Selon le site d’information Public Eye l’État libanais aurait déposé plainte en Suisse en janvier contre Riad Salamé, l’ancien patron de la Banque centrale du Liban, contre son frère Raja, et contre HSBC Private Bank à Genève, qui a accueilli leur argent sans se poser de questions. L’Orient-Le Jour précise que la plainte de l’État libanais remonte au 14 janvier 2025.
Par Ian Hamel
Depuis quelques années, la Confédération, sous la pression des Américains et de ses voisins européens, a entrepris de gros efforts pour lutter contre le blanchiment d’argent. Mais apparemment certains établissements financiers n’y mettent pas toute l’énergie nécessaire. Ce serait le cas de HSBC Private Bank. Le 24 juin 2024, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (la FINMA) révèle que cette banque a « gravement manqué à ses obligations de diligence » en matière de prévention de blanchiment d’argent « en relation avec deux personnes politiquement exposées ». En l’occurrence Riad Salamé, l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Liban (BDL), et son frère Raja. Ils ont fait transiter pendant des années des centaines de millions de dollars via HSBC Private Bank, sur les bords du lac Léman.
L’annonce de la FINMA est pratiquement passée inaperçue, comme le souligne l’association helvétique Public Eye qui démontre que la banque genevoise a ignoré toutes les alertes, « attendant août 2020 pour signaler le cas au bureau anti-blanchiment suisse » (*). Entre avril 2002 et mars 2015, près de 330 millions de dollars provenant de la Banque centrale du Liban ont été versés – en plus de 300 opérations – à HSBC Private Banque (Suisse) sur le compte de Forry Associates. Forry Associates ? Une société offshore n’ayant ni bureau ni personnel, enregistrée à Tortola, dans les îles Vierges britanniques. Le compte a été ouvert par le cabinet d’avocat panaméen Mossak Fonseca, devenu tristement célèbre depuis le scandale des Panama Papiers. L’ayant droit économique de Forry Associates ? Raja Salamé.
207 millions de “dépenses personnelles“
HSBC Private Bank a mis 18 ans avant d’émettre les premiers soupçons. Comme s’il était normal que « sur les centaines de millions arrivés à Genève, 207 millions ont ensuite repris le chemin du Liban, vers les comptes de Raja Salamé dans quatre banques locales, avec comme justificatif “dépenses personnelles“ », souligne Public Eye. Rappelons que l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Liban et son frère Raja sont poursuivis pour blanchiment d’argent aggravé dans une dizaine de pays, dont la Suisse. Pour l’anecdote, Forry Associates a versé 7 millions de dollars à une société panaméenne West Lake Commercial Inc, dont l’ayant droit économique était… Riad Salamé.
Selon L’Orient-Le Jour une plainte pénale de l’État libanais a bien été déposée contre HSBC Private Bank (Suisse) le 14 janvier 2025. Ce serait la première action légale au Liban contre une banque étrangère dans le tentaculaire dossier de la Banque centrale du Liban. Interrogée par l’association suisse, HSBC Private Bank se contente de prendre acte des questions soulevées par la FINMA l’an dernier.
Si cette plainte arrivait à son terme, cela pourrait coûter cher à l’établissement financier en raison de ses multiples manquements. Habituellement, les banques helvétiques tiennent à leur réputation. Elles préfèrent payer de grosses amendes pour faire cesser les poursuites, et échapper aux tribunaux. Un petite consolation pour tous les clients spoliés de la Banque centrale du Liban.
- Agathe Duparc, « Affaire Salamé : quand une grande banque genevoise s’assoit sur toutes les alertes en matière de blanchiment ».