Avec Lionheart, Genevieve Nnaji signe un film nigérian à contre-courant des excès de Nollywood. Une comédie dramatique sobre et élégante, à voir ou à revoir, qui parle d’entreprise, de filiation et de pouvoir féminin sans folklore ni démonstration.
À sa sortie, Lionheart a marqué un tournant discret mais décisif dans l’histoire du cinéma nigérian contemporain. Non par un choc esthétique ou un geste radical, mais par un choix plus rare : celui de la justesse. Dans un paysage souvent dominé par l’emphase narrative et émotionnelle, le film de Genevieve Nnaji impose une écriture mesurée, lisible, profondément ancrée dans le réel.
L’intrigue tient sur une ligne claire. Adaeze Obiagu, cadre efficace et loyale, travaille dans l’entreprise de transport fondée par son père. Lorsque celui-ci tombe malade, elle se retrouve confrontée à une succession incertaine où ses compétences sont mises en doute au profit de considérations traditionnelles. Pour sauver l’entreprise familiale, elle devra composer avec un oncle plus âgé, charismatique mais imprévisible, des partenaires financiers sceptiques et un environnement professionnel encore structuré par des réflexes masculins.
Ce qui distingue immédiatement Lionheart, et justifie qu’on le voie ou le revoie aujourd’hui, c’est son refus de la caricature. Le Nigeria qu’il montre n’est ni misérabiliste ni folklorique. Lagos apparaît comme une métropole contemporaine, organisée, traversée par les mêmes enjeux que toute grande capitale économique : compétitivité, crédibilité, héritage, pression du résultat. Le film parle d’entreprise, de gouvernance, de négociation — des thèmes rarement traités avec sérieux dans le cinéma africain grand public — sans jamais basculer dans le discours pédagogique.
Genevieve Nnaji, également interprète principale, évite avec intelligence le piège du film-programme. Lionheart n’est pas un manifeste féministe au sens militant du terme. Adaeze n’est ni une victime, ni une héroïne sacrificielle, ni une figure de revanche. Elle est compétente, calme, stratège, parfois hésitante, souvent lucide. Son combat n’est pas idéologique mais pragmatique : elle veut diriger parce qu’elle sait faire. Cette posture confère au film une portée politique implicite, précisément parce qu’elle n’est jamais martelée.
La nuance plutôt que l’affrontement frontal
La relation entre Adaeze et son père constitue l’autre axe fort du récit. Lionheart explore la transmission dans toute son ambivalence : loyauté, dette symbolique, affection, mais aussi aveuglement et reproduction de normes anciennes. Le père n’est pas présenté comme un obstacle caricatural, mais comme un homme d’une génération antérieure, attaché à des réflexes culturels qu’il ne remet que partiellement en question. Là encore, le film préfère la nuance à l’affrontement frontal.
Sur le plan formel, la mise en scène se caractérise par une grande discrétion. Pas d’effets ostentatoires, pas de dramatisation excessive. La caméra accompagne les personnages dans leur quotidien professionnel, s’attarde sur les réunions, les déplacements, les silences. Cette retenue donne au film une tonalité presque universelle. Lionheart pourrait se dérouler dans n’importe quelle économie émergente, dans toute entreprise familiale confrontée au passage de relais et à la modernisation.
Le choix de Netflix de produire et de diffuser le film a joué un rôle déterminant dans sa réception internationale. Lionheart fut le premier film nigérian acquis comme Netflix Original, ouvrant la voie à une visibilité nouvelle pour Nollywood, moins spectaculaire mais plus qualitative. Le film ne cherche jamais à expliquer le Nigeria au spectateur occidental, ni à l’exotiser. Il part du principe que le spectateur saura suivre – et ce pari est tenu.
À distance de sa sortie, Lionheart apparaît comme un film charnière. Ni œuvre radicale ni produit formaté, il incarne une transition : celle d’un cinéma nigérian capable de raconter son présent avec sobriété, élégance et précision. Un film à voir, et surtout à revoir, pour mesurer ce que la retenue peut produire lorsqu’elle est maîtrisée.
Informations pratiques
Titre : Lionheart
Réalisation : Genevieve Nnaji
Pays : Nigeria
Année : 2018
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie dramatique
Disponibilité : Netflix
Langues : anglais, igbo (sous-titres disponibles)






























