Benjamin Duhamel, qui officie à France Inter au grand désespoir des auditeurs de cette radio de qualité , est comme une machine à sous qui sortirait le jack pot à tous les coups. Ayez le courage de l’écouter quelques minutes et voilà une sottise qui tombe, un mensonge qui sort, comme les euros du ventre d’un bandit manchot. L’obsession de ce journaliste partisan est l’antisémitisme supposé des militants de LFI et de leur chef, Jean Luc Mélenchon. Cette cause devenue totalement obsessionnelle amène ce journaliste sans éthique ni déontologie à tordre les faits et à agresser ses invités, comme cela fut encore le cas, mardi dernier, dans un entretien (disons plutôt un interrogatoire) avec le nouveau maire Insoumis de Roubaix, David Guiraud.
Une chronique de Jacques Marie Bourget
Duhamel ne déçoit jamais les amateurs d’histoire et de vérité. Il les enrage. Sa constante dans la certitude erronée est son label, comme il en existe pour la volaille ou le fromage. En plus, formidable, le robot ment avec la force d’une certitude absolue : Duhamel dit toujours le vrai, il l’oblitère.
Une récent exemple de ces dérives m’indigne. Mardi matin 24 mars sur France Inter, en uniforme de cachemire beige, le bambin reçoit David Guiraud, député Insoumis et nouveau maire de Roubaix. Chez les Duhamel, on aime si peu les insoumis que la mère du petit journaliste, Nathalie Saint Cricq, s’est fait un jour pincer à l’antenne en brandissant une feuille de papier donnant l’ordre de flinguer Mélenchon. Cette haine absurde est sans doute une maladie génétique.
Antisémite, forcément
Face à Guiraud, la mission de l’apprenti journaliste de cour était de l’étrangler d’entrée, comme au catch, par la dénonciation de son antisémitisme. Cette question est une imparable botte de Nevers : « Quand on accuse, comme vous le faites, Israël d’être l’auteur du massacre de Sabra et Chatila, on est antisémite ». C’est facile d’exercer ainsi un métier que lui et ses semblables osent nommer du beau nom de journalisme. Suffit de puiser dans les stocks des mots qu’il faut dire, mots et phrases forgés dans les officines de propagande d’Israël, pour apparaitre un intervieweur qui fait mouche. Sharon et les bourreaux de Tel Aviv n’ont donc rien à voir dans le massacre de Sabra et Chatila, reconnu « acte de génocide par l’Assemblée Générale de l’ONU en décembre 1982. Ce negationnisme vient d’être peaufiné du côté de Tel Aviv comme une arme de contre attaque au génocide en cours Gaza. Avant le perroquet Duhamel, une dénommée Natacha Polony, vagabonde des médias, avait utilisé le même argument. A l’école, elle et Benjamin devaient briller en récitation.
Il se trouve que j’étais, avec mon ami le photographe Marc Simon, dans les camps suppliciés, à Beyrouth, pendant l’épisode barbare. J’ai vu, entendu, questionné, vécu au plus profond l’horreur des horreurs. J’ai ensuite passé des années à enquêter, aussi à tenter d’oublier ce moment d’enfer sur terre, et j’ai publié un livre. Puis continué à chercher. Aujourd’hui le plus malhonnête des historiens, et il y en a, ne peut dire ce qu’affirme Benjamin Duhamel et ses semblables : Israël est innocent du massacre de Sabra et Chatila.
Eloignons nous des officines de propagandes où trône l’enfant roi, pour nous rapprocher de l’histoire. L’élimination des Palestiniens enfermés dans les camps est un projet que Sharon et ses amis ont mis au point plusieurs années avant le massacre . Il s’agissait « d’éliminer les terroristes ». A partir de 1980 des miliciens libanais, phalangistes chrétiens, ont été intégrés à l’entrainement de l’armée israélienne. Si bien que Rafael Eitan, le chef du Renseignement militaire qui finira à la Knesset comme député d’extrême droite, demande à ses hommes de « considérer les miliciens phalangistes comme des soldats à part entière de Tsahal » Des officiers israéliens et Sharon lui-même effectuent des séjours à Beyrouth afin de mettre eu point l’élimination des camps. Dans ce plan l’organisation phalangistes, les Kataebs, doivent fournir des renseignements et des hommes de main, des massacreurs.
