec les attentes de l’État nigérien.

Le déficit français

Du fait du harcèlement politique et militaire constant de l’Élysée et du refus d’Orano de prendre en compte sa responsabilité sociale et environnementale, la France vient de perdre un partenaire minier important pour sa filière d’énergie atomique. L’uranium nigérien prend chaque jour de la valeur sur un marché international en tension. Le convoi Madmax de la propagande anti-nigérienne ne prendra pas la route de l’enfer pavée des embuscades djihadistes mais sans doute plutôt l’avion. Comme dans une guerre de position du passé, le président Macron croit avoir bloqué la sortie libyenne, après celle du Togo. Mais Framatome le rappellera à l’impératif de la production électrique tant EDF dépend du russe Rosatom pour la production de combustible comme pour le traitement des déchets, qu’Orano ne peut plus assurer. 

La campagne dénigrant la nationalisation de la Somaïr a martelé que la France n’avait pas besoin de l’uranium du Niger. C’est sans doute vrai. Mais il va falloir acheter l’uranium d’autres pays beaucoup plus cher. Le gouvernement du Niger semble désormais jouer le droit et Orano pourra enlever les tonnes qui lui reviennent au prorata de ses parts avant nationalisation. Il est peu probable qu’il s’en contente. 

Le ministre de la justice du Niger, dans le fil du droit à réparation pour lequel militent Lomé et Alger, va demander que les années de spoliation sur les prix et les impôts soient prises en compte. Areva et Orano ont longtemps acheté une partie de la vieille classe politique nigérienne avec des contrats de fournitures et des sous-traitances. En contrepartie, toute tentative de réévaluer la redevance ou de faire payer l’impôt sur les sociétés était combattue par Paris, son ambassade à Niamey et ses alliés locaux. Ce modèle colonial s’est effondré et une nouvelle gouvernance des ressources naturelles du Niger s’esquisse dans un cycle haussier des matières premières énergétiques et critiques que se disputent les États-Unis et la Chine. La France, malgré ses gesticulations autour de l’Alliance des États du Sahel, y comptera peu.

 

 

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Série Epstein-Afrique (5). Le Nigeria comme terrain de jeu https://mondafrique.com/international/serie-epstein-afrique-5-le-nigeria-comme-terrain-de-jeu/ https://mondafrique.com/international/serie-epstein-afrique-5-le-nigeria-comme-terrain-de-jeu/#respond Mon, 23 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147468 Pendant plus d’une décennie, le délinquant planétaire, allié à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, a transformé l’instabilité provoquée par Boko Haram en opportunité commerciale. Avec Bill Gates, il s’est invité dans la stratégie vaccinale du pays. Dans les deux cas, les documents de la justice américaine révèlent un cynisme et un racisme décomplexés. Boko […]

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Pendant plus d’une décennie, le délinquant planétaire, allié à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, a transformé l’instabilité provoquée par Boko Haram en opportunité commerciale. Avec Bill Gates, il s’est invité dans la stratégie vaccinale du pays. Dans les deux cas, les documents de la justice américaine révèlent un cynisme et un racisme décomplexés.

Boko Haram, une aubaine !

Le partenariat entre Barak et Epstein remonte au début des années 2000. Plus de quinze ans de relation personnelle et professionnelle, des investissements communs, des voyages et une méthode rodée : utiliser l’instabilité comme porte d’entrée commerciale.

Au Nigeria, le prétexte est la sécurité. Dès 2012-2013, Barak organise des voyages en Afrique de l’Ouest sous couvert de projets médicaux, de construction d’hôpitaux et de centres de diagnostic. En coulisses, il s’agit plutôt de négociations sécuritaires. Une conférence de cybersécurité à Abuja servira de décor pour rencontrer le Président de l’époque, Goodluck Jonathan. Comme à Abidjan à la même époque, il s’agit d’introduire les technologies de surveillance israéliennes, présentées ici comme des solutions à l’insurrection djihadiste.

La Palestine, terrain d’expérimentation

Les entreprises israéliennes qu’Epstein et Barak font entrer au Nigeria ont un argument de vente particulier : leurs technologies sont éprouvées sur le terrain. Comprendre : testées contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Le système biométrique utilisé au point de passage d’Erez pour la reconnaissance faciale et la mesure des mains des Palestiniens est ainsi proposé au gouvernement nigérian. Elbit Systems décroche un contrat de surveillance internet de 40 millions de dollars. Des systèmes biométriques sont installés dans des universités nigérianes, dont Babcock, sous couvert de monitoring sécuritaire. Le parlement nigérian s’oppose à certains de ces contrats, mais les autorités nigérianes passent outre.

