Les récents combats entre Al Qaida et l’Etat islamique à la frontière Mali-Burkina Faso nous rappellent que la rivalité reste latente entre les deux grandes franchises djihadistes. En l’occurrence, c’est l’Etat islamique au Sahel, profitant de l’éloignement de ses rivaux locaux appelés en renforts dans l’Ouest du Mali pour la grande offensive contre les citernes et les usines, qui a pris l’avantage.
L’État Islamique au Sahel combattait les hommes de la filiale burkinabé du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans, Ansaroul Islam. Moussa Ag Acharatoumane, grand connaisseur de l’Etat islamique qu’il affronte depuis des années à quelques encablures de là, dans le Gourma malien, au sud de Menaka, en a parlé tout récemment sur TV5, faisant part de 30 morts et plusieurs prisonniers du côté du GSIM.
Les combats ont duré du 6 au 8 novembre à Tigou, au nord-est du Burkina Faso, dans l’Oudalan (commune de Gorgadji, province de Séno), région jusqu’ici tenue par Ansaroul Islam, la petite sœur burkinabè de la katiba Macina malienne. La présence de l’Etat islamique dans cette zone va contrarier la fluidité de la circulation des deux katibas jumelles, malienne et burkinabé, qui partent fréquemment au combat côte à côte de part et d’autre de la frontière, avec la dernière née, la katiba Anifa, active plus au sud, à cheval sur le Niger et le Bénin.
Ousmane Dicko, le chef d’Ansaroul Islam, a immédiatement publié un vocal accusant ses ennemis de collusion avec le régime burkinabè et promettant la guerre à ses rivaux.
Dans les rangs de l’Etat islamique, plusieurs sources rapportent la présence de combattants du Nigeria voisin, des membres des communautés Kanouris et Boudoumas envoyés en renfort du bassin du lac Tchad, par la grande filiale locale de l’Etat islamique, l’ISWAP (Islamic State’s West Africa Province, dans l’acronyme anglais).
Les héritiers de Boko Haram dans la boucle
Abou Mohaz, un émir kanouri de Maiduguri, ancien vétéran d’Abubakar Shekau, le chef foutraque de Boko Haram qui s’est fait sauter en 2021 avec une ceinture d’explosif dans la forêt de Sambisa, au Nigeria, commanderait une unité de l’EIS depuis 2020 déjà dans la zone d’Anderamboukane, à la frontière du Niger et du Mali.
La rivalité entre les Peuls des deux camps ennemis concerne l’espace pastoral mais aussi les communautés qui y vivent et la régulation des ressources en eau et en pâturage imposée par chacun des deux groupes. Sur les lignes de frottement, les trêves locales volent régulièrement en éclat, au gré des ambitions territoriales incessantes et des défections dans les deux sens.
C’est ainsi que le 26 octobre, l’Etat islamique s’est aventuré très loin de ses bases du Gourma pour aller assassiner dans la région de Kidal l’un de ses anciens commandants, un dénommé Idrissa Tolobé) ayant fait défection pour le GSIM avec ses troupeaux et ses hommes et se livrant désormais à des actes de banditisme dans l’espace contrôlé par son ancienne organisation. Le commando de l’EIS aurait exécuté 6 personnes et enlevé une dizaine d’autres à Intibzaze.
A l’inverse, à Tera, le 19 novembre dernier, peut-être en représailles aux assauts essuyés au Burkina Faso, le GSIM a mené une attaque contre la gendarmerie de la ville de l’ouest du Niger, faisant 21 morts, dont le commandant de l’unité, en pleine zone de l’EIS.
Quoi qu’il en soit, les frictions entre les deux groupes font la joie de leurs ennemis communs des armées nationales liguées au sein de l’Alliance des Etats du Sahel.


























