Côte d’Ivoire, la présidentielle de 2025 se gagnera sur le terrain (1/2)

À moins de NEUF mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire, le jeu politique garde encore tous ses mystères : personne ne sait toujours si l’ex-président Laurent Gbagbo, président fondateur du Parti des peuples africains- Côte d’Ivoire (PPA-CCI), pourra se présenter ou non au scrutin, du fait de son casier judiciaire. On n’est pas non plus certain de la validation de la candidature de Tidjane Thiam du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), confronté à l’écueil de sa double nationalité franco-ivoirienne.

Enfin, et ce n’est pas la moindre incertitude : le président sortant Alassane Ouattara n’a pas totalement levé le doute raisonnable sur sa plus que probable candidature. Dans ce brillant texte que Mondafrique publie en deux volets sous forme de Libre Opinion, le philosophe Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè dresse un état des lieux des forces politiques en présence, examine les stratégies de chaque camp et affirme que le scrutin, presque gagné d’avance, selon lui, pour le camp présidentiel en raison du bilan très positif de Ouattara, se jouera sur le terrain. 

Mamadou Djibo Baanè-Badikiranè, Philosophe

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La Côte d’Ivoire a connu deux faits politiques importants en 2024 :  l’élection du Président du Parti démocratique ivoirien (PDCI) et les « déguerpissements de 2024 ». Deux faits politiques dont la résonnance, disait-on, allait impacter le scrutin de 2025. Force est de reconnaître que les déplacés dédommagés, parfois réinstallés, n’ont pas ébranlé la tendance lourde de la moue nationale satisfaite du « Développemententisme alassaniste ». Une majorité très confortable dès le 1er tour de la Présidentielle du samedi 25 octobre 2025 est à portée de main du Rassemblement des Houphouëtistes pour le développement et la paix (RHDP).

Le piège de l’amalgame

Il reste au RHDP, première tâche, de mobiliser les électeurs pour garantir pour une participation massive pour le vote. Pourquoi ? Parce que ce scrutin aura l’allure d’une entame de relève générationnelle pivotale. Le pivot reste le Président Ouattara dans un cas comme dans l’autre. Au terme de ce mandat-pivot, les trois leaders prépondérants de la vie politique ivoirienne, prendront leur retraite pour défaut d’ambitions ou rivalités d’ambitions anesthésiées par le temps, la fatigue.

Le leadership en devenir de la prochaine génération est en embuscade pour 2030.  Pour autant, pour la présidentielle de 2025, il n’y a pas d’enjeu électoral pour le président Alassane Ouattara. La deuxième tâche politique pour l’équipe dirigeante du RHDP, c’est de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui, sournoisement, attisent les blessures de la crise post-électorale de 2010-2011 pour les amalgamer avec le brouhaha né des relocalisations de citoyens jadis installés sur des sites dangereux, les emprises d’infrastructures. Ceux que les oppositions baptisent les déguerpis. Parier sur une gronde sociale pour préparer un destin à la république insurgée, est risqué. Le destin n’est pas une punition, disait Albert Camus quand on fait des choix rationnels, je complète.  

 Aussi, le RHDP a tenu des concertations citoyennes et d’écoutes in situ pour briser les perceptions de précipitation, les procès en inhumanité. Toute démarche sociale, républicaine qui a répondu au concept de Faire Autrement. Une Côte d’Ivoire solidaire l’est parce que solide pour restituer le sens des responsabilités et de la cohésion. Montrer la compassion aux plus vulnérables sans rien céder sur l’ordre et le progrès.

Le Premier ministre Beugré Mambé l’a administré dans ses rencontres, conforme à cette attente d’amplification du fait que la Côte d’Ivoire est dans de bonnes mains. La raison en est simple. La campagne présidentielle de 2025 se gagnera sur le terrain. Lorsque l’adversaire est en déshérence territoriale, qu’il joue la surenchère rhétorique, alors lorsque le RHDP descend dans l’arène sociale, il exhibe la preuve que les oppositions politiques flottent, tiennent haut le narratif victimaire. Assez court.

Le viol des textes menace le PDCI

  Il y a donc mille raisons de penser que les oppositions sont fébriles. Il y a, prima facie, ce péché originel que le leadership du PDCI a commis : le court-circuit de ses textes là où le conservatisme institutionnel du président Bédié, tenait lieu de boussole de cohésion et de rassemblement autour du processus démocratique interne.  Le viol des textes dit la ruine de ce consensus procédural et l’abandon des atouts qu’il donnait à l’exécutif du parti pour les différents réglages au sommet.

Lorsque la légitimité démocratique renforce la légalité interne, elle offre droit de cité à la justice, à l’équité dans le traitement de chaque citoyen militant, porteur d’aspirations. De là aussi, sa force interlocutoire pour doper l’alignement des aspirations personnelles sur les moyens légaux pour l’atteinte de l’objectif commun : le PDCI au pouvoir.  

