Emmanuel Macron incite Mahamat Idriss Déby à libéraliser son régime

 Un vent de décrispation souffle sur le Tchad comme le montre la libération massive d’ex-rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) et les manifestants des « Transformateurs » arrêtés en octobre dernier. Ces gestes d’apaisement du nouvel homme fort, Mahamat Idriss Déby, le fils de l’ancien dictateur cornâqué par le président français, ne sont pas dénués d’arrière-pensées.

Une chronique de Francis Sahel

Le fils du dictateur Idriss Déby, décédé len avril 2023, a succédé à son père via un coup d’état familial inédit et totalement couvert par les autorités françaises

Que s’est-il passé dans la tête de Mahamat Idriss Deby, l’homme fort de la transition tchadienne depuis le décès en avril 2021 de son père Idriss Deby Itno ? Que cherche-t-il vraiment avec la volte-face de son régime en faveur des libertés et du respect des droits de l’homme ? 

Ces interrogations taraudent encore les observateurs, même plus avisés de la vie politique tchadienne depuis que Mahamat Idriss Deby dit Kaka a décidé de libérer près de 380 ex-rebelles du FACT, peu après leur condamnation à la prison à perpétuité. Environ 259 personnes condamnées, quant à elles, à la prison ferme pour leur participation à la manifestation organisée en octobre 2022 par les Transformateurs de l’opposant Succès Masra ont elles aussi toutes été graciées par le président tchadien. Ces mesures de clémence, surprenantes de la part d’un pouvoir réputée jusqu’ici pour sa brutalité, ont été précédées par d’autres gestes de décrispation. En effet, le pouvoir auto institué à N’Djamena avait levé dès janvier la mesure d’interdiction qui frappait les Transformateurs et six autres partis politiques accusés d’être les instigateurs des manifestations du 20 octobre 2022 qui ont fait environ 50 morts selon le pouvoir et au moins deux cents morts d’après les Transformateurs.  

Selon nos informations, le pouvoir de transition entend poursuivre cette dynamique de décrispation en favorisant le retour au pays de l’opposant Succès Masra actuellement réfugié aux Etats-Unis et des leaders de la Plate-Forme Wakit-Tama, ayant fui pour échappé à la vague de répression implacable qui a suivi le 20 octobre.

 

Un rapport accablant  

A l’examiner de près, ce revirement spectaculaire de Deby fils obéit à des considérations internes et à la pression amicale de certains défenseurs du régime tchadien, parmi lesquels le président français Emmanuel Macron. Après une posture guerrière et inflexible, marquée en octobre 2022 par des arrestations massives et des procès expéditifs suivis de condamnations fermes et massives, le pouvoir a été fragilisé par la publication, quelques mois plus tard, du Rapport de la Commission nationale des droits de l’homme du Tchad (CNDH, institution publique indépendante) qui a reconnu l’usage disproportionné de la force  et battu en brèche la théorie du complot pour renverser le pouvoir qui serait à l’origine de la manifestation.

Le rapport officiel a démontré qu’il était faux qu’une dizaine des membres de force de l’ordre aient été tués le 20 octobre 2022 par les manifestants

Dans leur rapport Mahamat Nour Ibedou, le président de la CNDH et ses collègues commissaires, ont également démonté les affirmations du pouvoir selon lesquelles une dizaine des membres de force de l’ordre ont été tués par les manifestants. Désormais dos au mur, Mahamat Kaka a finalement choisi de ne pas écouter les faucons du régime emmenés par son directeur de cabinet le général Idriss Youssouf Boy mais de lâcher du lest. Certains discrètement le suggéraient: ainsi le ministre de la justice Mahamat Alhabo, le ministre des Affaires étrangères Mahamat Saleh Annadif et le Conseiller chargé des droits de l’homme à la présidence Makaila Nguebla.

Emmanuel Macron a fermé les yeux après osn élection en 2017 sur les méthodes brutales et contraires aux droits humains du dictateur tchadien, Idriss Déby, aujourd’hui décédé.  

Emmanuel Macron, conseiller occulte 

La ligne de la modération et de l’ouverture envers l’opposition et la société civile est également celle défendue par Paris qui prône une gestion consensuelle de la seconde phase de la transition. 