En juin 1982, Israël envahit le Liban, une offensive baptisée « Paix en Galilée ». Le but est d’éliminer du pays du cèdre l’Organisation de Libération de la Palestine et donc les camps qui sont les bases du mouvement combattant. Face à l’avancée des troupes israéliennes, les soldats de l’OLP sont évacués, en particulier par la France, vers la Tunisie le Yémen et autres pays arabes. Désormais sans défense autonome, les camps sont protégés par des militaires français, américains et italiens. Alors que la troupe israélienne, avec ses chars, est postée derrière ce cordon de « protection ».
Le vrai de l’histoire, sa suite, nous le savons grâce à l’américain Seth Anziska, chercheur à l’université de Columbia. A propos du sort des camps, cet entêté a réussi à se procurer les verbatim des conversations ayant eu lieu entre Ariel Sharon et Ronald Reagan. Alors que Morris Draper, l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient a déjà tenté de convaincre les israéliens de quitter Beyrouth et ajouté « nous pensons que vous auriez dû rester en dehors », on lui a répondu : « personne d’autre peut décider pour nous ». A Washington Ariel Sharon parlemente avec Reagan à la Maison Blanche. Le président et ses conseillers renâclent, refusent de donner le feu vers aux israéliens afin qu’ils lâchent les tueurs phalangistes, leurs supplétifs, dans les camps. Les USA ont encore de bonnes relations avec les monde arabe et Washington n’entend pas perdre ses cartes-là.
Ariel Sharon se fâche, hausse le ton :
- « Qui va s’en occuper de ces 2000 terroristes ? C’est votre intérêt. Qui va les attraper ? Bon, Fakhani, Sabra, Chatila, à notre avis ils sont, disons, 1 000, peut être 500. On sait qu’ils sont très bien équipés armés et tout. Et vous voudriez qu’on se retire ? »
- « Bon, alors, Fakhani, Sabra, Chatila, Bourj el-Barajneh » Sharon désigne les cibles et précise : « Alors on va les tuer, nous. Il n’en restera aucun. Vous ne sauverez pas ces groupes du terrorisme international ».
Finalement, face à la rage de Sharon, les Américains qui, plus tard avoueront « avoir été trompés », répondent à leur interlocuteur qui hurle: « Bon, allez-y, tuez les terroristes, et vous partirez ensuite ». Les Etats-Unis donnent à Israël l’autorisation de lancer le massacre. Les militaires français, américains et italiens reçoivent alors (on ignore de qui), l’ordre de cesser la protection des camps…
Du pur negationnisme
Voilà la description aussi rigoureuse que le permet aujourd’hui les témoignages recueillis et les documents issus des archives. Venir affirmer qu’Israël n’est pas impliqué dans le massacre de Chabra et Chatila est du negationnisme pur cristal. Israël a longuement planifié l’éradications des Palestiniens et a entraîné, mis en place les bras meurtriers. Une unité de « Tsahal » ayant elle-même participé à la première étape de la tuerie, éliminant les adversaires les plus connus du Mossad.
S’il était resté plus longtemps à l’école, Benjamin Duhamel aurait peut être eu le temps d’apprendre qu’après Sabra et Chatila Yitzak Kahane, le président de la Cour suprême a enquêté sur le rôle de son pays dans cette barbarie. Ce qui indique la culpabilité d’Israël, même si Kahane a raboté la culpabilité des siens, il a quand même ajouté à son enquête un additif classé « secret ». Benjamin Duhamel devrait savoir que si Sharon à quitté le gouvernement, cette éjection est directement liée à son rôle dans l’élimination des Palestiniens de Beyrouth. Mais Duhamel parle d’une histoire dont il ignore tout.
Un critère d’avancement pour être une star des écrans plats mais sans doute pas pour être la nouvelle star de la matinale de France Inter.
PS. Pour enfoncer mieux encore le clou dans la langue des propagandistes, il faut lire à tout prix le remarquable travail de Leila Seurat, brillante chercheuse, sur ce massacre de Sabra et Chatila.



