En 2014, le nord du Nigeria brûle sous les attaques de Boko Haram. A Chibok, des centaines de lycéennes sont enlevées. Epstein écrit alors à Barak : « Avec les troubles civils qui explosent et le désespoir de ceux au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour toi ? ». L’ancien Premier ministre israélien lui répond froidement : « Tu as raison dans un sens. Mais ce n’est pas simple de transformer ça en flux de trésorerie. »

En 2020, des associés de Barak contribuent à un projet financé par la Banque mondiale pour les infrastructures du Nigeria. La lutte contre Boko Haram a fait son office : elle a ouvert des portes commerciales dans le pétrole, les ports, la logistique. Le scénario est bien rodé : Barak apporte ses connexions, Epstein son carnet d’adresses. Depuis la publication des documents, Barak a exprimé des regrets bien dérisoires, les faits parlent d’eux-mêmes et resteront dans l’histoire.

« Des bougies et des miroirs »

Barak et Epstein ont fait du Nigeria un marché ; Gates et Epstein en ont fait un laboratoire. En mars 2013, Boris Nikolic, conseiller scientifique en chef de Bill Gates, échange une série d’e-mails avec Jeffrey Epstein. Leur sujet : la résistance des populations du nord du Nigeria aux vaccins antipolio de la Fondation Gates. La méfiance des populations n’est pas irrationnelle. Elle s’enracine au contraire dans un traumatisme bien réel. Dans les années 1990, dans la région de Kano, le laboratoire pharmaceutique Pfizer avait utilisé des enfants nigérians comme cobayes pour tester illégalement un médicament contre la méningite, le Trovan. Résultats : au moins onze morts et de nombreux autres enfants survivant avec de terribles séquelles, sourds, aveugles, paralysés ou encore avec des lésions cérébrales.

Epstein et NiKolic n’ont que faire de ce contexte. Pour outrepasser les craintes légitimes des populations nigérianes, le premier propose au second une solution : « Si Gates veut obtenir leur consentement, il a besoin de bougies et de petits miroirs, comme les Américains l’ont fait avec leurs Indiens. » Des propos qui laissent sans voix. La réponse de Nikolic est plus révélatrice encore. Le conseiller scientifique de la plus grande fondation de santé au monde écrit à un financier condamné pour crimes sexuels, sans aucune expertise en santé publique : « Je préfère solliciter votre opinion plutôt que celle de 1 000 experts mondiaux de la santé. » La Fondation Gates finance l’OMS. Epstein, lui, fourni la Fondation Gates en idées. La boucle est bouclée.

Le projet Molécule

La relation entre Epstein et l’écosystème Gates dépasse largement quelques échanges d’e-mails. En février 2011, la banque JPMorgan cherche à concevoir un fonds philanthropique de 150 millions de dollars pour Bill Gates. Pour ce faire, elle consulte Epstein, pas Gates. Epstein livre un plan clé en main incluant une branche offshore dédiée aux vaccins. Trois jours plus tard, un texte de 14 pages, le « Projet Molecule » est publié, avec le nom de Gates dans le titre.

Comme Barak, Gates se confond en regret, en précisant que leurs rencontres visaient à mobiliser des ressources pour la santé mondiale. La Fondation Gates a confirmé qu’aucune collaboration formelle n’avait abouti. Mais la question n’est pas celle-ci. Comment un homme déjà condamné en 2008 pour crimes sexuels pouvait-il peser sur la stratégie vaccinale en Afrique au point que le conseiller scientifique de Gates préférait son opinion à celle de mille experts ? 

Plus on se plonge dans ces dossiers, plus la sidération est totale. Chaque document révèle un peu plus l’étendue d’un système où la prédation, le cynisme et le racisme coexistaient paisiblement au sommet du monde.

