Téléchargez nos applis
Disponible sur Google Play
Accueil Actualités Moyen-Orient Naïm Qassem défie l’État libanais et resserre l’axe avec Téhéran

Naïm Qassem défie l’État libanais et resserre l’axe avec Téhéran

Secrétaire général du Hezbollah et successeur d’Hassan Nasrallah, Naïm Qassem adopte une ligne dure face aux menaces américaines contre l’Iran et rejette toute idée de désarmement. Entre fidélité doctrinale à Téhéran et tensions avec l’État libanais, son leadership s’inscrit dans une transition contrainte.

 

Selon une analyse publiée par France 24 le 7 février 2026 et signée Marc Daou, Naïm Qassem, successeur de Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah, « ne manque jamais une occasion de jurer fidélité à la République islamique d’Iran ».

Alors que Donald Trump multiplie les menaces d’intervention militaire contre Téhéran, le chef du mouvement chiite libanais a durci le ton. Estimant que les déclarations américaines visent également son organisation, il a affirmé : « Nous ne pouvons rester silencieux face aux menaces de Trump ou de quiconque contre l’imam Khamenei, et nous sommes concernés par toutes les mesures nécessaires pour y faire face. »

Dans une allocution diffusée sur la chaîne du parti, Al-Manar, il a ajouté : « Nous considérons que la menace est également dirigée contre nous et nous nous réservons toute latitude pour agir comme nous le jugerons approprié. » Et de préciser : « Quant à la manière dont nous agirons, ce sont des détails que la bataille déterminera (…) mais nous ne sommes pas neutres. »

Une ligne dure à rebours des signaux iraniens

Le paradoxe, souligne France 24, est que cette posture intervient alors même que la République islamique d’Iran accepte de négocier avec Washington afin de réduire les tensions régionales. À Beyrouth, cette rhétorique martiale est perçue comme un facteur supplémentaire d’instabilité.

Le président libanais Joseph Aoun a ainsi déclaré œuvrer pour « éviter que le pays soit entraîné dans une nouvelle guerre, car le peuple libanais n’est plus en mesure de supporter d’autres conflits ». Il a appelé à « une approche réaliste et rationnelle pour protéger le Liban et ses citoyens », dans ce qui apparaît comme une réponse directe aux propos du chef du Hezbollah.

Le dossier du désarmement cristallise ces tensions. Conformément au cessez-le-feu entré en vigueur en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, l’armée libanaise a achevé début janvier la première phase du plan de désarmement au sud du fleuve Litani. Mais le parti refuse de remettre son arsenal au nord de cette zone tant que l’armée israélienne poursuit ses frappes et maintient une présence dans le Sud.

En n’excluant pas une implication aux côtés de Téhéran en cas de frappes américaines contre l’Iran, Naïm Qassem « tient tête à la volonté de l’exécutif libanais de se réapproprier le monopole de la violence légitime », note la chaîne française.

Un « leader malgré lui »

Âgé de 71 ans, l’ancien numéro deux du Hezbollah n’était pas destiné à diriger le mouvement. Hassan Nasrallah, figure charismatique et chef historique, a été tué en septembre 2024 lors d’une opération israélienne. Son cousin et successeur désigné, Hachem Safieddine, a également été éliminé.

« Naïm Qassem est un leader malgré lui, étant le successeur du successeur de Hassan Nasrallah », analyse Karim Émile Bitar, enseignant à Sciences Po Paris et ancien doyen de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, cité par France 24. Il s’est retrouvé « à la tête de ce mouvement dans un contexte extrêmement difficile, dans le cadre d’une transition forcée ».

Originaire du Sud-Liban, membre du clergé chiite et ancien professeur de chimie, Naïm Qassem est l’un des fondateurs du Hezbollah, créé en 1982 après l’invasion israélienne du Liban. Devenu secrétaire général adjoint en 1991, il occupait un rôle essentiellement doctrinal.

« Quand il était numéro deux, son rôle était celui d’un cadre religieux et doctrinal plutôt que d’un chef charismatique », précise Karim Émile Bitar. Il se présentait « comme un porte-parole théologico-politique », abordant l’identité chiite, les positions du Hezbollah et ses relations avec l’Iran.

À la différence de Hassan Nasrallah, qui tirait « son autorité d’un capital charismatique et d’une légitimité militaire issue de la lutte contre Israël », Naïm Qassem « n’a jamais joué un rôle majeur dans l’appareil militaro-sécuritaire du Hezbollah ». Il incarne davantage « une continuité idéologique » qu’un leadership mobilisateur.

Une loyauté doctrinale à l’Iran

Cette continuité passe par une fidélité assumée à la doctrine du « wilayat al-faqih », qui consacre la primauté du guide suprême iranien. « Naïm Qassem se caractérise par sa loyauté absolue envers l’Iran », souligne Karim Émile Bitar. Il a veillé à la « cohérence entre le discours politique du parti et la doctrine » qui fonde son allégeance à Téhéran.

Dans l’un de ses ouvrages, rappelle l’analyste, il a théorisé « l’alliance organique entre le Hezbollah et le guide de la révolution iranienne ». Pour lui, « abandonner l’arsenal militaire (…) serait équivalent à une perte de dignité pour l’ensemble de la communauté chiite ».

Au Liban, cette position est loin de faire l’unanimité. Après une rencontre avec le président Joseph Aoun, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah a tenu un discours plus conciliant, évoquant « les positions les plus justes [qui] sont celles qui rassemblent » et appelant à des réactions « empreintes de réalisme et de positivité », selon le quotidien L’Orient-Le Jour.

Ces nuances internes contrastent avec la fermeté affichée par le secrétaire général. Mais pour les observateurs cités par France 24, il paraît « difficile d’imaginer Naïm Qassem renoncer à l’arsenal accumulé depuis des décennies » ou prendre ses distances avec Téhéran, d’autant que « le rôle de l’Iran est aujourd’hui beaucoup plus important qu’il ne l’était » sous la direction de Hassan Nasrallah.

Dans un Liban épuisé par les crises économiques, politiques et sécuritaires, le positionnement du nouveau chef du Hezbollah engage ainsi bien plus que l’avenir d’un parti : il pose la question du rapport de force entre l’État et un acteur armé dont la loyauté première demeure, sans ambiguïté, tournée vers Téhéran.