Le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé, largement battu à la présidentielle centrafricaine du 28 décembre, dénonce des résultats provisoires frauduleux.
Par la rédaction de Mondafrique
Peu après la proclamation controversée des résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025, le candidat de l’opposition Anicet-Georges Dologuélé est sorti de son silence. Mercredi 7 janvier, lors d’une conférence de presse à Bangui, le leader de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) a livré une déclaration d’une gravité rare : il rejette catégoriquement les résultats annoncés par l’Autorité nationale des élections (ANE) et dénonce une “confiscation du suffrage populaire orchestrée par le pouvoir en place”.

“Ce que l’ANE appelle des résultats provisoires n’est pas le reflet du vote du peuple, mais le produit d’une fraude massive, organisée, méthodique et couverte par l’ANE elle-même”, a-t-il déclaré devant une presse attentive et visiblement troublée. Dologuélé conteste la victoire du président sortant, proclamé réélu dès le premier tour avec 76,15%, contre seulement 14,66% en sa faveur.
Une proclamation nocturne, symbole d’un régime verrouillé
Le 5 janvier, l’ANE a choisi l’heure du secret, à minuit, pour proclamer ces résultats, sans concertation, ni représentant de l’opposition ni observateur neutre. “Je n’ai pas été invité à cette cérémonie de l’entre-soi”, a révélé l’ancien Premier ministre. Le décor d’une fraude organisée semblait déjà planté : résultats publiés à des heures improbables, portions entières du territoire — dont la région de Yadé — ignorées, et déclarations chiffrées déconnectées de la réalité observée dans les bureaux de vote.

Pendant les 24 heures de silence qu’il s’est imposé après la proclamation, Dologuélé dit avoir pris le pouls du pays : “Aucune joie, aucune célébration, seulement de la colère, de la tristesse et un profond sentiment de trahison.” Pour ajouter à la confusion, trois de ses agents de sécurité ont été interpellés après une altercation avec des membres du Groupement de la sécurité présidentielle la nuit de la proclamation des résultats.
Une fraude institutionnalisée
Dans un réquisitoire détaillé, Dologuélé a dressé un tableau accablant des irrégularités qui, selon lui, ont entaché tout le scrutin du 28 décembre. Il évoque d’abord les listes électorales gonflées d’inscrits fictifs et de doublons massifs dès la phase d’enrôlement, puis dénonce les bourrages d’urnes, les falsifications de procès-verbaux et les manipulations flagrantes sur le terrain. À cela s’ajoute, selon lui, le refus systématique opposé aux représentants des candidats réclamant les copies des résultats, en violation ouverte de l’article 87 du Code électoral, ainsi que les “redressements arbitraires” opérés lors de la centralisation des votes, qui auraient définitivement faussé la sincérité du scrutin.
“Nous sommes face à la nullité du scrutin”, a tranché Dologuélé, rappelant que le président de l’ANE lui-même avait reconnu la violation de plusieurs procédures dans un communiqué du 29 décembre. Ce processus “vicié de bout en bout” révèle la soumission ouverte de l’ANE aux ordres du pouvoir exécutif, a martelé l’opposant: “L’ANE a failli. L’ANE a trahi. Elle a choisi son camp.”
Un appel à la résistance civique
Accusant l’ANE d’avoir “planifié et couvert la fraude au profit exclusif du candidat du pouvoir”, Dologuélé annonce la saisine du Conseil constitutionnel pour demander soit l’annulation intégrale du scrutin, soit la vérité des urnes par un recomptage national. “Notre combat est clair : nous exigerons ou la vérité des urnes, ou son annulation pure et simple.” L’opposant se veut à la fois déterminé et lucide. “On m’avait dit de ne pas participer, car tout était joué. Mais je ne pouvais pas abandonner six millions de Centrafricains dans la misère et sous une dictature qui se durcit.
Au-delà du contentieux électoral, c’est la survie même du pluralisme politique qui semble en jeu. Dologuélé fait appel à l’honneur des institutions : “J’ai confiance dans certains cadres du Conseil constitutionnel. Ils m’ont jadis prouvé leur indépendance. J’ose espérer qu’ils n’ont pas changé.” Et de conclure, dans un ton solennel qui tranche avec la peur ambiante : “Nous ne céderons pas. Nous ne nous tairons pas. Parce que la démocratie ne se proclame pas. Elle se respecte.”
Les résultats définitifs officiels de la présidentielle doivent être proclamés le 20 janvier.





