 « Aidez-nous à vous aider », martèlent l’Elysée et le Quai d’Orsay aux dirigeants tchadiens. Le président Macron a redit le 6 février 2023 les termes de son deal avec Kaka lors d’un déjeuner de travail commun au palais de l’Elysée. En échange du maintien du soutien de la France à la transition, N’Djamena a été invité à faire des gestes forts en direction de l’opposition et de la société civile. Paris encourage également très fortement un rapprochement entre Kaka et le leader des Transformateurs Succès Masra, avec lequel le pouvoir français entretient, malgré tout, d’excellentes relations. Il vaut mieux avoir deux fers au feu, dit-on souvent. Surtout dans cette phase incertaine au Tchad.

Autre signe de cette volonté de la France d’accompagner la transition au Tchad, le Quai d’Orsay a organisé le 24 février dernier un séminaire regroupant des experts reconnus sur l’actualité tchadienne : Rolland Marchal, Jerôme Tubiana, Enrica Picco et Eric Tocpona, auteur du livre Essai sur la refondation de l’Etat tchadien, paru en 2021, chez l’Harmattan à Paris.

À l’ordre du jour de ce brainstorming, comment aider à la transition, et ne pas perdre le Tchad après le Mali et le Burkina Faso, mais sans toutefois que ce soutien à Deby fils vienne brouiller le discours de Macron sur le changement de politique africaine de la France. Une nouvelle politique, débarrassée des oripeaux de la Francafrique, que Macron a promise le 27 février 2023 pour le second quinquennat, à grands renforts de publicité.

Il reste que la ficelle du soutien à Kaka est trop grosse pour passer inaperçue. Comment ne pas croire  ç une logique française du « double standard »; selon qu’il s’agit du Tchad ou du Mali et du Burkina Faso?  

Boîte à Pandore 

Le grand gagnant de cette affaire, c’est « Kaka », le surnom donné à l’héritier Déby. La décrispation du climat actuel devrait lui permettre de dérouler le reste de son agenda : conduire sereinement la seconde phase de la transition qui va durer 24 mois et pouvoir se présenter à la présidentielle. D’ici au scrutin, il sera prêt à faire de nouvelles concessions pour se démarquer de l’héritage encombrant de son père. Pour lui, l’enjeu sera de réussir, avec les libérations massives d’ex-rebelles, de manifestants des Transformateurs, d’acteurs de la société civile et d’autres concessions, à convaincre ses compatriotes que le Tchad a bel et bien changé. Que la page de Deby père a été définitivement tournée.

Kaka avait déjà réussi à se distinguer une première fois de son père en cooptant à ses côtés les adversaires les plus farouches d’Idriss Deby Itno tels que Saleh Kebzabo, l’actuel Premier ministre, Mahamat Alhabo, président du Parti pour les libertés et le développement (PLD), ministre de la justice ou l’activiste Makaïla Nguebla.  

 Reste que la stratégie du jeune président pourrait être contrariée dans son propre à mesure que les échéances électorales vont se rapprocher. La passe d’armes entre l’Union pour la démocratie et le renouveau (UNDR) du Premier ministre Kebzabo et le Mouvement patriotique du salut (MPS) parti fondé par Deby père sur l’organisation du référendum constitutionnel en dit long sur les rivalités à l’intérieur du pouvoir que peut provoquer l’organisation des prochaines élections.  

Le Premier ministre de transition Kebzabo défend partout sa volonté d’organiser des élections libres, transparentes, démocratiques et inclusives. Ce n’est pas sûr que ce soit l’option de son président, notre ami « Kaka », qui voudra surtout d’une présidentielle qu’il pourra gagner à tout prix. 

   

   

2 Commentaires

  1. Le président français n’hésite pas à se mêler de se qui ne le regarde pas et bousculer les présidents étrangers en particulier les pauvres africains à respecter les droits de l’homme, comme si lui les respecte, alors les coups d’état de la France en Afrique sont légion depuis les années 60 (hier la cote d’ivoire aujourd’hui le Tchad)

  2. De quoi Emmanuel Macron se mêle ? Il n’a pas compris que l’Afrique ne veut pas de la tutelle du colonialiste. C’est fini le temps du néocolonialisme. Le Mali et maintenant le Burkina Fasso lui ont donné une leçon. Mais le voleur des richesse africaine, chassé par la porte, revient par la fenêtre. Oust, dehors les africains ont compris, certes avec un grand retard mais ont compris.

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