Références :

L’email central (2014) Documents DOJ publiés par le US House Oversight Committee, repris et analysés par Drop Site News et Daily Trust. Email Epstein→Barak : « isn’t this perfect for you » / réponse Barak : « not simple to transform it into a cash flow. »
Le contrat Elbit Systems Documents DOJ, analysés par Daily Trust (dailytrust.com, investigation publiée début 2026) : contrat de surveillance internet de 40 millions de dollars accordé à Elbit Systems malgré l’opposition du parlement nigérian, consécutif à la conférence de cybersécurité d’Abuja en 2013.
Le volet DP World/ports Correspondances de 2018 publiées par le DOJ, analysées par Al Quds English (alquds.com) : échanges entre Epstein, Sultan Ahmed bin Sulayem (chairman DP World, depuis démis de ses fonctions) et des officiels du fonds souverain nigérian sur les ports de Lagos et Badagry.

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La Centrafrique s’achemine vers le despotisme https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/ https://mondafrique.com/politique/en-centrafrique-le-chemin-du-despotisme/#respond Sat, 21 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147343 Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la […]

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Dans la Centrafrique de Faustin‑Archange Touadéra, l’autoritarisme n’avance plus masqué. Il parade au grand jour, fort de l’impunité qu’offre la 7ᵉ République naissante. Sous couvert d’un discours de stabilité et de patriotisme, le pouvoir a franchi une nouvelle étape : il s’arroge le droit de redéfinir qui appartient à la nation. Dans cette mécanique implacable, la nationalité devient une arme politique, et Anicet Georges Dologuélé, figure majeure de la vie politique du pays, une cible emblématique.

Par la rédaction de Mondafrique

Le passeport comme instrument de chantage politique

Depuis quelques temps, la rumeur enfle dans les chancelleries : Touadéra aurait conditionné la restitution du passeport centrafricain de Dologuélé à une reconnaissance publique de sa victoire électorale. Ce qui, ailleurs, relèverait de la pure fantaisie autoritaire se banalise à Bangui.

Les documents d’état-civil, jadis symboles d’appartenance commune, deviennent outils de contrôle personnel. Le passeport, censé incarner la citoyenneté, se transforme en laisse politique. Dans cette République qui contourne toutes les règles de droit, la question n’est plus juridique mais existentielle : qui décide désormais de qui est centrafricain ? La Constitution ou le président ?

L’apatridie comme punition

Pourtant, le Conseil constitutionnel a parlé. Le 14 novembre 2025, il le rappelle avec clarté : Dologuélé n’a jamais perdu sa nationalité centrafricaine. La plus haute juridiction du pays a tranché. Mais la loi, en Centrafrique, ne suffit plus. Le pouvoir exécutif la piétine avec méthode.

Les correspondances de l’opposant et ancien Premier ministreadressées au ministère de l’Intérieur, à l’Assemblée nationale restent lettre morte. Et lorsqu’il dépose un dossier complet pour un nouveau passeport, c’est un mur silencieux qu’il rencontre : “instructions de la hiérarchie”.

Ainsi, un homme que le droit reconnaît comme citoyen est, par la volonté du chef de l’État, transformé en apatride dans son propre pays. L’État ne dit plus le droit ; il exerce la vengeance.

La diplomatie de la fidélité

Le même caprice s’étend au domaine symbolique. Le passeport diplomatique, jadis attribué, par tradition républicaine, aux anciens Premiers ministres ou présidents de l’Assemblée nationale, devient lui aussi objet de chantage. Touadéra aurait tranché : Dologuélé n’y aura plus droit, même s’il est réélu député. Ce privilège sera désormais réservé aux fidèles du régime.

En rompant avec deux décennies de continuité institutionnelle, le pouvoir envoie un message clair : la dignité républicaine n’est plus une fonction, elle se mérite par soumission.

Quand l’exécutif méprise la loi

Ignorer une décision du Conseil constitutionnel, ce n’est pas la manifestation d’un désordre administratif : c’est une fracture institutionnelle majeure. C’est accepter qu’un homme, fût‑il Président, s’élève au‑dessus de la loi. Or, dans la République centrafricaine de 2026, ce glissement n’est plus accidentel mais systémique. Les contre‑pouvoirs sont neutralisés, les institutions réduites au silence, et la légalité ne vaut que dans la mesure où elle sert le clan présidentiel.

Une nation confisquée

Derrière le cas Dologuélé, c’est la citoyenneté tout entière qui chancelle. Si un le chef de file de l’opposition peut être dépouillé de ses droits fondamentaux, qui peut encore se dire protégé ? La nationalité, censée unir, devient un privilège accordé sous condition. Le pouvoir a transformé le lien civique en pacte de soumission. Et ainsi se referme le piège : dans un État où la loi ne s’applique qu’à ceux qui obéissent, la République devient fiction.

