C’est dans la liesse que les Sénégalais présents à l’aéroport de Dakar (voir les images ci dessous) ont accueilli le dimanche 18 janvier, comme partout dans le pays, la victoire de leur équipe face au Maroc. Cette finale qui avait bien démarré a été ternie par un arbitrage scandaleux et clairement favorable à l’équipe marocaine. Le match était arbitré par Jean-Jacques Ndala Ngambo, un Congolais de 38 ans dont l’Histoire du football ne retiendra pas le nom qui a notamment officié lors du premier match de la compétition, remporté (2-0) …. par les Lions de l’Atlas face aux Comores.
Une chronique de Jehan Khaled

Pendant les arrêts de jeu de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, les plus candides commençaient presque à y croire. Cette finale « propre », longtemps indécise, semblait effacer les victoires au forceps des Lions de l’Atlas tout au long du tournoi : des qualifications arrachées dans la douleur, aux tirs au but, face au Nigeria en demi-finale, mais aussi lors de tours précédents où le Maroc avait survécu plus qu’il n’avait dominé.
Cette fois, pensait-on, le football allait parler. Le match était tendu, âpre, mais encore lisible. Les Sénégalais tenaient tête, avec maîtrise et dignité. Le temps s’étirait, l’usure gagnait les corps, et l’idée même d’une décision sportive honnête commençait à s’imposer. Les plus naïfs — les amoureux du jeu — élevaient la voix : finalement, cette CAN aura accouché d’une vraie finale. Puis, patatras.
En quelques secondes, tout bascule.
Un but sénégalais refusé. Dans la foulée, un penalty accordé aux Marocains. La chronologie est brutale, presque indécente. L’arbitrage, jusque-là discret, devient central. Le petit homme en noir tranche, impose, verrouille. Les âmes sombres jubilent. Elles n’avaient jamais vraiment douté. Elles attendaient leur moment.
Et pourtant, chose rare, un instant de grâce surgit du chaos. Candides et âmes sombres, pour une fois réunis, applaudissent les Sénégalais qui quittent la pelouse. Non par pitié. Par respect. Parce que quelque chose vient de se produire. En quittant le terrain avant la fin du match, le sélectionneur sénégalais sort délibérément du champ du football. Son geste n’est ni une colère, ni une faiblesse, ni un caprice. C’est un acte politique.
L’équipe sénégalaise choquée
Il dit : nous ne jouons pas ce jeu-là.
Il dit : nous refusons de valider une injustice déguisée en décision arbitrale.
Il dit : nous nous mettons en grève.
Difficile, à cet instant, de ne pas penser à Ayn Rand et à sa « grève » des producteurs : lorsque le système devient injuste, la seule réponse digne est le retrait. Le refus de collaborer. L’absence comme arme morale.
La beauté de ce geste finalement inachevé rappelle que le football, comme toute activité humaine, repose sur la fiction collective de règles acceptées par tous. La défaite morale que représente la transgression de l’esprit s’inscrira dans les mémoires…La formidable équipe du Maroc frappée de stupeur face aux cadeaux empoisonnés d’un arbitre impassible doit tourner la page.
À l’attaque!
Avec panache et dans un superbe défi, les Sénégalais pont voulu que le spectacle continue. Et ils ont gagné. Sadio Mané, la star sénégalaise, ne veut pas perdre son ame à se draper dans sa dignité. Il met un terme à la grève. les Lions de la Teranga reviennent sur le terrain. Le geste est fort, presque solennel. Il ne s’agit plus de protester, mais d’aller jusqu’au bout, sans renoncer à la dignité du jeu. Le penalty va donc pouvoir être tiré.
Le Marocain Brahim Díaz, désigné pour transformer la sentence, s’avance. Le héros annoncé balbutie un tir sans âme, sans conviction, presque inachevé. Un geste pauvre, indigne de l’enjeu
Le gardien sénégalais n’a même pas à forcer son talent : l’arrêt est net, limpide, sans discussion.Le stade bascule.La prolongation reprend, comme si le match venait d’être réinitialisé. Et cette fois, le football parle. Un tir du gauche de Pape Gueye finit dans les filets marocains. Clair. Propre. Irréfutable. Le Sénégal devient champion d’Afrique. À cet instant précis, quelque chose dépasse le sport. Quand le refus de l’injustice ne conduit pas à la résignation, quand l’acte politique ne nie pas le jeu mais l’élève, quand la droiture rencontre le courage collectif, alors — oui — le divin semble s’inviter sur le terrain.
Ce soir-là, le Sénégal n’a pas seulement gagné une finale, il a permis que le football autorise encore et toujours tous les rêves et rassemble les peuples
Ces tirs au but sans Victor Osimhen, le meilleur buteur de la CAN




