 Le bris de cette sagesse dérouta. Perçu comme forfaiture politique ou pratique discriminatoire ou mépris, il plomba l’horizon d’attente, l’aura du président du PDCI. Inversement, il galvanise encore d’autres porteurs d’aspirations comme le ministre Jean Louis Billon. Il attise les rivalités et bisbilles torrentielles au sommet. Ceux qui tiennent le gouvernail PDCI, ce grand parti, ont du mouron à se faire.

Car en vérité, la tenue statutaire de la Convention a déjà été vidée de sa charge de revitalisation politique et de réveil de la base militante. Perdre l’enthousiasme ou le scléroser avec les seuls partisans acquis, c’est perdre à l’avance le vote de gens indécis. Le suffrage universel ne se gagne pas avec ses seuls militants, surtout en Côte d’Ivoire.  

 Le duo Cowppli- Boni/Bombet du PDCI manœuvre donc dans l’impasse. L’argument tribal qui consiste à dire que la marionnette est vivante, étouffe la lucidité du Président Tidjane Thiam. C’est infructueux et le temps presse. Et la ruine du Secrétariat général, jadis, tenu de haute main par M. Maurice Kakou Guikahué, rajoute de la dispersion institutionnelle du parti à la déshérence territoriale.

Battre le président Ahoussou J. Kouadio, le doyen très futé, le ministre Amédée Kakou, très structuré et la grande Dame Raymonde Goudou Coffie, les ministres Amadou Koné et Jacques Assahoré dont la proximité, la solidarité et l’écoute des populations de la Vallée du Bandama datent de la Saint glin-glin et d’autres cadres RHDP talentueux, n’est pas une mince affaire.

Le PDCI divisé ne montre pas, non plus, qu’agréger de petites choses peut vaincre une grande chose. Lorsque le fief politique, votre électorat captif est dépecé, la peau de chagrin certes vous console mais le compte reste déficitaire. Il reste les enclos ou campements de Baoulés, çà et là. Mais toute perte de fief résonne au-delà.

 Evoluer dans l’impasse restitue que l’on sera contraint par les urnes à concéder sa défaite électorale. De ce point de vue, le PDCI a une tradition qui ne sera pas, probablement, démentie. Contrairement au Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) du président Gbagbo dont la coutume similaire à celle de MAGA du Président Trump, ne reconnait jamais la défaite. Produit de la technostructure franco-ivoirienne, le Président Thiam doit embarquer dans son navire, les classes moyennes au-delà des cercles tribaux et autres élites bureaucratiques mondialistes. Rude défi.  

Le fait que le Président Thiam tarde à descendre dans l’arène, toujours reporté, administre ainsi la preuve que le PDCI ne roule pas au super mais plutôt au diesel. Zombifier des cadres comme Guikahué, Marcel Amon-Tanoh [NDLR : ancien directeur de cabinet de Ouattara et ancien ministre des Affaires étrangères ]dont la loyauté reste au-dessus de tout soupçon pour des raisons claniques, avoir sous-estimé la charge légaliste du retrait de la candidature de Billon, le Cavaliere ivoirien, pour rester respectueux des textes, etc., revient à tisser de difficultés, son destin politique. 

Il n’est pas interdit de spéculer sur un halo de départs des cadres du PDCI, des réalistes, vers le RHDP. Je vois partir les cadres du centre-gauche, très attachés à l’héritage du RDA, démonétisé par le président Bédié, évidé par des pratiques si anti- panafricaines et anti solidarité. L’après 2025 risque-t-il de contraindre le PDCI à réintégrer le RHDP ? L’alternative existe : le supplément d’âme nommé retournement d’alliance.  

L’intelligence du contexte voudrait que le Président Thiam dénonce l’Alliance insolite scellée par les Président Bédié et Gbagbo contre le Président Ouattara en 2021. Le Graal ? Attendez. L’option raisonnable, ce sont les héritiers du Rassemblement démocratique africain (RDA), nombreux au sein du PDCI, son dispositif en Côte d’Ivoire.

Ils sont le pont à construire entre le PDCI actuel et le RHDP. Tout virage disruptif de Thiam contre l’Alliance néoivoiritaire Bédié-Gbagbo les contentera. Ils sont des patriotes africains, de culture intellectuelle percutante, producteurs d’idées innovantes pour le rassemblement des Africains, pragmatiques et bâtisseurs lucides de Bamako (1946) à Brazzaville.

Leur plus grand chef ivoirien et soutien reste le président Alassane Ouattara.  Ces RDA ont la balance du sens et de la raison dans l’histoire. S’ils se manifestent au sein du dispositif local, le PDCI, le tapis rouge sera leur parcours de renaissance. Ce sursaut d’âme ou réalisme du courant RDA, c’est le courant du Futur. Ce supplément d’âme comme Jean Jaurès l’appelait à la veille de la Guerre 14-18, le RDA doit l’accomplir en mettant entre parenthèses, les dérives de son dispositif local (PDCI).

Le big bang ! Albert Camus énonce que ce destin n’est pas une punition. J’en déduis que le vieux parti RDA, son pendant local redeviendra parti de gouvernement. La longue opposition tue les enthousiasmes même sous un président auréolé mais non testé encore sur le champ politique ivoirien où les luttes sont âpres.