Qu’elle semble loin, la Centrafrique de Boganda, terre d’union et de travail, égarée aujourd’hui dans la dérive d’un pouvoir d’un seul, aux dépens de la dignité des hommes.

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Ben Ali/Kaïs Saïed, deux dictateurs tunisiens que tout oppose https://mondafrique.com/a-la-une/de-ben-ali-a-kais-saied-plus-de-differences-que-de-continuite/ https://mondafrique.com/a-la-une/de-ben-ali-a-kais-saied-plus-de-differences-que-de-continuite/#respond Fri, 20 Feb 2026 05:08:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147452 En dépit des apparences, Kaïs Saïed n’a pas ramené la Tunisie au temps de Ben Ali. Les différences sont substantielles entre les deux régimes. Mais derrière elles, les structures à l’origine de la dérive autoritaire et de l’injustice sociale demeurent. C’est là que se joue la possibilité de renouer avec une trajectoire démocratique. Par Selim […]

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En dépit des apparences, Kaïs Saïed n’a pas ramené la Tunisie au temps de Ben Ali. Les différences sont substantielles entre les deux régimes. Mais derrière elles, les structures à l’origine de la dérive autoritaire et de l’injustice sociale demeurent. C’est là que se joue la possibilité de renouer avec une trajectoire démocratique.

Par Selim Jaziri

Deux présidents, Ben Ali et Kaïs Saïed, réunis en un seul visage, celui de la contre-révolution. C’est la banderole choc, avec pour slogan «Nous ne refermerons pas la parenthèse de la révolution », sous laquelle quelques centaines de manifestants ont défilé à Tunis à l’occasion du 15ème anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier. L’idée revient souvent en effet que Kaïs Saïed aurait ramené la Tunisie au temps de la dictature d’avant la révolution.

Les partisans du Parti social destourien, héritiers assumés du régime de Ben Ali dont ils défendent toujours le bilan et qui tiennent la révolution pour le fruit d’un complot américain, ne partagent pas cet avis. Leur cheffe de file, Abir Moussi, a été condamnée en décembre dernier à douze ans de prison et c’est au nom de la démocratie qu’ils s’opposent aujourd’hui à Kaïs Saïed.

Naturellement, le parallèle a déplu également aux partisans du Président actuel qui prétend au contraire remettre la révolution sur les rails dont elle aurait dévié depuis 2011. Bien des aspects suggèrent pourtant un retour en arrière : l’ouverture du journal de 20 heures de la chaîne nationale par les faits et dires du Président, les procès d’opposants et l’instrumentalisation de la Justice par le pouvoir, la peur de s’exprimer en public, les restrictions de la vie associative… Mais si le parallèle a le mérite d’alerter sur la régression des libertés depuis 2021, il est simpliste de réduire le régime de Kaïs Saïed à une simple restauration. L’enjeu d’une bonne description du système politique n’est pas simplement théorique. Espérer la répétition du scénario de 2011 et parier sur une chute de Kaïs Saïed pour revenir à la démocratie, comme celle de Ben Ali avait ouvert la voie à la transition, est une illusion. Les différences sont substantielles et les tâches d’un renouveau de la révolution démocratique dépassent de loin le changement d’un dirigeant.

Le discours de légitimation

Ben Ali s’inscrivait dans la suite de la conception de Habib Bourguiba de l’État comme instituteur du peuple et de la nation à composer à partir « d’une poussière d’individus, d’un magma de tribus, tous courbés sous le joug de la résignation et du fatalisme », selon la formule de Bourguiba. Une élite sûre de son droit de gérer l’État se chargeait de faire le bien d’un peuple immature, quitte à mater ses impulsions anarchiques. Les destouriens se réclamaient de la philosophie des Lumières pour justifier la transformation par le haut de la société. La valeur que prétendait ajouter Ben Ali au bourguibisme était d’instituer progressivement une démocratie calquée sur la conception libérale européenne. La répression des islamistes justifiait, aux yeux des partenaires européens notamment, les entorses « temporaires » aux libertés.

