Après la fuite d’Andry Rajoelina et de Mamy Ravatomanga, en octobre dernier, le contrat de la sûreté aéroportuaire de Madagascar, sur lequel le puissant et richissime homme d’affaires, avait mis la main, redevient un objet de convoitise.
Par Ulrich Rabary
Un peu d’histoire pour commencer. En 2014, sous la mandature du président Hery Rajaonarimampianina, la société Samada a été choisie pour exploiter un contrat BOT (Build, operate and transfer) concernant la sûreté de huit grands aéroports de Madagascar. Elle a tout mis en œuvre pour s’acquitter au mieux de sa mission, notamment l’utilisation d’un matériel performant et de chiens spécialisés dans la détection d’armes ou de bombes pour prévenir les risques de détournement d’avion ou d’attaques terroristes.
Divers trafics illicites de richesses nationales ont pu être détectés et communiqués à la douane et à la police des frontières qui sont les autorités habilitées en pareil cas. Lors de l’audit de Samada en 2018, il a été conclu qu’elle affichait de bonnes performances dans ses activités et dépassait même les objectifs. Un satisfecit de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) sur le niveau de sécurité lui a été alors accordé, comme le mentionne le journal Midi Madagasikara du 17 octobre 2018.
Avec le retour de Rajoelina, Mamy Ravatomanga s’empare du contrat
En 2019, Andry Rajoelina revient au pouvoir. Alors que la direction générale des impôts a publié un communiqué suspendant tous les contrôles fiscaux, une enquête du fisc est lancée sur Samada. La société est mise sous scellés le 3 juillet 2019. «Samada n’est pas en règle. Cette société ne suit pas les normes », affirme alors le ministre du Tourisme, des Transports et de la Météorologie, Joël
Randriamandranto. Dans la foulée, Mamy Ravatomanga reprend la main sur la Samada, révèle Africa Intelligence le 19 juillet 2019. Selon la lettre confidentielle, « l’homme d’affaires proche du Président (Rajoelina) a fait appel à un nouveau prestataire français pour la sécurité aéroportuaire ». Des mandats d’interdiction de sortie du territoire sont alors délivrés à l’encontre de Raphael Abaladejo (le directeur
général de Samada) et de Tovo Ratovoarisoa (son adjoint), alors que ces deux personnalités se trouvent en dehors de Madagascar.
Janvier 2026. Les grandes et petites affaires de la sureté aéroportuaire à Madagascar sont remises sur le tapis par un « influenceur » qui, curieusement, reprend dans son intégralité les anciennes accusations portées par Mamy Ravatomanga contre les dirigeants de Samada, notamment le non-paiement d’impôts et de cotisation sociales. Interrogé à ce sujet, Tovo Ratovoarisoa est catégorique : « le contrôle fiscal
opéré contre les adversaires politiques ou économiques est une pratique courante mafieuse chez Ravatomanga, et sous le régime de Andry Rajoelina. Nous ne sommes pas les seules victimes». Selon lui, des manœuvres odieuses ont été mises en œuvre pour les empêcher de se défendre. « Délivrer une IST alors que nous étions à l’étranger relève d’une intimidation pour nous empêcher de revenir au pays plaider notre cause, de sorte que les décisions de justice énoncées contre Samada deviennent définitives. » Concernant les cotisations sociales, l’ancien directeur général adjoint de Samada affirme qu’elles ont été acquittées en temps et heure. Mais quand Samada a été expulsée manu militari de l’aéroport d’Ivato, «tous les matériels et dossiers ont été confisqués ».
Des aéroports devenus des passoires
Tovo Ratovoarisoa serait-il la cible d’une attaque personnelle ? Vice-président du rassemblement d’opposition malgache de la diaspora (RMDM, organisation dont l’actuelle ministre de la Justice Fanirisoa a été la dirigeante durant son exil en France), il affirme ne disposer d’aucun privilège particulier même s’il a été très actif dans la lutte contre la captation de l’État opérée par Andry Rajoelina et Mamy Ravatomanga. Il fait remarquer que la main levée de l’IST dont il faisait l’objet est datée du 21 octobre 2025, et qu’il a pu ainsi entrer et sortir légalement de Madagascar après la fuite à l’Ile Maurice de Mamy Ravatomanga, qui était l’instigateur de la mesure contre lui.
Les détracteurs disent que le contrat de gestion de la sûreté aéroportuaire a été retirée sous l’ère Andry Rajoelina à Samada en raison de défaillances de la société. Tovo Ratovoarisoa rejette ces accusations en bloc. « Il ne faut pas oublier que l’audit de Samada en 2018 a reconnu la bonne performance de ses activités, et qu’elle a reçu un satisfecit de l’OACI pour le niveau de sécurité après cet audit ». C’est après le départ de Samada et la reprise en main des aéroports par Mamy Ravatomanga que ces derniers sont devenus une passoire, souligne-t-il. Et de citer différents trafics illégaux tels que des lingots d’or bloqués en Afrique du Sud, l’introduction de cocaïne et d’autres stupéfiants à Madagascar, etc. Les infractions les plus graves, estime-t-il, concernent les avions de Mamy Ravatomanga : accès illégal de passagers sur le tarmac, décollage sans plan de vol, et absence de déclaration des noms des passagers, pratiques que l’on ne trouve que dans les pays en guerre comme en Afghanistan !
D’où vient donc cet acharnement contre Tovo Ratovoarisoa ? Pour l’ancien DGA de Samada, « des personnes aux abois font circuler des fausses informations car la société qui a repris nos activités est en mauvaise posture après le départ précipité à l’Ile Maurice de leur protecteur ». Le parrain n’est plus là, mais le système qu’il a mis en place continue à fonctionner. Au profit de qui ?




























