L’arrêt que la Cour de justice de l’UEMOA vient de rendre donne raison au gouvernement de Bamako. Les sanctions prises contre le Mali en 2022 étaient illégales : l’Union économique et monétaire des États d’Afrique de l’Ouest est sortie de son rôle en appliquant des décisions de la Communauté régionale. Mais si cette victoire juridique est réelle, elle reste limitée : les sanctions ont déjà produit des effets économiques et politiques durables.
Cette « victoire » arrive tard, trop tard. Les sanctions ont été levées depuis 2022 et la Cour n’ouvre la voie à aucun dédommagement. Or elles ont bel et bien été appliquées : frontières fermées, avoirs gelés, échanges perturbés. Elles ont pesé sur les prix, sur l’activité, sur la vie quotidienne. L’illégalité est reconnue, mais pas les coûts économiques et sociaux.
Retour à l’envoyeur
Quant à l’effet politique, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en paie encore le prix fort. Les sanctions de 2022 ont nourri au Mali un narratif souverainiste très efficace : celui d’organisations régionales perçues comme punitives et déconnectées des populations. Dans un contexte de défiance déjà très important, ces mesures coercitives ont légitimité le récit des autorités de transition.
Cette dynamique s’est ensuite propagée au-delà du Mali. Le Niger puis le Burkina Faso se sont inscrits dans une logique similaire de souveraineté revendiquée et de rupture avec la CEDEAO. Pour rappel, les autorités nigériennes – sanctionnées après le putsch de juillet 2023 – ont déposé une requête de même nature et attendent le verdict de la Cour. La création de l’Alliance des États du Sahel, qui a amputé l’organisation sous-régionale de trois pays, doit beaucoup à ces sanctions. Pensées pour infléchir des trajectoires politiques nationales et favoriser un retour à l’ordre constitutionnel, elles ont produit l’effet inverse et accéléré une recomposition régionale qui a affaibli la CEDEAO.
Cet effet boomerang relance un débat plus large sur l’usage politique des instruments économiques régionaux. Comme l’écrivait l’économiste togolais Kako Nubukpo, qui dénonçait dès 2022 ces mesures, « une union économique et monétaire qui aspire à la prospérité durable de ses citoyens ne devrait pas utiliser sa banque centrale comme un instrument de règlements de comptes politiques ». Quatre ans plus tard, la Cour de justice lui donne raison.



