Kaïs Saïed porte, lui, des conceptions diamétralement opposées. Son slogan de campagne était « le Peuple veut », inspiré directement de celui de la révolution. Tout son dispositif est censé s’appuyer sur le principe d’une volonté populaire immanente qui se serait exprimée dans les premiers mouvements de la révolution et dont il serait le porte-parole. En son nom, il s’est assigné la mission de restituer au peuple le pouvoir accaparé après la révolution par des fonctionnaires à la solde d’intérêts privés, des élites intellectuelles vendues aux influences étrangères et une classe politique qui s’est substituée à lui par le biais du gouvernement représentatif. La construction de « démocratie par la base » qu’il a instituée par le haut est censée rapprocher le peuple du pouvoir.

Pour restaurer la souveraineté, l’État doit retrouver la vocation « sociale » qu’il a perdue depuis les années 1970, c’est-à-dire redevenir pourvoyeur d’emplois, d’éducation et de santé, mais il doit être purifié de ses éléments corrompus et non-patriotiques. Là encore, Kaïs Saïed estime être le garant de ce redressement de l’État. De sorte qu’il incarne à la fois le peuple et l’État, et toute divergence est suspecte de trahison.

Jusqu’à présent, le ressentiment populaire à l’encontre des bénéficiaires de la transition démocratique et des carences de l’État lui a offert, au moins par défaut, un relatif soutien intérieur. Lors de la présidentielle de 2024, Kaïs Saïed a obtenu quasiment autant de voix qu’en 2019 (2,4 millions contre 2,7), même si la composition de son électorat a changé, désormais plus âgé et plus rural qu’en 2019. Mais la dynamique s’épuise et l’absence politique du « peuple » est à la mesure de son omniprésence dans la rhétorique saiedienne. La défiance populaire accumulée à l’égard de la classe politique n’offre pas davantage de prise à l’opposition démocratique.

Géopolitique du régime

Ces deux discours de légitimité induisent deux bases géopolitiques différentes. Sur ce registre aussi, Ben Ali s’est inscrit dans la continuité de Habib Bourguiba qui a toujours maintenu de bonnes relations avec la France et les États-Unis et tenait le nationalisme arabe pour une lubie régressive. Le régime de Ben Ali tirait une part de sa légitimité de sa reconnaissance par les pays européens et les institutions financières internationales. L’adhésion de la Tunisie au partenariat euro-méditerranéen de Barcelone en 1995 traduisait son adhésion, au moins formelle, à l’idée directrice promue par l’Union européenne d’une démocratisation progressive sous l’effet de la libéralisation économique. Dans les faits, le partenariat bénéficiait aux protégés du Président et permettait au régime de perdurer en donnant un minimum de gages sur ses intentions démocratiques.

Kaïs Saïed fonde au contraire sa légitimité interne sur sa capacité à s’affranchir de la tutelle occidentale, tant en termes de modèle politique que de dépendance financière. Après avoir bénéficié, lors de son coup de force de juillet 2021, du soutien de l’Égypte, des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite qui voyaient en lui le moyen d’écarter Ennahdha du pouvoir, il a revendiqué une affiliation avec ce qu’il reste du « Front du refus » anti-occidental, de Damas à Alger, et il s’est engagé dans un renforcement des relations avec l’Iran.

En contrepartie de l’appui financier et énergétique algérien, Kaïs Saïed a accueilli le chef du Front Polisario, Ibrahim Ghali, à l’occasion de la tenue du Forum économique Japon-Afrique en août 2022, une rupture avec la neutralité jusque-là observée par la Tunisie sur ce contentieux intra-maghrébin. Au prix d’une crise avec le Maroc. En avril 2023, il a éconduit le FMI en adoptant une ligne du « compter sur soi ».

Mais depuis, Bachar el Assad est tombé et Téhéran est plus pressé de négocier la survie de son régime avec les États-Unis que de miser sur les maigres retombées d’une relation avec Tunis. Ce sont paradoxalement le pari américain sur la stabilité et sur la possibilité de renforcer la coopération sécuritaire ainsi que l’appui européen, notamment sous l’influence italienne, en contrepartie du contrôle de la migration clandestine, qui constituent la base géopolitique réelle du régime. Les ressources internationales qu’offrait le grand récit démocratique aux opposants tunisiens sont largement épuisées.

