Depuis l’extradition de l’ancien président et putschiste Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 17 janvier, une vague d’arrestations ciblées a éclairci les rangs des officiers. Cette purge vient affaiblir un peu plus une armée déjà épuisée par dix années de guerre contre les groupes armés djihadistes.
La purge
L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba, soupçonné d’être l’instigateur d’un complot visant à renverser son successeur à la fin de l’année 2025, a agi comme un détonateur. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs sources ont évoqué une série d’arrestations et d’enlèvements visant des officiers soupçonnés de proximité avec l’ancien chef de la transition. Dans un post publié sous le pseudonyme Henri Segbo, nom de plume en hommage au journaliste d’investigation Norbert Zongo, assassiné en 1998, l’auteur évoque « une purge méthodique déclenchée par l’extradition de Damiba, ciblant ses proches et anciens collaborateurs dans un climat d’omerta».
Selon plusieurs sources burkinabè, cette traque aurait déjà touché des figures de premier plan, dont le commandant Abdoul Aziz Korogo, ancien numéro deux du Régiment de sécurité présidentielle, et le lieutenant-colonel Mahamadi Bonkoungou, ex-directeur général de l’Agence nationale de renseignement. Plus récemment, le capitaine Thomas d’Aquin Ilboudo, commandant du centre d’instruction régional de la 4ᵉ région militaire de Dori et proche de Damiba en 2022, aurait été enlevé à son domicile par un commando venu de Ouagadougou. Autant d’opérations qui renforcent l’idée d’une épuration ciblée au sein de l’institution militaire.
Un climat de suspicion permanent
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, les tentatives de coups d’État, réelles ou supposées, se sont multipliées. Toutes ont été déjouées par les services de sécurité dirigés par le capitaine Oumarou Yabré. Après chaque annonce de complot avorté, de nombreuses arrestations dans les rangs de l’armée ont suivi. Résultat : une institution progressivement décapitée de ses meilleurs éléments. La peur de la dénonciation, l’autocensure et la méfiance mutuelle se sont installées durablement dans les casernes.
Cette nouvelle crise interne survient dans une armée déjà à bout de souffle. Plus de dix années de lutte contre les groupes armés djihadistes ont laissé des traces profondes : pertes humaines importantes, fatigue extrême des troupes, syndromes post-traumatiques largement ignorés, sentiment d’abandon sur le terrain.
Un calme trompeur
Si depuis quelques mois, l’armée burkinabè connaît une relative accalmie sur le front, cela ne saurait être interprété comme un tournant décisif dans la guerre. Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) dirigé par Iyad Ag Ghaly a choisi de concentrer l’essentiel de ses forces sur le théâtre malien. Selon une source sécuritaire burkinabè, « il est vrai que depuis trois mois, le front s’est calmé : il n’y a plus de grosses attaques, mais presque quotidiennement des accrochages de faible intensité, notamment contre des postes de Volontaires pour la défense de la patrie (supplétifs de l’armée), avec un ou deux morts à chaque fois ». Mais pour ce contact de Mondafrique, ce n’est pas la seule explication : «Les FDS ne sortent plus de leur base. Il y a une sorte d’accord tacite : tant que personne ne provoque l’autre, chacun évite l’affrontement ». Une attitude qui s’explique par la lassitude et le découragement des militaires.
Dans ce contexte, les purges actuelles risquent d’achever de fragiliser une armée déjà éprouvée, au moment même où elle aurait le plus besoin d’unité, de confiance et de stabilité pour faire face à une menace qui, elle, n’a pas disparu.





























