À Gaza, le 22 mars 2025, le porte-parole du Fatah, mouvement de libération national de la Palestine fondé en 1959 par Yasser Arafat, a appelé le Hamas à quitter le pouvoir, afin de préserver la « présence des Palestiniens » sur cette bande côtière de 360 km2, coincée entre Israël au nord et à l’est, et l’Egypte au sud. Et le mouvement palestinien historique qui a porté longtemps la cause palestinienne avait raison? Sous réserve que le Fatah ne soit plus cette organisation corrompue qu’il est devenu et qu’il soit en mesure de représenter la majorités de Palestiniens de Gaza. Ce qui n’est pas le cas pour l’instant, compte tenu de la nouvelle légitimité que l’armée israélienne, en massacrant de dizaines de milliers de Palestiniens, a offert au mouvement islamiste extrémiste malgré l’action terroriste qu’il a mené le 7 octobre.
Nicolas Beau, Mondafrique
La chronique de Renaud Girard (Le Figaro)
Le Hamas, mouvement des Frères musulmans palestiniens fondé en 1987, exerce un pouvoir sans partage sur la bande de Gaza, où vivent plus de deux millions de personnes, qui sont les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants des réfugiés ayant fui le sud de l’actuel territoire d’Israël, lorsque les arabes perdirent, en 1948, la guerre qu’ils avaient déclenchée contre les juifs.
Deux grandes différences séparent le Fatah et le Hamas, même si tous deux ont été fondés dans un même but de reconquête sur les sionistes de la Palestine, « de la mer (Méditerranée) au fleuve (Jourdain) ». Le premier mouvement est laïc, le second est islamiste. Le premier a accepté, en 1988, le droit à l’existence d’Israël, et a signé avec lui, en 1993, les accords d’Oslo, dont le principe était la création progressive d’un Etat palestinien sur les territoires arabes qu’Israël avait conquis lors de sa guerre victorieuse de 1967, à savoir la bande de Gaza (auparavant administrée par l’Egypte) et la Cisjordanie (auparavant annexée par la Jordanie). Le Hamas, en revanche, n’a jamais voulu reconnaître le droit à l’existence d’Israël ; et il a monté des attentats terroristes sur le sol israélien après les accords d’Oslo, afin de saboter leur légitimité au sein de l’électorat israélien.
La courte victoire du Hamas en 2006
En janvier 2006, le Hamas gagne, avec trois points d’avance sur le Fatah, les élections législatives palestiniennes – le seul scrutin démocratique de l’Histoire qu’ait connu le peuple palestinien. Mais, au lieu d’assouplir sa position envers l’Etat juif pour rassembler la population palestinienne autour d’un projet de paix durable, le mouvement islamiste commet l’erreur stratégique de se durcir. En 2007, il expulse par les armes les représentants du Fatah et de l’Autorité palestinienne à Gaza, avant d’opter pour une stratégie de confrontation armée sporadique avec Israël.
Après qu’Ariel Sharon eut décidé, en 2005, un retrait unilatéral de l’armée, de l’administration et des colons israéliens de l’ensemble de la bande de Gaza, rien n’empêchait la direction politique du Hamas de choisir l’option du développement plutôt que celle de la guerre, en transformant leur territoire en un Singapour moyen-oriental. Mais le fanatisme religieux (comment reconnaître à des juifs sionistes venus d’Europe le droit à un Etat sur une province auparavant terre d’islam au sein de l’Empire ottoman ?), et l’irréalisme (croire que les musulmans coalisés finiraient par avoir la peau de l’Etat juif) ont conduit le Hamas à la mauvaise décision.
La lutte armée « puérile »
Lors d’un séjour que j’avais fait à Gaza juste après que le Hamas y eut pris le pouvoir par la force, j’avais été invité à déjeuner par cet homme remarquable qu’était le docteur Eyad Rajab El Sarraj. Psychiatre de formation, il avait monté le grand centre de santé mentale de l’enclave palestinienne. Bravant l’interdiction de boire de l’alcool décrétée par le mouvement islamiste, le docteur Sarraj avait sorti pour nous une bonne bouteille de Bordeaux de derrière ses fagots. A raison, il avait déploré la prédilection des dirigeants palestiniens pour la lutte armée, qu’il estimait « puérile » et « vouée à l’échec ».
« Il ne fait aucun doute que, face à Israël, la seule stratégie qui puisse fonctionner est celle de la résistance passive. Grâce à elle, le mahatma Gandhi a quand même réussi à faire plier l’Empire britannique ! », m’avait expliqué ce sage médecin, aujourd’hui décédé. Son analyse était très fine, car les Israéliens, s’ils ne se sont jamais laissés intimider par la violence, ont toujours montré un goût pour la justice. N’ont-ils pas protesté en masse en 1982 contre les massacres de civils palestiniens aux camps libanais de Sabra et Chatila, commis par une milice libanaise ayant reçu un feu vert de l’armée israélienne d’occupation ? Ariel Sharon, le ministre de la défense de l’époque, n’avait-il pas été contraint à la démission ?
Autant d’intifadas, autant d’impasses
Commencée en décembre 1987, la première intifada (« révolte des pierres » d’adolescents jetant des cailloux contre les blindés de Tsahal) était une forme de résistance passive. Elle a marché car elle a dégradé considérablement l’image internationale d’Israël en montrant du doigt les réalités des territoires occupés. Elle a fini par produire des résultats : les accords d’Oslo et le début d’une administration palestinienne autonome dans les grandes villes de Cisjordanie occupée.
Commencée en septembre 2000, la seconde intifada, qui fut celle des kalachnikovs et des attentats terroristes, n’a en revanche donné aucun résultat aux Palestiniens. Elle a, au contraire, braqué une population israélienne qui était au départ majoritairement bien disposée à leur égard.
Le 7 octobre 2013, la faute absolue
Le pogrom du 7 octobre 2023 organisée par le Hamas contre les kibboutz pacifiques du sud d’Israël restera comme l’une des opérations militaires les plus contre-productives de l’histoire du Moyen-Orient. L’horreur de la violence gratuite contre des civils juifs désarmés a éloigné de la cause palestinienne de nombreux observateurs à travers le monde, qui lui étaient jusque-là plutôt sympathiques. Pire, elle a entraîné une vengeance terrible et renforcé en Israël le camp toujours plus large des citoyens opposés à toute idée de création d’un Etat palestinien.
On se demande ce qui a pu pousser le Hamas à brandir publiquement ses armes et à monter des scènes de théâtre humiliantes lors de la libération négociée des otages israéliens du 7 octobre. Maintenant que l’arrogance du mouvement islamiste a conduit à la reprise de la guerre, les civils palestiniens subissent à nouveau le feu israélien, sur un territoire déjà détruit aux deux tiers. Nombreuses sont les familles cherchant à fuir Gaza vers le désert égyptien.
Le représentant du Fatah a raison. S’ils veulent un moment considérer le bien de la population, les combattants du Hamas doivent quitter la bande de Gaza. L’Algérie leur ouvre les bras.
C’est seulement une fois qu’ils seront partis pour de bon que la reconstruction pourra commencer, grâce aux financements qu’apporteront les riches pétromonarchies arabes du Golfe Persique.