La relation à l’appareil sécuritaire

Dans ce registre, la différence est flagrante. Ben Ali était un pur produit de l’appareil sécuritaire. Il en partageait la culture et la vision, en connaissait toutes les arcanes et toutes les ruses. La symbiose entre le pouvoir politique et les forces de police était telle que le ministère de l’Intérieur apparaissait comme le pivot du régime. Cet « État policier » reposait sur un quadrillage étroit de la vie sociale, notamment à travers les cellules du RCD (le parti du pouvoir) et un réseau d’informateurs. Depuis l’indépendance, ce dispositif a permis, par l’intimidation ou la violence, voire l’usage systémique de la torture, la répression de toute contestation et de toute politisation dissidente.

Kaïs Saïed, lui, est totalement étranger à ce sérail et l’appareil policier dont il a hérité a paradoxalement renforcé sa position au cours de la transition démocratique. Délégitimé en 2011 par son rôle dans la dictature de Ben Ali, il a démontré son utilité grâce à la lutte contre le djihadisme et il a contribué, par la création de syndicats de police, à donner aux forces de sécurité intérieure, désormais instituées en corporation, une expression publique et une capacité à instaurer un rapport de force avec l’État. En érigeant la « police républicaine » en principe, il a permis à cette dernière d’accéder à une autonomie à l’égard du pouvoir politique. Fort de cette position renouvelée, le corps sécuritaire a pu écarter toute forme de contrôle externe et garantir son impunité en échange de sa loyauté.

L’affaiblissement des contre-pouvoirs démocratiques permet aux forces de sécurité de débrider leurs penchants liberticides et de régler leurs comptes. La paranoïa du Président est aisément manipulable par des services qui détiennent l’accès aux renseignements. Mais il s’agit d’une convergence d’intérêts : l’appareil sécuritaire n’est plus le prolongement de la présidence. Le pouvoir ne dispose plus du maillage de la société qui assurait son emprise. Même si le chef de l’État peut certes compter sur l’appui de la Garde nationale et de la Garde présidentielle, on n’est plus en présence d’un « régime policier ». Et la sortie de Kaïs Saïed du jeu politique ne transformera ni les mentalités ni les pratiques de l’appareil sécuritaire.

Les modalités de la répression

La répression sous le régime de Ben Ali, dans le prolongement de celui de Bourguiba, visait essentiellement les deux familles politiques qui contestaient son fondement idéologique et appelaient à étendre la rupture post-coloniale à l’ordre économique et social (pour l’extrême
gauche) et à l’ordre culturel (pour les islamistes). La répression s’élargissait par cercles concentriques à tous ceux qui militaient pour le respect des libertés et la police matait violemment toute rébellion populaire. Le recours à la torture était organiquement lié à la relation de l’État avec la société, mais les incriminations étaient prévisibles et les procès respectaient les formes. Ce qui ne rendait pas la répression plus légitime.

Le pouvoir de Kaïs Saïed ne veut plus éradiquer une idéologie ni une force politique cherchant à conquérir l’État, comme c’était le cas pour Ennahdha. Le pouvoir actuel traque les réseaux d’influence réels ou supposés qui contestent sa légitimité. Les incriminations sont arbitraires, souvent sans rapport avec la politique ; l’interprétation des faits pour établir l’existence de complots est inspirée par la paranoïa. La contrepartie paradoxale de cette méthode, c’est que la torture n’est plus nécessaire. En revanche, les procès n’ont plus besoin des faits et des formes extérieures de la légalité pour condamner. La vérité judiciaire est écrite ailleurs. Si Ben Ali était une sorte de super ministre de l’Intérieur imposant la toute-puissance d’un État démiurge, Kaïs Saïed serait plutôt une sorte de super procureur, qui dicte son récit avec l’aide d’une ministre de la Justice entièrement dévouée à sa cause. Les affaires sont instruites et les verdicts prononcés sur injonction, par des magistrats tenus par la crainte de sanctions, en dépit des garanties constitutionnelles classiques, puisque le chef de l’État s’est arrogé le droit de révoquer tout magistrat « en cas d’urgence, ou d’atteinte à la sécurité publique ou à l’intérêt supérieur du pays » en vertu du décret-loi du 1er juin 2022.

Tributaire des transactions partisanes, la transition démocratique a échoué à renouveler le corps des magistrats et à poser les bases structurantes d’une indépendance judiciaire pour rompre avec une longue tradition d’instrumentalisation politique. Ce discrédit et la persistance des habitudes ont facilité l’offensive de Kaïs Saïed pour transformer le « pouvoir judiciaire » en simple « fonction juridictionnelle» au service de son entreprise politique.

