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Iran : un bilan humain terrifiant derrière le blackout

Entre bilans officiels minimisés, chiffres alarmants des ONG et coupure totale d’Internet, la répression des manifestations en Iran reste impossible à mesurer. Cette opacité nourrit les pires craintes sur l’ampleur réelle des morts civils iraniens.

Combien de morts après les dernières vagues de répression en Iran ? La question hante observateurs, ONG et médias internationaux, tant l’opacité imposée par le régime rend toute estimation périlleuse. Les chiffres officiels avancés par les autorités iraniennes contrastent violemment avec ceux relayés par des organisations indépendantes basées à l’étranger, dessinant un gouffre statistique et politique.

Le pouvoir iranien a communiqué un premier bilan de 3 117 morts, affirmant que la majorité des victimes seraient des « martyrs », membres des forces de sécurité. Une version immédiatement contestée par plusieurs ONG de défense des droits humains, qui dénoncent une manipulation massive de l’information. La coupure quasi totale d’Internet dans le pays alimente ces soupçons. L’ONG spécialisée dans la surveillance de la connectivité, NetBlocks, confirme que l’Iran reste largement déconnecté du réseau mondial, une mesure qui viserait, selon elle, à « masquer l’ampleur de la répression meurtrière contre les civils ».

Évaluer cette ampleur relève pourtant de l’exercice à haut risque. Toute fuite d’information expose ses auteurs à de lourdes représailles. Témoignages fragmentaires, images clandestines et sources médicales anonymisées constituent l’essentiel des éléments disponibles. Dès les 8 et 9 janvier, au tout début de la contestation, Time Magazine rapportait, en citant deux responsables du ministère iranien de la Santé, une situation de chaos absolu : pénurie de sacs mortuaires, manque d’ambulances, corps transportés dans des semi-remorques. Un récit glaçant, qui fait écho aux données publiées depuis par plusieurs ONG.

Aux États-Unis, la Human Rights Activists News Agency recense près de 6 000 personnes tuées et examine 17 000 autres décès potentiellement liés à la répression. En Norvège, Iran Human Rights évoque un bilan pouvant atteindre 25 000 morts. De son côté, la chaîne d’opposition Iran International avance un chiffre encore plus élevé : plus de 36 000 victimes, s’appuyant sur des sources sécuritaires présentes sur le territoire iranien.

Ces estimations, bien que difficiles à vérifier, s’inscrivent dans un climat de durcissement assumé. Il y a une dizaine de jours, le guide suprême Ali Khamenei avertissait, dans un discours retransmis à la télévision nationale, que les autorités « briseraient le dos des séditieux ». Un message sans ambiguïté, destiné à dissuader toute nouvelle mobilisation.

La combinaison de chiffres contradictoires, du black-out informationnel et de menaces explicites au sommet de l’État fait craindre le pire. Pour de nombreuses ONG, l’absence de données fiables et l’impossibilité d’enquêter sur le terrain laissent supposer que le bilan réel pourrait être bien supérieur à toutes les estimations actuelles. En Iran, le nombre exact de morts demeure une donnée politique, verrouillée, au cœur d’une bataille mondiale pour la vérité.