Un pouvoir sans parti

Le pouvoir du régime de Ben Ali, comme celui de Bourguiba, était relayé jusque dans le moindre espace de la société, les quartiers et les entreprises par la présence de cellules du parti de l’État (le Parti socialiste destourien sous Bourguiba, le Rassemblement constitutionnel démocratique sous Ben Ali). Il était à la fois instrument de surveillance, voie incontournable de la promotion sociale et réseau de redistribution clientéliste. Le pouvoir de Kaïs Saïed ne dispose de rien de tel. Les sociétés communautaires, censées porter un modèle économique alternatif mais, surtout, permettre l’accès des exclus du système économique aux ressources publiques (le financement, la terre, l’emploi…) peuvent jouer un rôle dans la constitution d’une base sociale du régime. Mais il s’agit d’un maillage beaucoup plus faible, sans fonction coercitive, aux ressources limitées.

La défiance de Kaïs Saïed à l’égard des partis politiques et le système d’élections par la base qu’il a institué a fait, en revanche, émerger une nouvelle génération politique. Ce nouveau personnel, à la différence des candidats cooptés par le parti quasi-unique sous l’ancien régime, ne doit pas sa position à sa loyauté à l’égard du pouvoir. Même s’il adhère au projet de Kaïs Saïed, il conserve une relative autonomie que certains députés commencent à exprimer en critiquant ouvertement les insuffisances du Président dans la réalisation de ses objectifs. Ce qui a valu au plus virulent d’entre eux, Ahmed Saïdani, d’être arrêté pour « offense » au chef de l’État, le 4 février. Cet espace d’autonomie contrôlé peut, à terme, contribuer à une dynamique de démocratisation.

L’affairisme, la faille du régime

Le discrédit de Ben Ali auprès de la majorité des Tunisiens devait surtout à la rupture du contrat moral qui compensait les difficultés sociales par une redistribution marginale plus ou moins « juste » des faveurs de l’État. Quand la belle famille de Ben Ali, les Trabelsi, a exhibé sans pudeur les signes de sa richesse accumulée en accaparant toutes les opportunités économiques lucratives, au mépris de toute règle légale et administrative, le fondement de la légitimité du régime l’idée que l’État était au service de la construction nationale s’est effondré. Le renouvellement de ce contrat social était le message implicite de la révolution. La transition a échoué sur ce point fondamental.

Kaïs Saïed a capitalisé sur cette frustration et doit son arrivée au pouvoir à son image d’intégrité. Sans lien avec les milieux de l’argent, rien dans son ethos n’indique en effet un rapport intéressé au pouvoir. Tout obsédé qu’il est par les complots, on ne lui conteste pas une forme de sincérité. En revanche, des rumeurs de favoritisme et de népotisme prospèrent sur son frère, Naoufel Saïed, et surtout sur la sœur de son épouse, Atka Chebil, décrite par sa rivale Nadia Akacha, ancienne directrice de cabinet de Kaïs Saïed aujourd’hui condamnée, comme de plus en plus influente au Palais présidentiel. Rien qui atteigne cependant l’ampleur et la visibilité de la prédation des Trabelsi, mais si ces rumeurs venaient à s’amplifier voire à se confirmer, l’effet pourrait être dévastateur pour la présidence de Kaïs Saïed alors que les Tunisiens continuent de voir leur situation se dégrader et les carences de l’État s’accumuler.

Les chantiers de l’après Kaïs Saïed

Le retour à une trajectoire démocratique suppose des transformations qui vont bien au-delà de la question du dirigeant : dépasser la figure du « peuple » comme abstraction rhétorique, asseoir la légitimité du personnel politique, réformer l’appareil sécuritaire et le système judiciaire, transformer le système qui permet la collusion des pouvoirs économique et politique, rechercher un modèle économique qui garantisse à la fois la redistribution et les conditions matérielles de la souveraineté, construire des relations internationales qui préservent l’indépendance des choix nationaux… Rouvrir la parenthèse de la révolution, comme le clamaient les manifestants du 14 janvier, ne pourra pas se limiter au départ de Kaïs Saïed. L’avenir de la Tunisie reste à inventer.

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